Les membres de la commission du commerce international (INTA) au Parlement européen reçoivent, mercredi 3 septembre, Sabine Weyand, directrice générale de la DG Commerce de la Commission européenne, pour un état des lieux des relations avec les États-Unis. Tous les députés interrogés par Agence Europe, mardi 2 septembre, ont indiqué avoir des attentes élevées pour cette discussion. Ils veulent comprendre les tenants et aboutissants de l'accord conclu fin juillet par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (EUROPE 13689/1), ainsi que la suite des évènements.
De manière assez large, les élus sont critiques quant au contenu de l'accord. « C'est une capitulation. Je refuse de prononcer le mot 'accord' », regrette la Française Céline Imart (PPE). Elle s'inquiète particulièrement du sort des agriculteurs européens, qui vont être confrontés à l'arrivée de plusieurs produits américains en franchise de droits de douane alors que leurs propres exportations vers les États-Unis seront soumises à une taxation de 15%.
Un accord plutôt que l'escalade. Au sein du PPE, toutefois, d'autres députés dépeignent un tableau plus nuancé. L'accord est déséquilibré, mais il constitue le moindre mal, s'accordent à dire plusieurs élus. Il est aussi crucial de ne pas envenimer la situation, insiste Jörgen Warborn (suédois), coordinateur PPE en commission INTA.
Son collègue Iuliu Winkler (PPE, roumain) partage cette analyse et considère que l'accord répond aux demandes des entreprises européennes, qui avaient besoin de prévisibilité sur la situation tarifaire. De plus, il est impossible d'analyser les négociations commerciales indépendamment du contexte géopolitique actuel, explique l'eurodéputé.
Le PE doit désormais insister sur la suite des négociations entre l'UE et les États-Unis, conclut Jörgen Warborn. « Je voudrais que nous parvenions à un véritable accord de libre-échange avec les États-Unis. Dès lors, nous devons partir de la déclaration commune et continuer les négociations », a-t-il expliqué à Agence Europe.
À ce stade, il n'imagine pas de difficultés au sein de son groupe pour approuver la réduction des tarifs sur les produits américains.
Toujours au sein du PPE, Željana Zovko (PPE, croate) appelle ses collègues à adopter une approche raisonnable sur les deux propositions de règlement qui seront bientôt sur la table du PE et qui suppriment certains tarifs européens sur des produits américains (EUROPE 13697/4).
Le S&D rejette l'accord. Toutefois, la présidente du deuxième groupe politique au PE, Iratxe Garcia Perez (S&D, espagnole), a déclaré rejeter l'accord conclu en juillet avec Washington. Une position « largement partagée au sein du S&D », a assuré Kathleen van Brempt (S&D, belge) à Agence Europe.
Selon elle, il est clair que l'accord viole les termes de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), en plus de n'offrir aucune véritable garantie sur le maintien du tarif à 15%.
Autant d'éléments qui amènent bon nombre d'élus du S&D, mais aussi de Renew Europe et des Verts/ALE, à se demander pourquoi la Commission n'a pas brandi la menace de l'outil anti-coercition jusqu'ici.
Chez les Verts/ALE, l'élue belge Saskia Bricmont voit également une capitulation des Européens et déplore que l'accord « engage l'Europe dans une dépendance accrue à l'égard des États-Unis en matière énergétique et pour l'achat d'armements ».
Le groupe Renew Europe critique lui aussi l'accord. Sa présidente, Valérie Hayer, a dénoncé le déséquilibre de la situation, surtout à la lumière des récentes menaces du président américain, Donald Trump, sur le numérique.
Sa collègue allemande Svenja Hahn (Renew Europe) rappelle qu'il ne constitue pas une solution de long terme. Il « met les entreprises européennes dans une situation de désavantage par rapport aux compagnies américaines et j'y vois un risque sérieux pour l'emploi », a-t-elle confié à Agence Europe. (Léa Marchal)