Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se retrouveront à Bruxelles, mardi 15 juillet, pour leur dernier Conseil avant la pause estivale consacrée surtout à des sujets devenus habituels.
Ukraine. Après une intervention par visioconférence du ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, le Conseil se penchera sur la situation et le soutien, notamment militaire, à apporter à l’Ukraine, alors que le pays fait face à des attaques aériennes sans précédent. La Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, devrait faire un point sur son initiative pour envoyer en Ukraine 2 millions de munitions cette année. 80% de l’objectif serait atteint.
Le ministre allemand, Johann Wadephul, pourrait aussi informer ses homologues sur une initiative pour la défense aérienne pour acheter aux États-Unis des systèmes Patriot pour l’Ukraine.
Dans la nuit de dimanche à lundi, le président américain, Donald Trump, a annoncé que son pays enverrait des Patriot aux Ukrainiens « dont ils ont désespérément besoin », tout en ajoutant qu’il n’avait pas encore décidé du nombre. Lors d'une rencontre à Washington avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, M. Trump a aussi annoncé un accord consistant pour les États-Unis à « envoyer » des armes à l'Ukraine que les Alliés vont « payer ». Annonçant un « très grand nombre d'équipements militaires » pour Kiev, M. Rutte a cité du matériel de défense aérienne, des missiles et des munitions.
Les ministres pourraient aussi discuter du travail interne de l’UE sur les futures garanties de sécurité, notamment du rôle de la mission d’assistance militaire de l’UE (EUMAM Ukraine), après la réunion du 10 juillet des membres de la 'coalition des volontaires', mais aussi de la préparation de l’Assemblée générale des Nations unies afin d’avoir le soutien le plus important des pays tiers pour un « cessez-le-feu inconditionnel menant à une paix durable et juste ».
Les ministres pourraient adopter le 18e paquet de sanctions à l’encontre de la Russie. La Slovaquie a toujours une réserve liée à des garanties obtenues sur la 'feuille de route' RepowerEU. Expliquant n’avoir « aucun problème avec le 18e paquet », mais qu’il l’avait « lié à REPowerEU », dont l'objectif de cessation des flux de gaz russe vers l'UE pose problème à Bratislava, le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a expliqué, samedi 12 juillet, qu’il souhaitait un accord d’ici le Conseil.
Malte pourrait aussi bloquer l’adoption des sanctions, cette fois-ci en raison du plafonnement du prix du gaz. Le système serait un peu remanié, avec non pas un prix plafond abaissé à 45 dollars, mais un plafond qui fluctuerait en fonction du baril, une solution qui conviendrait à Chypre et à la Grèce, peu favorables au plafond à 45 dollars, mais La Valette aurait encore des difficultés.
Par ailleurs, le Conseil devrait adopter des sanctions contre des personnes et entités jugées responsables d’actions de déstabilisation, de menaces hybrides ou impliquées dans des procès politiques en Russie.
Moyen-Orient. Les ministres reviendront ensuite sur la situation au Proche-Orient et la Haute Représentante de l’UE les informera sur ses discussions avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, et sur le travail du représentant spécial pour le processus de paix au Proche-Orient, Christophe Bigot. Ces discussions ont permis un accord entre l’UE et Israël sur des mesures pour permettre que plus d'aide humanitaire puisse parvenir aux Gazaouis (EUROPE 13678/27), ce qui était l’objectif de la révision de l’accord d’association UE/Israël.
Les ministres se pencheront tout de même sur les options proposées par la Haute Représentante de l’UE pour répondre à la violation de l’article 2 de l’accord d’association par l’État hébreu (EUROPE 13679/13). Cependant, aucune majorité pour adopter des mesures ne devrait se dégager, et plusieurs États estiment qu’alors qu’Israël fait des efforts concernant l’aide humanitaire, ce n’est pas le moment de sévir. D’autres États membres souhaiteraient que des options soient officiellement mises en avant afin de maintenir la pression sur l’État hébreu pour que l’accord obtenu soit effectivement mis en place. Lundi 14 juillet, Gideon Sa'ar s'est montré confiant sur le fait qu'aucune mesure ne serait prise ce mardi.
Les ministres pourraient aussi discuter de l’implication de la mission EUBAM Rafah. Celle-ci pourrait être réactivée en cas de cessez-le-feu, mais elle pourrait également aider l’Autorité palestinienne pour le contrôle des camions d’aides humanitaires, c’est-à-dire la conseiller et surveiller les contrôles, mais pas contrôler elle-même les camions, au point de passage de Kerem Shalom.
Le Conseil devrait discuter des tensions entre l’Iran et Israël et du programme nucléaire iranien. Il devrait apporter son soutien aux efforts de l’E3 pour la reprise de négociations et discuter de la coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Alors que l’Iran avait initialement annoncé la rupture des relations avec l’AIEA, il annonce désormais que la coopération va prendre « une nouvelle forme ». Le Conseil pourrait aussi adopter des sanctions contre des responsables iraniens d’actions de déstabilisation notamment dans l’UE.
Méditerranée. Au lendemain d’une rencontre des ministres des Affaires étrangères européens avec leurs homologues des pays du pourtour méditerranéen, le Conseil discutera du futur pacte pour la Méditerranée, que la Commission européenne devrait présenter le 15 octobre (EUROPE 13677/17). Celui-ci devrait porter sur l’humain, sur l’économie et sur la sécurité et la migration. Les ministres discuteront aussi du besoin de réformer l’Union pour la Méditerranée, réforme attendue pour l’automne également.
Géorgie. Les ministres reviendront également sur la situation en Géorgie, qui continue de s’éloigner de sa voie européenne (voir autre nouvelle) et de voir les leviers éventuels pour faire évoluer la situation. Si plusieurs délégations soutiennent des sanctions contre des responsables politiques responsables des représailles contre des manifestants pacifiques, deux États s’y opposeraient. La Haute Représentante a préparé une liste de 15 personnes, dont des juges, qui pourraient être sanctionnées, selon un haut fonctionnaire européen.
Le mandat de l’envoyée spéciale de l’UE pour le Caucause du Sud et la crise en Géorgie, Magdalena Grono, devrait aussi être prolongé de deux ans.
Haïti. La crise persiste en Haïti (EUROPE 13658/20). « Entre le 1er janvier et le 30 juin, au moins 3 141 personnes ont été tuées en Haïti », a déclaré une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux Droits de l’homme, Ravina Shamdasani, lors de la présentation, vendredi 11 juillet, d'un rapport à Genève. De nouvelles sanctions de l'UE visant des individus ou des entités impliqués dans la crise haïtienne devraient être adoptées ce mardi, a confirmé une source européenne à Agence Europe lundi 14 juillet.
Affaires courantes. Rapidement, les ministres reviendront sur le sommet UE-CELAC, prévu pour novembre, et au lendemain du premier Conseil d’association UE-CELAC, le sommet avec le Japon et le sommet avec la Chine, prévu pour le 24 juillet. La Haute Représentante de l’UE informera les ministres sur le dialogue à haut niveau qui s’est tenu avec la Chine le 2 juillet (EUROPE 13673/21).
Somalie. Les ministres feront également le point rapidement sur la détérioration de la situation en Somalie, au regard de l'offensive menée début juillet par le groupe djihadiste al‑Shabaab et de la riposte de l'Armée nationale somalienne qui a suivi.
Moldavie. Le Conseil sera précédé par un petit déjeuner avec le ministre moldave des Affaires étrangères, Mihai Popșoi, quelques jours après le sommet UE-Moldavie à Chisinau (EUROPE 13674/1) et quelques semaines avant des élections législatives importantes pour l’avenir européen du pays, mais qui pourraient faire l’objet d’attaques hybrides. Le Conseil devrait adopter des sanctions à l’encontre de personnes et organisations qui ont joué un rôle déstabilisateur dans l’élection présidentielle et le référendum sur l’UE de l’automne 2024 (EUROPE 13508/1). Il devrait aussi donner son accord pour le déploiement d’une nouvelle task force pour contrer les menaces hybrides. (Camille-Cerise Gessant et Bernard Denuit)