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Bulletin Quotidien Europe N° 13680
ACTION EXTÉRIEURE / États-unis

L’UE doit jouer le jeu du rapport de force avec l'administration américaine, estiment de plus en plus d’États membres

L’attitude du président américain, Donald Trump, fait perdre patience aux Européens. Lundi 14 juillet, lors d’une réunion extraordinaire à Bruxelles, plusieurs ministres du Commerce des pays de l'Union européenne ont estimé qu'il était temps pour l'UE de se montrer plus ferme.

Ils réagissaient ainsi à la lettre du président américain publiée sur les réseaux sociaux samedi 12 juillet, qui menace de taxer à 30% les produits européens au 1er août en cas d'échec des négociations. Malgré cette escalade, la Commission européenne a décidé de prolonger la suspension de son premier paquet de contre-mesures, jusqu'au 1er août également, afin de donner la meilleure chance aux négociations d'aboutir.

Mais les Vingt-sept semblent davantage déterminés que la Commission à jouer le rapport de force avec l'administration américaine. « Aujourd'hui, il était clair autour de la table, davantage que lors des discussions précédentes, que nous devons protéger les emplois, les entreprises, l'économie, et donc que nous devons aller vers des mesures de rééquilibrage », a résumé le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, après la réunion des ministres.

« Nous pouvons être durs si la Maison-Blanche veut qu’on le soit », a affirmé à plusieurs reprises le ministre suédois du Commerce extérieur, Benjamin Dousa, dont le pays a toujours plaidé pour le dialogue et un accord mutuellement bénéfique. L'UE a les cartes en main pour négocier fermement, selon lui : « Nous avons deux paquets de contre-mesures dans les tuyaux, et nous avons d’autres outils disponibles ». Le premier de ces instruments, l’'outil anti-coercition', n’est pas à exclure, d'après lui.

Plusieurs de ses collègues ont tenu le même discours : tout en s’efforçant de trouver un accord qui limite les dégâts, la Commission doit brandir la menace de la riposte.

« L’accent doit, bien sûr, être mis sur les négociations. Mais je pense que nous devrions, en parallèle, mettre en place des contre-mesures. Aussi bien le premier paquet, de 21 milliards d’euros, que le deuxième paquet, de 72 milliards d'euros, afin de montrer notre force et notre assurance », a déclaré le ministre de l’Économie autrichien, Wolfgang Hattmannsdorfer.

Il s’est même exprimé en faveur d’un troisième paquet de contre-mesures qui viseraient les services numériques américains. Pour « leur faire comprendre qu’il faut un résultat », a-t-il indiqué.

Le ministre des Affaires étrangères danois, Lars Løkke Rasmussen, dont le pays occupe la présidence semestrielle du Conseil de l’UE, pense également que tous les outils doivent être mis sur la table. Et de citer un vieil adage : « Si vous voulez la paix, préparez-vous à la guerre ».

Le même jour, au Parlement européen aussi, les élus ont réitéré leur demande de passer à la vitesse supérieure concernant la riposte possible de l'UE (EUROPE 13680/6).

Préparation en cours. Pour répondre à ces appels du pied, la Commission a présenté aux États membres, lundi, la liste finale qui compose le deuxième paquet de contre-mesures européennes. Celle-ci ne vise plus que des biens à hauteur de 72 milliards d'euros, et non plus de 95 milliards (EUROPE 13636/1). M. Šefčovič avait prévenu qu'un ciblage équilibré conduirait probablement à une baisse du volume des échanges concernés. 

Le commissaire européen a également rappelé que cette deuxième liste n'épuisait pas toutes les ressources européennes, sans évoquer toutefois l''outil anti-coercition'. Car jusqu'au 1er août, il veut mettre toute son énergie dans la recherche d'une solution négociée.

Un accord toujours possible. Bien que déçu des annonces du président Trump, Maroš Šefčovič a rappelé qu’un accord avec Washington était à portée de main. Il restera en contact étroit avec le Secrétaire au Commerce américain, Howard Lutnick, et le Représentant au Commerce, Jamieson Greer, avec qui il devait échanger juste après la réunion ministérielle.

« J’ai ressenti de la part de mes homologues américains que, malgré la lettre, ils étaient prêts à continuer les négociations », a assuré le commissaire européen. (Léa Marchal)

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