Les Moldaves ont voté, à une très faible majorité, ‘oui’, dimanche 20 octobre, au référendum pour changer la Constitution afin d’y intégrer la perspective européenne du pays.
Après dépouillement de la totalité des voix, 50,46% des Moldaves ont finalement répondu 'oui'. 2,8 millions de Moldaves – dont 1/3 vivant à l’étranger – étaient appelés à s’exprimer sur l’avenir européen de leur pays en répondant à la question : « Êtes-vous favorable à une modification de la Constitution pour y consacrer l'adhésion de la République de Moldavie à l'Union européenne ? »
L’article 1 de la Constitution devrait désormais reconfirmer « l’identité européenne du peuple de la République de Moldavie et l’irréversibilité du parcours européen de la République de Moldavie » et déclarer l’intégration dans l’Union européenne comme « objectif stratégique » du pays.
Un autre article de la Constitution fait référence au fait que la Moldavie joindra les traités fondateurs de l’UE. Cet amendement, qui touche la souveraineté du pays, a davantage fait polémique.
Pour les promoteurs du ‘oui’ au référendum, le principal défi devait être le taux de participation, les derniers sondages donnant le 'oui' gagnant à 55% en cas de quorum atteint. Un quorum représentant 1/3 des électeurs.
Si les partis pro-russes avaient initialement appelé à boycotter le vote pour ne pas atteindre le quorum, ils ont finalement appelé à voter 'non'.
Au final, environ 1,49 million de Moldaves se sont exprimés sur le référendum, soit la moitié des votants.
Un pays divisé. Tout au long de la soirée électorale, les mauvais chiffres pour les partisans du 'oui' se sont enchaînés. Bureau de vote après bureau de vote, tout d’abord des régions plutôt pro-russes, puis plus largement, le 'non' l’emportait autour des 56%, un chiffre qui a peu varié au fur et à mesure de la soirée. Lundi à 7h (heure de Bruxelles), le 'non' était encore en tête, avec un peu plus de 50% (50,09%), ensuite le vote a basculé avec le comptage des votes de la diaspora.
« Une fois de plus, nous sommes sauvés par la diaspora », a lâché Dorin, un partisan du ‘oui’, dans un soupir de soulagement. En effet, la diaspora a voté en faveur de l’inscription dans la Constitution de l’avenir européen du pays à près de 77%, contre 56% pour la région de Chișinău, 37,44% pour la Transnistrie et seulement 5,16% pour la Gagouazie.
Un vote pour l’avenir. Visiblement soulagée, la présidente moldave, Maia Sandu, a salué le soutien de ses citoyens au référendum, dont elle était l’instigatrice. « Les citoyens ont décidé à la majorité que la République de Moldavie était sur la voie de l'intégration européenne », a-t-elle salué lors d'un point presse.
« Que vous ayez voté à Soroca, Chișinău, Ștefan Vodă, Milan ou Dublin, que vous ayez voté à l’aube ou tard dans la nuit, vous avez choisi que la Moldavie évolue vers la paix et la prospérité. Chaque vote a compté – du nord au sud, de tous les coins du monde », a précisé la présidente.
Et d'ajouter : « Grâce à vous, chers Moldaves, nous avons gagné la première bataille d'un combat difficile qui déterminera l'avenir de notre pays ». La deuxième bataille sera le second tour de l’élection présidentielle, le 3 novembre, lors duquel Mme Sandu, présidente sortante pro-européenne, affrontera le candidat socialiste Alexandr Stoianoglo, candidat pro-russe (42,45% pour Sandu contre 25,98% pour Stoianoglo au premier tour).
Achats massifs de vote. S’il était prévu que le scrutin ferait face à une importante campagne de désinformation, celui-ci a également fait l'objet d'une campagne massive d'achats de voix, un phénomène relativement nouveau, selon la présidente.
Alors que les résultats n’étaient pas encore publiés, Maia Sandu, dans une courte déclaration, avait dénoncé, dans la nuit de dimanche à lundi, des achats de voix. « Nous avons des preuves et des informations selon lesquelles l'objectif de groupes criminels en collaboration avec des forces étrangères hostiles (aux) intérêts » du pays « était d'acheter 300 000 votes. L'ampleur de la fraude est sans précédent », a-t-elle dénoncé avec un ton inhabituellement ferme. Lundi dans la journée, Mme Sandu a précisé que les institutions de l’État avaient documenté 150 000 personnes payées pour voter.
Selon elle, ces groupes ont « attaqué le pays avec des dizaines de milliers d’euros, des mensonges et de la propagande, en utilisant les moyens les plus honteux pour maintenir (les) citoyens et (la) nation piégés dans l'incertitude et l'instabilité ».
« Ce qui s'est passé hier, et au cours des deux dernières années, est une attaque contre notre démocratie et la liberté de notre peuple. Une attaque contre l'aspiration de notre peuple à faire partie de la famille européenne de la paix », a insisté la présidente, estimant que les « ennemis » du pays voulaient une Moldavie « divisée et craintive ».
La présidente a reproché au système judiciaire de ne pas avoir fait assez pour empêcher la fraude électorale et la corruption, prévenant qu’il fallait faire plus.
Quelques jours plus tôt, le chef de la police nationale, Viorel Cernautanu, avait annoncé que 130 000 personnes auraient été soudoyées pour voter 'non' au référendum ou pour un candidat prorusse à la présidentielle. Plus de 15 millions de dollars auraient été transférés de la Russie vers la Moldavie en septembre pour corrompre des électeurs, selon lui.
M. Gahler dénonce l’ingérence russe. Lors d’une conférence de presse organisée lundi à Chișinău, Michael Gahler (PPE, allemand), président de la délégation du Parlement européen, délégation membre de la mission internationale d’observation des élections (OSCE/ODIHR), a dénoncé une « ingérence russe massive et malveillante, sans précédent, notamment par le biais d'achats de votes, d'attaques hybrides et de désinformation ».
Malgré cette ingérence, « le peuple de la République de Moldavie a choisi un avenir dans l'UE », a salué l’eurodéputé, estimant que « compte tenu des circonstances, le résultat (était) une réussite remarquable ».
Si la mission d’observation n’a pas constaté, le jour du scrutin, d’achat de votes, son rapport préliminaire, publié lundi 21 octobre, précise qu’« il existe des preuves crédibles d’ingérence de l’étranger, notamment sous forme d’incitations financières illicites pour influencer les électeurs », y compris de la part d'Ilan Şor, opposant pro-russe sanctionné par l’UE.
« Des acteurs pro-russes (ont) mené des campagnes d’ingérence étrangère et de désinformation, tandis que les opinions traditionnelles sur les minorités et les droits LGBT ont parfois été présentées comme des raisons de voter 'non'» aux référendums de l’UE », a précisé Johan Büser, chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE.
La commission électorale moldave a également mis en avant des incidents tels que des transports organisés d'électeurs ou la corruption de ceux-ci.
Félicitations européennes. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué le résultat du scrutin. « Face aux tactiques hybrides de la Russie, la Moldavie montre qu’elle est indépendante, forte et qu’elle veut un avenir européen ! », s'est-elle réjouie sur X. « Nous vous accompagnerons à chaque étape du processus européen », a promis, pour sa part, le commissaire à l'Élargissement, Olivér Várhelyi. (Camille-Cerise Gessant)