Les États membres de l'UE et pays tiers associés ont approuvé, dans la soirée de jeudi 12 juin, une déclaration célébrant les 40 ans de la zone de libre circulation Schengen, qui réunit aujourd’hui 29 pays, dont quatre pays associés (la Suisse, la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein), et 450 millions de citoyens.
Alors que les ministres de l’Intérieur des pays de l’UE devaient prendre note, vendredi 13 juin, de cette déclaration (et non l’approuver, comme écrit par erreur dans le bulletin 13655A5), il s’agissait pour eux de se réengager dans un espace de libre circulation idéalement sans frontières intérieures, mais en mesure également de s’adapter aux menaces.
« Nous nous sommes réunis à l'occasion du 40e anniversaire de la signature de l'accord de Schengen pour souligner notre engagement commun en faveur de la sécurité de l'Europe, en renforçant sa résilience et sa préparation aux défis actuels. Guidés par nos valeurs communes, nous nous engageons à continuer d'investir dans l'espace commun sans frontières intérieures, en garantissant une gestion rigoureuse de nos frontières extérieures, une lutte plus efficace contre l'immigration clandestine et un niveau élevé de sécurité intérieure. Nous sommes déterminés à travailler ensemble et à favoriser la confiance mutuelle », a ainsi déclaré Tomasz Siemoniak, le ministre polonais de l'Intérieur.
La déclaration reprend sept engagements pour préserver et consolider Schengen, notamment sur la défense de la libre circulation des personnes, « en veillant à ce que la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures reste une mesure de dernier recours » et en prenant « toutes les mesures appropriées concernant la gestion des frontières extérieures, les mouvements secondaires, les migrations, le retour des personnes en séjour irrégulier ainsi que la prévention et la lutte contre la criminalité transfrontalière en ligne et hors ligne, le terrorisme, ainsi que les menaces émergentes telles que les menaces hybrides ou la cybercriminalité ».
Cette Déclaration est adoptée alors que plus d’une dizaine de pays procèdent actuellement à des contrôles aux frontières intérieures, et cela depuis 2015 pour au moins six pays (l'Autriche, le Danemark, la France, l'Allemagne, la Norvège et la Suède).
Interrogé sur le sujet et le fait que le nouveau gouvernement allemand a durci sa position sur les contrôles intérieurs, le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a dit comprendre « que l'Allemagne doit donner des signes à son peuple de plus grande fermeté. J'ai indiqué (à Alexander Dobrindt, le ministre de l'Intérieur allemand) que nous pouvions trouver des voies, par exemple avec des patrouilles mixtes, qui nous permettent d'affirmer une volonté de fermeté, sans pour autant bloquer, notamment, les déplacements pendulaires quotidiens transfrontaliers pour les honnêtes gens qui vont travailler d'un pays à l'autre ».
Le ministre français estime également qu’il faut « refonder aujourd'hui un certain nombre de règles. Lorsque Schengen et d'autres règles ont été fondées, nous étions dans un autre monde. Aujourd'hui, les choses sont très simples. Nos peuples, tous nos peuples, dans tous les États membres, nous demandent de reprendre le contrôle de l'immigration. Si nous ne le faisons pas, ils nous remplaceront par les partis d'extrême droite, par des partis populistes. (…) Et précisément, puisque les choses ont changé, puisqu'on voit bien que l'immigration peut faire partie des armes de la guerre hybride, il faut rendre beaucoup plus fermes nos règles ».
De son côté, le commissaire européen aux Affaires intérieures, Magnus Brunner, a rappelé en début de réunion que le Code frontières Schengen permet des contrôles temporaires aux frontières intérieures et que la Commission suit la situation de près en tant que gardienne des traités. Et « il est important de toujours trouver une coopération entre les différentes institutions, au niveau policier et avec les gardes-frontières des États membres. Nous examinons cela très spécifiquement, mais l'objectif doit bien sûr être qu'il n'y ait plus de contrôles aux frontières au sein de l'espace Schengen, et c'est pourquoi nous devons faire notre travail : nous devons mieux sécuriser les frontières extérieures et créer une meilleure coopération » entre les pays membres.
« Nous devons mettre de l'ordre dans la 'maison européenne'. Nous voulons mettre en œuvre le Pacte sur l'asile et la migration le plus rapidement possible », a également dit le commissaire.
Il faut aussi « dialoguer avec les pays tiers, car nous avons besoin d'accords avec les États membres tiers pour améliorer la situation globale ».
Lien vers la déclaration : https://aeur.eu/f/hb5 (Solenn Paulic)