En dépit d’une multiplication des stratégies climatiques à tous les niveaux de gouvernance, les populations les plus vulnérables restent marge des mesures d’adaptation au sein de l'Union européenne. C’est le constat établi par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) dans un rapport publié mardi 10 juin : 'Équité sociale dans la préparation au changement climatique : comment une résilience juste peut bénéficier aux communautés européennes'.
Le document analyse quatre domaines - le logement, l’agriculture et l’alimentation, l’eau et les transports - pour démontrer les fortes inégalités face aux impacts climatiques, qui souffrent en outre d’une application limitée des principes de justice dans les politiques d’adaptation.
Selon l'étude, si les personnes vulnérables sont souvent identifiées dans les diagnostics de risque, elles restent exclues des décisions.
Ainsi, seuls 4% des plans d’adaptation locaux les impliquent activement dans la planification et à peine 3% affichent des objectifs explicites de justice sociale.
L’Agence européenne pour l’environnement rapporte également que 19% des Européens ne peuvent maintenir frais leur logement durant l’été, que les travailleurs agricoles migrants sont particulièrement exposés aux extrêmes climatiques et que 34% de la population de l’UE est chaque année concernée par le stress hydrique.
L’accès aux transports ou à des espaces verts sûrs et accessibles reste également inégal, notamment dans les zones à faibles revenus.
L’AEE rappelle que les droits fondamentaux reconnus par la Charte de l’Union européenne, notamment le droit à la protection sociale (article 34) et le droit à la santé (article 35), sont directement concernés par l’adaptation au changement climatique. Et l'absence de mesures pour les populations vulnérables pourrait, selon l’Agence, compromettre l’accès effectif à ces droits dans les territoires les plus exposés.
Il faut agir de manière plus intense, estime l’AEE, qui préconise à l’échelle européenne de définir un cadre commun pour la « résilience juste », d’allouer des financements spécifiques et d’intégrer pleinement cette dimension dans le futur plan d’adaptation climatique 2026.
Aux niveaux nationaux et locaux, elle recommande l’implication systématique des groupes marginalisés, le suivi des impacts sociaux et l’adaptation fine des mesures aux besoins réels des territoires.
Si ces changements ne sont pas apportés, l’adaptation climatique risquerait de reproduire, voire d’aggraver les inégalités existantes.
Lire le rapport : https://aeur.eu/f/hbt (Nithya Paquiry)