Les dirigeants des institutions de l'Union européenne ont fait part de leur inquiétude et appelé toutes les parties à la retenue, vendredi 13 juin, après le déclenchement par Israël, la veille au soir, de frappes aériennes d'envergure visant à détruire des sites militaires et nucléaires iraniens.
« Profondément inquiet », le président du Conseil européen, António Costa, a estimé qu'une « escalade dangereuse » devait être évitée, au risque de déstabiliser l'ensemble du Moyen-Orient. « Il a appelé à la retenue et à la diplomatie » via les réseaux sociaux. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exhorté toutes les parties « à désamorcer immédiatement la situation et à s'abstenir de toute mesure de rétorsion », considérant qu'« une solution diplomatique [était] plus urgente que jamais, dans l'intérêt de la stabilité régionale et de la sécurité mondiale ».
Pour la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, « la diplomatie demeure la meilleure voie à suivre », se disant prête à soutenir tout effort diplomatique visant à faire baisser les tensions. Elle s'est d'ailleurs entretenue, vendredi matin, avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, tandis que ses services sont en contact avec les autorités iraniennes.
Aucun des trois responsables, pas même les dirigeants français et allemand, n'a interprété, au regard du droit international, la nature des frappes, qualifiées de préventives ('preemptive strikes') par le gouvernement israélien. Après s'être entretenu sur les objectifs militaires israéliens avec son homologue, Benjamin Netanyahu, le chancelier allemand, Friedrich Merz, a invité ce dernier à une réunion du cabinet de sécurité de son gouvernement. Le Premier ministre israélien est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale en raison de la manière dont son pays mène la guerre contre l'organisation terroriste Hamas dans la bande de Gaza.
Le régime iranien a considéré les frappes aériennes israéliennes, qui ont tué plusieurs hauts gradés iraniens, parmi lesquels les chefs de l'état-major et des Gardiens de la Révolution, comme une déclaration de guerre à l'encontre de leur pays, promettant une riposte vigoureuse.
La veille, sur une proposition de résolution qu'avaient soumise l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait estimé que l'Iran ne respectait pas ses obligations de transparence sur ses travaux d'enrichissement de l'uranium. Selon elle, l'Iran est capable d'enrichir de l'uranium à 60%, alors qu'un uranium enrichi à 90% est nécessaire pour fabriquer des bombes nucléaires. Téhéran avait annoncé, jeudi, vouloir augmenter significativement sa production d'uranium enrichi.
Un sixième round de négociations sur le programme nucléaire iranien était censé avoir lieu dimanche 15 juin à Oman.
« L'Iran ne doit jamais développer ni acquérir l'arme nucléaire. C'est très clair », a déclaré Anouar El Anouni, porte-parole du Service européen pour l'action extérieure. Il a assuré que la Haute Représentante était active dans ce dossier, ainsi que sur tous les sujets d'inquiétude pour l'UE, citant « le soutien [iranien] à la Russie, la détention de citoyens européens en Iran, les cyberattaques, les attaques hybrides visant des États membres ». Il a aussi indiqué que des « mesures appropriées » avaient été prises pour garantir la sécurité du personnel des institutions de l'UE dans la région, sans toutefois préciser. (Mathieu Bion)