L'annonce des tarifs réciproques du Président américain, Donald Trump, mercredi 2 avril (EUROPE 13613/2), a provoqué des réactions en cascade dans toute l'Union européenne. Ces nouveaux droits de douane sont perçus par l'UE comme injustifiés et préjudiciables pour l'économie des deux côtés de l'Atlantique. Pour la Commission européenne, chargée de la politique commerciale de l'Union, il s'agit de garder la tête froide. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, parlera avec ses homologues américains dès vendredi 4 avril, car la négociation pour faire baisser les droits de douane reste une priorité pour l'UE.
La riposte peut donc attendre quelques semaines. Le tarif horizontal de 20% sur les exportations de l'UE vers les États-Unis doit être analysé en profondeur par les services de la Commission, avant que ceux-ci ne proposent une réponse.
D'autant plus que le calcul utilisé par les États-Unis pour affirmer que l'UE taxe les produits américains à hauteur de 39% n'est pas partagé par l'UE. « Nous considérons que la méthodologie, si toutefois il y en a une, n'est ni crédible ni justifiée pour arriver à de tels chiffres », a indiqué un haut fonctionnaire européen. La formule mathématique utilisée a même été qualifiée de « stupide » par le Prix Nobel d'économie américain Paul Krugman, cité par l'AFP.
La Commission européenne estime qu'en 2023, les exportations américaines vers l'UE étaient taxées à 1,2% en moyenne seulement. Et de préciser toutefois que la moyenne n'est pas la donnée la plus représentative. En effet, certaines catégories de produits - agroalimentaires, par exemple - se voient sujettes à un grand nombre de taux de droits de douane différents, sans pour autant que les exportations de ces catégories ne représentent de gros volumes.
Pour leur calcul, les Américains ont pris en compte les barrières non tarifaires telles que la TVA, qu'ils estiment être une taxe punitive pour les produits américains, ou encore la présence de standards européens qui limitent les exportations de certains produits agroalimentaires, par exemple. Là encore, la Commission européenne ne partage pas ce raisonnement et considère qu'aucune de ces mesures ne discrimine les produits américains.
Les contremesures européennes. Pour l'instant, la Commission s'en tient à sa première vague de contre-mesures, qui doit être appliquée mi-avril (EUROPE 13598/1, 13604/9) et qui est la réaction aux tarifs sur l'acier et sur l'aluminium uniquement. Les États membres se prononceront sur la liste de produits que la Commission a proposé de taxer, mercredi 9 avril, dans le cadre de la procédure de comitologie.
Pour la suite, toutes les options sont sur la table, ont confirmé plusieurs sources européennes. Outil anti-coercition, règlement sur le respect des règles commerciales, mesures sur les services numériques américains... Toutes ces idées sont sur la table. Mais la Commission européenne se veut prudente et privilégie une réponse proportionnée.
Le commissaire européen à la Prospérité et à la Stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, a convoqué une réunion avec le Forum de l'Industrie, jeudi 10 avril, pour recueillir les témoignages des secteurs concernés et échanger sur les futures contre-mesures.
Au Parlement européen, de nombreux élus ont soutenu une réponse ferme et défendent l'usage de tous les outils européens disponibles pour créer un rapport de force avec le Président américain.
Appels à ne pas surenchérir. Parmi le flot de réactions après ce que Donald Trump a appelé le 'Liberation day', un grand nombre de représentants d'entreprises européennes ont appelé à l'apaisement. Le secteur agroalimentaire en particulier, mais aussi de nombreuses autres branches craignant la mise en place des tarifs qui vont affecter directement leurs exportations. De concert, ils appellent la Commission à renouveler les efforts pour négocier une solution avec l'administration américaine et faire baisser les tarifs.
Le Président de la Cogeca, Lennart Nilsson, a appelé l'UE et les États-Unis à « prioriser les négociations et à explorer toutes les voies diplomatiques avant d'en venir à des mesures qui pourraient avoir des conséquences à long terme ».
Le directeur de la chambre de commerce américaine auprès de l'UE, AmCham EU, Malte Lohan, s'est adressé directement à l'UE, qui doit, selon lui, « éviter une escalade du différend et, à la place, prioriser la création d'un environnement propice aux négociations pour une exemption des tarifs ».
Les vingt-sept États membres de l'UE continuent d'appeler à l'unité européenne face à Donald Trump, mais la niveau de fermeté souhaité de la réponse varie d'un pays à l'autre. (Léa Marchal)