La Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, a annoncé, jeudi 3 avril à Varsovie, que son initiative d'un montant d’environ 5 milliards d’euros pour fournir au moins deux millions d’obus en 2025 à l’Ukraine était sur la bonne voie.
« Les choses avancent très bien. (...) Nous avons déjà différentes propositions - différents pays apportent leur contribution. Nous avons donc déjà atteint plus de 50% des besoins », a-t-elle annoncé à l’issue de la réunion informelle des ministres de la Défense, ajoutant que cette initiative était « à la fois réaliste et réalisable ». Mme Kallas a cependant reconnu que certains États membres s’opposaient à ce que leurs livraisons d’obus soient incluses dans cette initiative. « Il est important que l'Ukraine obtienne les munitions, et ce très rapidement », a-t-elle insisté.
Depuis Bruxelles, le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Lipavsky, a annoncé le même jour que l'initiative de son pays visant à fournir à l'Ukraine des munitions achetées partout dans le monde avait assuré un financement pour poursuivre des livraisons mensuelles jusqu'en septembre 2025.
Au-delà des munitions, le ministre suédois de la Défense, Pål Jonson, a soutenu l’idée de la Haute Représentante d’un engagement européen annoncé allant jusqu’à 40 milliards d’euros d’aide militaire annuelle pour l’Ukraine. « Je n'en connais pas la faisabilité, mais cela montre que nous souhaitons une approche prospective et ambitieuse de l'UE », a-t-il expliqué. Aucun accord n'a pour l'instant été obtenu entre les États membres.
Selon Mme Kallas, les ministres ont aussi discuté de la manière dont l'UE peut fournir des garanties de sécurité aux côtés de la 'coalition des pays volontaires'. « L'UE dispose de nombreux outils, allant du financement de l'industrie de défense ukrainienne à l'élargissement du programme de formation des soldats et à l'intensification de la pression par le biais de sanctions », a-t-elle souligné, ajoutant que la meilleure garantie de sécurité résidait dans une armée ukrainienne forte.
Les ministres saluent le 'Livre blanc'. Les ministres ont également discuté du 'Livre blanc pour la défense', présenté le 19 mars par la Commission européenne et la Haute Représentante. « Nous avons tous évoqué l’importance du 'Livre blanc' », a précisé le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz. Selon lui, « il s’agit d’un document révolutionnaire pour l’Union européenne. Jamais auparavant dans l’histoire de l’Union, il n’y a eu une telle stratégie de défense ». Il a appelé à sa mise en œuvre immédiate, « sinon ce sera une grande stratégie qui ne sera jamais réalisée ». Le ministre a énuméré diverses actions à entreprendre, notamment sur l'espace et les cyberattaques, le 'Bouclier oriental', différents types de drones, des systèmes de défense ou encore le renforcement de la mobilité militaire.
« Ce 'Livre blanc' constitue une étape importante pour l'Autriche en vue de renforcer et de développer la préparation de l'Europe en matière de défense », a ajouté le secrétaire général du ministère fédéral autrichien de la Défense, Arnold Kammel, saluant les mesures proposées dans le document.
Si le 'Livre blanc' met en avant la préférence européenne, le ministre néerlandais, Ruben Brekelmans, a estimé notamment qu’il fallait accélérer le développement de l’industrie de la défense et « garder d'autres partenaires à bord », citant les États-Unis.
Son homologue letton, Andris Sprūd, a plaidé pour que des subventions soient ajoutées à l'instrument SAFE, qui ne comporte actuellement que des prêts. (Camille-Cerise Gessant)