La Haute Représentante de l'UE, Kaja Kallas, et la commissaire européenne à l'Élargissement, Marta Kos, ont estimé, mercredi 19 mars dans la soirée, que l'arrestation, plus tôt dans la journée, du maire d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu, ainsi que les arrestations et inculpations portées contre des élus, des militants politiques, des représentants de la société civile et du monde des affaires, des journalistes et d'autres personnes depuis le début de l'année « soulevaient des questions quant au respect par la Turquie de sa tradition démocratique bien établie ».
Dans une déclaration commune, elles ont exhorté les autorités turques à faire preuve d'une transparence totale et à respecter les procédures régulières. « En tant que pays candidat à l'adhésion à l'UE et membre de longue date du Conseil de l'Europe, la Turquie est tenue d'appliquer les normes et pratiques démocratiques les plus élevées », ont rappelé Mmes Kallas et Kos. Elles ont prévenu que le respect des droits fondamentaux et de l'État de droit était essentiel au processus d'adhésion et continuera de faire partie intégrante des relations UE-Turquie.
À son arrivée au Conseil européen, jeudi 20 mars, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a rappelé que l'UE s'était efforcée, ces dernières années, d'améliorer ses relations avec la Turquie. « C'est pourquoi l'arrestation d'un homme politique d'opposition aussi central que le maire d'Istanbul est un très, très mauvais signe. C'est inquiétant pour la démocratie en Turquie, mais aussi pour les relations entre l'Europe et la Turquie », a-t-il prévenu.
De son côté, la présidente du Comité européen des régions, Kata Tüttő, a estimé qu'il s'agissait d'« un jour désastreux pour la Turquie et l’une des manifestations les plus dramatiques de ces dernières années de l’érosion de la démocratie et de l’État de droit en Turquie ». « L’arrestation de l’un des hommes politiques les plus importants du pays constitue une attaque contre l’opposition démocratique et la démocratie locale », a-t-il ajouté.
Plusieurs groupes politiques du Parlement européen ont également dénoncé cette arrestation.
Débat urgent au Conseil de l’Europe. Réuni à Strasbourg mercredi 19 mars, le Bureau de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a exprimé sa « vive préoccupation » face à l’arrestation du maire quelques jours avant qu'il ne soit choisi comme candidat du Parti républicain du peuple (CHP) à l'élection présidentielle de 2028.
Le Bureau s’est aussi dit « consterné » par la décision prise par l’Université d’Istanbul de révoquer le diplôme universitaire de M. İmamoğlu, ce qui l’empêche de se présenter à la présidence du pays.
Dénonçant, outre cette arrestation, celles de centaines d’autres personnes, le Bureau de l’APCE dénonce des « considérations politiques » qui visent à « entraver l'opposition et à limiter le libre choix politique des citoyens turcs ».
Une situation, est-il souligné, qui « intervient malgré certains développements positifs récents dans le pays concernant le processus de paix et le rôle important de la Turquie dans le soutien à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine, dont le Bureau se félicite ».
Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, pour sa part, a annoncé qu’un débat d’urgence sur l’arrestation du maire d’Istanbul se tiendrait la semaine prochaine, lors de sa plénière. (Camille-Cerise Gessant et Véronique Leblanc, avec Solenn Paulic)