Les ministres des Affaires étrangères européens se réuniront lundi 17 mars à Bruxelles pour discuter, une nouvelle fois, de leur soutien à l’Ukraine.
Après leur habituel échange avec leur homologue ukrainien, les ministres devraient se pencher sur la nouvelle proposition de soutien militaire de la Haute Représentante. Afin de contourner un possible veto hongrois, la Haute Représentante met en avant « une coalition de bonnes volontés » avec les États membres participants volontaires, y compris la possibilité d’inclure des pays tiers.
Ces États seraient encouragés à fournir un soutien en 2025 d'une valeur d'au moins 20 milliards d'euros, pouvant atteindre 40 milliards d'euros en fonction des besoins ukrainiens. Les engagements devraient être communiqués avant le 30 avril.
L’initiative porterait aussi sur la fourniture de 2 millions de munitions cette année. « L’Ukraine a des besoins urgents en artillerie et munitions. Il est urgent d’acheter et de livrer ces équipements, tout comme des systèmes de défense antiaérienne et des intercepteurs de missiles », a expliqué un haut fonctionnaire européen, qui a aussi mis en avant la formation et l’équipement des brigades ukrainiennes et la réparation des équipements déjà fournis.
Vendredi, un diplomate européen espérait que ce soutien pourrait atteindre 40 milliards d'euros, au vu des besoins. Chaque pays participerait en fonction de son revenu national brut (RNB), soit en argent, soit directement en nature. Les 1,9 milliard d'euros de profits exceptionnels issus des avoirs russes gelés seraient également inclus dans le montant final.
Cependant, de nombreuses questions demeuraient, vendredi. Le système de gouvernance, l’utilisation obligatoire ou indicative du RNB comme clé de répartition des contributions, la coordination avec le prêt du G7 (ERA) ou la prise en compte des contributions au titre des garanties de sécurité nécessiteraient des clarifications. Le délai fixé pose en outre soucis à quelques États membres. Si certains planifient leur soutien à l’Ukraine, d’autres répondent davantage au coup par coup à des demandes de Kiev et seraient donc en peine pour anticiper le soutien total sur une année.
Si, selon un projet de conclusions du Conseil européen du 20 mars, daté du 14 mars et obtenu par Agence Europe, aucune référence explicite n’est faite à l’initiative, celle-ci devrait cependant être discutée par les dirigeants européens. Selon le projet, le Conseil européen devrait réaffirmer l’approche de l’UE « de 'paix par la force', qui exige que l’Ukraine soit dans la position la plus forte possible, avec ses propres capacités militaires et de défense robustes comme composante essentielle ». Se disant déterminé, en coordination avec des partenaires et alliés partageant les mêmes idées, à fournir un soutien supplémentaire et global à l’Ukraine et à son peuple, le Conseil européen devrait saluer la reprise de l’aide militaire américaine et du partage de renseignements avec l’Ukraine.
Les ministres devraient aussi revenir sur la proposition de trêve de 30 jours (EUROPE 13598/17). Selon le projet de conclusions, le Conseil européen devrait saluer les progrès réalisés dans les pourparlers de paix conclus entre les représentants américains et ukrainiens le 11 mars. Il devrait demander à la Russie de faire « preuve d’une réelle volonté politique » de mettre fin à la guerre. Vendredi 14 mars, dans une déclaration, les ministres des Affaires étrangères du G7, pour leur part, ont accueilli favorablement la volonté de l’Ukraine de parvenir à un cessez-le-feu immédiat, appelant la Russie à l’accepter et à le mettre pleinement en œuvre. Ils ont prévenu avoir discuté de l’imposition de coûts supplémentaires à la Russie au cas où un tel cessez-le-feu ne serait pas conclu.
Voir la déclaration : https://aeur.eu/f/fyv
Le prochain paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, le 17e, pourrait également être abordé. L’UE devrait aussi, lors du sommet européen, se dire prête à intensifier la pression sur la Russie.
Iran. Le Conseil se penchera ensuite sur l’Iran. Il devrait discuter à la fois du soutien de Téhéran à la guerre d’agression de la Russie en Ukraine, de son programme nucléaire, de sa politique de la diplomatie des otages, de ses activités malignes en Europe et de déstabilisation dans la région ou encore de la répression menée contre l’opposition au pouvoir.
Proche-Orient. Les ministres discuteront de l’accord de cessez-le-feu au Proche-Orient, dont la phase 1 a été prolongée à défaut de passer à la phase 2. La prolongation de la première phase permet à la mission EUBAM Rafah, qui a permis à 4 000 personnes de quitter Gaza depuis six semaines, de continuer ses opérations. Le plan de relance et de reconstruction arabe pour Gaza (EUROPE 13596/20), la situation humanitaire à Gaza, mais aussi les tensions en Cisjordanie seront aussi débattus. Le soutien à l’Autorité palestinienne pourrait également être abordé, en amont du dialogue à haut niveau avec les responsables palestiniens, en avril.
Selon le projet de conclusions, le Conseil européen devrait appeler à des progrès vers la deuxième phase de l'accord de cessez-le-feu et de libération des otages à Gaza et rappeler l’importance d’une distribution durable de l’aide humanitaire à grande échelle dans toute la bande de Gaza. Le Conseil européen devrait aussi encourager les efforts visant à la mise en œuvre du plan de relance et de reconstruction.
Syrie. Quelques heures avant la 9e conférence de Bruxelles sur la Syrie (voir autre nouvelle), les ministres se pencheront sur la situation dans le pays et devraient revenir sur les violences des dernières semaines et le meurtre de plus de mille civils, qui seraient principalement issus de la minorité alaouite (EUROPE 13598/3). « Si un tel événement devait se reproduire, nous pourrions reconsidérer en profondeur les décisions prises jusqu’à maintenant », a expliqué un diplomate, rappelant le principe de réversibilité des sanctions. La levée de sanctions supplémentaires pourrait être abordée. Les ministres pourraient revenir sur la déclaration constitutionnelle pour la période transitoire, avec la rédaction d’une constitution et l’organisation d’élections dans cinq ans.
Les « récentes violences généralisées » contre les civils devraient être condamnées jeudi par le Conseil européen, qui devrait exhorter les autorités de transition à garantir la protection de tous les civils et à faire en sorte que les auteurs de violences soient tenus responsables de leurs actes. Il devrait insister sur « l’importance d’une transition pacifique et inclusive en Syrie et de la protection des droits des Syriens de toutes origines ethniques et religieuses, sans discrimination ».
États-Unis. Enfin, lors d’un déjeuner, le Conseil discutera des relations entre l’UE et les États-Unis en matière de politique étrangère. Selon un diplomate, il s’agira de faire le point sur la nécessité de préserver un canal de dialogue étroit et de plaider pour qu’aucune décision sur la sécurité européenne ne se fasse sans l’Europe et sur l’Ukraine sans l’Ukraine. Les ministres pourraient en outre discuter de la façon dont l’UE pourrait accentuer certaines actions pour compenser les coupes dans le soutien d'USAID.
RDC. Le Conseil devrait adopter des sanctions à l’encontre de neuf individus et d'une entité en lien avec la situation en RDC.
Voir le projet de conclusions du Conseil européen : https://aeur.eu/f/fxu (Camille-Cerise Gessant)