La Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, a annoncé, lundi 24 février, la suspension des consultations de l'UE en matière de défense avec le Rwanda.
Mme Kallas a réaffirmé, par ailleurs, le soutien indéfectible des Européens à l'intégrité territoriale de la République démocratique du Congo (RDC) alors que l'offensive au Kivu du groupe armé rebelle 'M23', soutenu par Kigali, continue de menacer la stabilité de la région.
« L'intégrité territoriale n'est pas négociable, tant au Congo qu'en Ukraine. La Charte de l'ONU s'applique partout. Nous soutenons le processus de paix 'Luanda-Naïrobi', clairement afin d'obtenir des résultats par des moyens diplomatiques », a déclaré l'ancienne Première ministre estonienne lors d'une conférence de presse tenue à l'issue de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères.
« Les consultations de l'UE sur la défense avec le Rwanda ont été suspendues », a-t-elle annoncé.
Le partenariat de l'UE avec le Rwanda inclut un financement de troupes rwandaises à Cabo Delgado (Mozambique) dans le cadre d'une mission régionale de lutte contre le terrorisme djihadiste (EUROPE 13526/5) ainsi qu'un Protocole d'Accord sur les matières premières critiques (EUROPE 13353/7). Or, ce dernier « fera l'objet d'un examen », a déclaré lundi la cheffe du service diplomatique de l'UE.
Le Parlement européen réclame pourtant, entre autres mesures restrictives, une suspension immédiate de ce protocole depuis le début du mois de février (EUROPE 13579/12) et les pays de l'UE seraient, selon certains diplomates européens, déjà « alignés » sur une telle décision (EUROPE 13585/1).
« Il existe également une décision politique d'imposer des sanctions en fonction de la situation sur le terrain. Nous avons exhorté le Rwanda à retirer ses troupes », a déclaré Mme Kallas, sans donner davantage de précisions.
Position belge. Dès l'ouverture du Conseil des ministres lundi, le nouveau ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a réaffirmé sa volonté de voir les pays européens adopter des sanctions contre Kigali – qui a suspendu sa coopération au développement avec la Belgique en réaction à la prise de position de cette dernière dans le conflit.
En outre, M. Prévot a plaidé pour que l'Europe « ne soit pas moins stricte que les États-Unis », ces derniers ayant imposé, jeudi dernier, des sanctions ciblées contre des dirigeants rwandais.
À Genève. Lundi, lors de la 58ᵉ session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Première ministre de la RDC, Judith Suminwa Tuluka, a déploré la mort de « plus de 7000 Congolais » depuis la résurgence du conflit et a appelé à l'adoption de sanctions dissuasives afin de « restaurer l'ordre et la sécurité ».
À Kigali. De son côté, le Président rwandais, Paul Kagame, a rencontré, dimanche 23 février, le secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères, au Commonwealth et au Développement, David Lammy, affirmant sur 'X' que « le Rwanda s'engageait à trouver une solution pacifique, mais que ses intérêts légitimes en matière de sécurité devaient être reconnus et respectés ». (Bernard Denuit)