Les eurodéputés réunis en séance plénière ont adopté, jeudi 13 février, avec 443 voix pour, 4 contre et 48 abstentions, une résolution appelant l'UE à sanctionner le Rwanda pour son implication dans l'offensive du groupe armé 'M23' dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).
Quatre eurodéputés non-inscrits ou membres du PPE se sont opposés au texte, qui demande à la Commission européenne et aux États membres de suspendre immédiatement le protocole d'accord UE-Rwanda.
Le PE réclame le gel de « l'aide budgétaire directe au Rwanda, jusqu'à ce qu'il remplisse les conditions relatives, entre autres, à l'accès de l'aide humanitaire et à la rupture de tous les liens avec le 'M23' ».
L'amendement qui suggérait la mise en place d'un embargo commercial sur tous les minerais en provenance du Rwanda (EUROPE 13578/21) a été rejeté, tout comme les trois amendements déposés par Thierry Mariani (Pfe). L'une des propositions de l'eurodéputé français visait à restreindre temporairement la délivrance de visas européens de fonctionnaires et diplomates rwandais.
Représenté à Strasbourg, Kigali réplique. Hilde Vautmans (Renew Europe, belge) a convoqué, jeudi matin, une réunion extraordinaire de la délégation UE-Afrique du PE pour un dialogue avec quatre ambassadeurs africains sur le risque d’extension régionale du conflit.
L'ambassadeur du Rwanda en Allemagne, Igor Cesar, présent à cette occasion, a assuré que son pays n'était pas à l'origine de la crise. « Nous ne sommes pas non plus les seuls responsables de sa résolution », a-t-il ajouté.
« Les véritables responsables sont identifiés et, pourtant, le regard se porte toujours sur le Rwanda. (…) Reconnaître la vérité exigerait une réelle responsabilité de la part de ceux qui préfèrent rejeter la faute plutôt que de réparer un système minier défaillant », a argué le diplomate, dénonçant des atrocités commises par les forces de sécurité congolaises.
« Le Rwanda n’a aucune ambition expansionniste », a-t-il souligné.
Interrogé sur la présence de troupes rwandaises sur le territoire de la RDC, M. Cesar a présenté son pays comme un modèle de stabilité, qu'il attribue à sa capacité à neutraliser préventivement les groupes armés hostiles opérant au Kivu.
« Dans la plupart des cas, nous avons pu faire face à ces menaces de manière conjointe avec le gouvernement de la RDC », a-t-il répondu, affirmant que le soutien présumé de Kinshasa à certaines milices, comme les Forces démocratiques de libération du Rwanda, avait poussé le Rwanda à un dispositif de défense accru « le long de la zone frontalière ».
En juillet dernier, l'ONU avait estimé que 3 000 à 4 000 soldats rwandais étaient déployés à l'est de la RDC. (Bernard Denuit)