Les quelques mois à venir avant la ratification de l’accord de commerce entre l’UE et le Mercosur ne seront pas de trop pour tenter de trouver une majorité pour ou contre la signature. Si les lignes ont quelque peu bougé depuis la conclusion des négociations par la Commission européenne (EUROPE 13540/1), une majorité peine à émerger, comme l'a montré un débat entre les députés européens, jeudi 13 février.
Lors du vote sur un autre texte, la veille, les députés ont adopté un amendement dénonçant l’impact négatif du futur accord sur les importations de denrées génétiquement modifiées. En revanche, ils ne sont pas allés jusqu’à approuver un autre amendement, qui appelait la Commission européenne et les États membres à renoncer à l’accord (EUROPE 13578/26).
Selon Manon Aubry (La Gauche, française), à l’origine de ces amendements, le vote montre que « les inquiétudes sont vives » et qu’il « n’y a pas de majorité en faveur ». Son amendement de rejet de l’accord a été retoqué à 47 voix près.
Chez les groupes Renew Europe et S&D, les cartes ont été rebattues depuis que la Commission a annoncé avoir réussi à intégrer le respect de l’Accord de Paris comme clause essentielle de l’accord avec le Mercosur. Les voix autrefois critiques à l’intérieur de ces groupes le sont moins, bien qu’elles veulent prendre le temps de l’analyse.
« Nous devons nous assurer que l’accord n’est pas seulement bénéfique pour l’économie, mais aussi pour l’environnement et les travailleurs », a indiqué Kathleen van Brempt (S&D, belge). Et d’ajouter que son groupe sera « un partenaire juste dans ce processus » d’analyse.
Chez Renew Europe, les soutiens de longue date continuent de défendre l'accord : « C'est la bureaucratie excessive qui affecte nos agriculteurs, pas le libre-échange », a insisté l'Allemande Svenja Hahn (Renew Europe). Sa collègue française du même groupe, Marie-Pierre Vedrenne, qui s'est souvent montrée critique envers le traité, porte désormais un jugement plus nuancé. Des doutes demeurent sur l'impact potentiel de l'accord, selon la députée, mais elle dit rejeter l'idée « de nourrir un protectionnisme exacerbé ». La délégation française de Renew Europe n'a d'ailleurs pas soutenu l'amendement appelant à rejeter l'accord, la veille.
De quoi redonner espoir aux membres du PPE, en grande majorité défenseurs inconditionnels de l'accord. « Il faut créer de l'emploi, ouvrir les portes d'un marché de 750 millions de consommateurs », a martelé Gabriel Mato (PPE, espagnol), président de la Délégation à l'Assemblée parlementaire euro-latino-américaine.
Toutefois, pour les groupes PfE, CRE, ENS, mais aussi des Verts/ALE et de La Gauche, la protection des agriculteurs européens contre un afflux des importations agricoles prime sur les bénéfices économiques. « Si l’accord est si bon, pourquoi les agriculteurs manifestent-ils ? Sont-ils stupides ? » a interrogé le polonais Patryk Jacki (CRE).
L'aspect environnemental, en particulier la déforestation, continue aussi d'inquiéter les Verts/ALE et La Gauche.
À tous ces doutes, le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a répondu que la protection de l'environnement et des travailleurs serait mieux assurée avec un accord que sans. Quant aux agriculteurs européens, ils sont protégés par des contingents tarifaires sur les secteurs sensibles, a-t-il rappelé, ainsi que par un futur fonds de réserve. (Léa Marchal)