Des eurodéputés de nationalité belge ont fait entendre leur voix, mardi 4 février, pour dénoncer les effets négatifs de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur sur la souveraineté alimentaire en Europe (EUROPE 13569/7).
La Fédération wallonne de l'agriculture (FWA) a co-organisé cet échange de vues auquel ont participé aussi des représentants des organisations et coopératives de l’UE (Copa-Cogeca) et de la Fédération européenne des syndicats de l'alimentation, de l'agriculture et du tourisme (EFFAT).
À l’origine de l’évènement, Saskia Bricmont (Verts/ALE, belge) a déploré notamment le manque de contrôle de la concurrence des produits agricoles venant des pays du Mercosur. Elle a estimé que le fonds de compensation prévu par la Commission européenne, mais dont les contours sont très flous, ne sera pas suffisant. Elle a insisté sur l’importance de « construire des majorités au Parlement européen et au Conseil contre l’accord » et précisé que la Belgique risquait de s’abstenir au moment du vote. Mme Bricmont a relevé une association inédite des intérêts (syndicats agricoles, ONG, différents partis politiques) contre l’accord UE/Mercosur.
Delphine Ladouce, de l’Union des agricultrices wallonnes (UAW), a estimé que les pays du Mercosur n’avaient pas de règles en matière de bien-être animal et que leurs normes environnementales étaient « quasi inexistantes ».
Plusieurs eurodéputés et intervenants ont assuré que seuls les grands groupes (agrobusiness) des pays du Mercosur réaliseront des profits au détriment des petits exploitants européens et d’Amérique du Sud.
La concurrence déloyale a aussi été mise en avant par les détracteurs de cet accord, de même que la déforestation dans ces pays tiers.
Éric Sargiacomo (S&D, français), présent lors du débat, a estimé que les agriculteurs de l’UE « ont besoin d’être protégés ». Il a plaidé pour la réciprocité des normes et un certificat garantissant la qualité des produits importés de ces pays tiers.
Benoît Cassart (Renew Europe, belge) a insisté notamment sur le risque de délocalisation des productions de l’UE en raison de la concurrence déloyale.
Le besoin d’éviter que la grogne des agriculteurs ne soit récupérée par l’extrême droite a été cité, notamment, par Estelle Ceulemans (S&D, belge).
Ivan Ivanov, de l’EFFAT, a évoqué les effets négatifs sur les conditions de travail et les salaires des agriculteurs de l’UE. Pour le Copa-Cogeca, il s’agit d’un accord « dépassé », qui affectera les produits agricoles sensibles de l’UE tels que le lait, le sucre et la viande. (Lionel Changeur)