Les eurodéputés ont à nouveau débattu, mardi 21 janvier à Strasbourg, de la Hongrie et du respect de l’État de droit dans le pays, mais cette fois sur la base de nouvelles allégations d’espionnage par Budapest de fonctionnaires européens de l’OLAF, l’Office européen anti-fraude.
Une partie des élus ont appelé la Commission à ouvrir une enquête et à agir avec fermeté, si ces faits étaient avérés. Fin 2024, des médias hongrois ont écrit que, de 2015 à 2017, les autorités hongroises ont espionné des agents de l'OLAF s’intéressant aux projets d’éclairage public d’Istvan Tiborcz, le gendre du Premier ministre, Viktor Orbán.
Selon Direkt36, l’opération dépendait du Bureau d’information (IH), organisme chargé de « recueillir des informations étrangères sensibles » et qui « écoutait les échanges téléphoniques des agents ».
Durant leurs missions en Hongrie, les enquêteurs étaient écoutés, mais également « suivis physiquement », selon le Nepszava.
Si le ministre polonais des Affaires européennes, Adam Szłapka, et le commissaire européen au Budget, Piotr Serafin, ont préféré ne pas commenter ces allégations d’espionnage et des « rapports spéculatifs non vérifiés », comme l’a dit le ministre polonais, ils ont rappelé que toute ingérence dans la vie privée des gens par des logiciels espions est « inacceptable » ; toute tentative de contourner les travaux de transparence des institutions publiques doit aussi soulever les préoccupations des responsables politiques, le ministre appelant à transmettre ces allégations et demandes d’enquêtes via les canaux nationaux disponibles.
Le commissaire européen au Budget, de son côté, a salué le travail de l’OLAF et rappelé que les États membres ont l'obligation de s'assurer de la bonne utilisation des fonds européens et de coopérer avec l'OLAF. L'Office européen avait trouvé des irrégularités dans les appels d'offres, a-t-il encore rappelé, et recommandé un remboursement de 17 milliards de florint par les autorités hongroises. Le commissaire a aussi souligné les efforts au sein de la Commission pour développer la résilience des fonctionnaires et les prémunir des tentatives d’espionnage.
Dans l’hémicycle, le député socialiste hongrois Csaba Molnár a appelé la Commission à ouvrir une enquête et à intégrer ces faits rapportés à la procédure dite 'Article 7'. Pour le PPE, ces allégations ne font que prouver à nouveau que Viktor Orbán a installé un régime autoritaire en Hongrie, digne de Vladimir Poutine.
« Qu’un gouvernement européen mette l’OLAF sous filature serait intolérable », a commenté Sophie Wilmès (Renew Europe, belge), appelant la Commission et les institutions à avoir une réponse ferme face à l’espionnage institutionnel.
Les groupes PfE et ENS, de leur côté, ont dénoncé un débat fondé sur des faits non avérés, datant en outre d’une dizaine d’années. (Solenn Paulic)