Les ministres européens de la Pêche se réuniront lundi 9 et mardi 10 décembre à Bruxelles en vue de parvenir à un accord politique sur les totaux admissibles de captures (TAC) et quotas pour 2025 dans les eaux de l'Atlantique, la Manche et la mer du Nord.
Ils devront surtout tenter de trouver un compromis sur les limites de captures dans les eaux de la Méditerranée, sachant que l'Espagne, la France et l'Italie, soutenues par plusieurs pays de l'UE se disant « solidaires », s'opposent aux mesures proposées par la Commission européenne (EUROPE 13526/8).
La Commission a précisé devant les eurodéputés, jeudi 5 décembre, qu'elle proposait de réduire l'effort de pêche en Méditerranée de 66% (en moyenne) pour les chalutiers dans la zone qui couvre les eaux françaises et espagnoles et de 38% dans la zone couvrant les eaux de l'Italie et de la Corse (EUROPE 13534/5).
Ces restrictions sont dues à la pleine mise en œuvre du plan de gestion pluriannuel des stocks de poissons en Méditerranée occidentale, afin d'atteindre le rendement maximal durable (RMD) en 2025. La Commission propose un mécanisme de compensation permettant aux navires d'obtenir des jours de mer supplémentaires en échange de l'acceptation de mesures techniques (sélectivité des engins, périodes de fermeture).
S'agissant des stocks dans l'Atlantique, la Manche et la mer du Nord, ceux dont les propositions posent le plus de problèmes sont notamment : - le cabillaud dans le Kattegat ; - la langoustine dans le golfe de Gascogne ; - la langoustine dans les eaux ibériques ; - les stocks de lieu jaune dans le golfe de Gascogne et les eaux ibériques de l'Atlantique ; - la sole commune dans le Skagerrak et le Kattegat ; - la sole dans le golfe de Gascogne ; - le chinchard dans les eaux ibériques ; - la daurade rose dans les eaux ibériques de l'Atlantique et la même espèce dans les eaux des Açores ; - l'anchois dans le golfe de Cadix.
Une grande partie des annexes concernant les stocks partagés sont, pour l'instant, encore incomplètes, mais un accord a déjà été trouvé dans le cadre des consultations UE-Norvège-Royaume-Uni (https://aeur.eu/f/enu ).
Les négociations bilatérales UE/Norvège et UE/Royaume-Uni se dérouleraient en ce moment et l'objectif serait de les boucler au plus tard après le Conseil 'Pêche'.
Débat houleux au PE. De nombreux eurodéputés ont demandé à la Commission, lors d’un débat sur ce sujet, jeudi 5 décembre en commission de la Pêche du Parlement européen, de faire preuve de souplesse et d’humanité au sujet de la proposition visant à réduire fortement les jours de mer en 2025 dans la Méditerranée.
Gabriel Mato (PPE, espagnol) s’est opposé à la proposition de la Commission visant à réduire, selon lui, de 79% (à seulement 27 jours par an) les jours de pêche en Méditerranée pour certains pêcheurs du pays. Il a rappelé que les pêcheurs avaient déjà fait des efforts en réduisant leur activité de 40% en quatre ans. Nicolás González Casares (S&D, espagnol) a estimé que la proposition doit être retirée, sinon elle signera l’arrêt de mort des pêcheurs. France Jamet (Patriotes pour l'Europe, française) et Stephen Nikola Bartulica (CRE, croate) ont dénoncé la concurrence déloyale de certains pays tiers, comme la Turquie. Isabelle Le Callennec (PPE, française) a précisé qu’en France, 44 navires sont concernés par ces réductions et estimé que les évaluations scientifiques sont très fragiles. Emma Wiesner (Renew Europe, suédoise) est d'avis qu'il faut soutenir le secteur et indemniser ceux qui n’arrivent plus à vivre de leur travail.
De manière générale, les députés ont espéré que la nouvelle Commission changera d’approche avec l’arrivée de Kóstas Kadís, nouveau commissaire à la Pêche. (Lionel Changeur)