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Bulletin Quotidien Europe N° 13530
POLITIQUES SECTORIELLES / Climat

La COP29 joue les prolongations, alors que les 250 milliards de dollars de finance climat sur la table provoquent l’ire des pays en développement

Alors que la COP29 devait arriver à son terme ce vendredi 22 novembre, elle jouera, sans grande surprise, les prolongations. Ialtchine Rafiev, négociateur climat en chef azerbaïdjanais, a ainsi reconnu, au cours d’une conférence de presse, que la Présidence avait « publié un paquet simplifié des projets de décisions » et que le travail n’était pas terminé.

Dans la dernière version du projet d’accord final publiée à l’heure où nous écrivions ces lignes, un montant chiffré relatif au nouvel objectif de financement pour le climat a été dévoilé pour la toute première fois.

Les pays développés, regroupés dans la base des « contributeurs », devraient ainsi consacrer 250 milliards de dollars annuels d’ici 2035 en faveur des pays en développement.

Ce montant, loin des 500 à 1 300 milliards de dollars d’argent public demandés par les pays en développement d’ici 2035, en particulier le G77 + la Chine - qui forme le plus grand bloc de négociation - fait d’autant plus réagir qu’il proviendra de diverses sources de financement, « publiques et privées, bilatérales et multilatérales, incluant des sources alternatives », tel qu’indiqué dans la dernière mouture du texte. 

Colère des pays en développement. Relayée par l’AFP, l’alliance des petits États insulaires (Aosis), en proie aux catastrophes climatiques à répétition, a dénoncé le « mépris » et appelé à « la conscience morale de ceux qui affirment être nos partenaires pour qu’ils soient de notre côté ». 

Pour le négociateur kényan, Ali Mohamed, représentant le groupe africain, le montant est également considéré « inacceptable et inadapté pour mettre en œuvre l’Accord de Paris ».

La coalition d’ONG environnementales CAN International a qualifié la proposition de « blague ».

« Pas d’accord vaut mieux qu’un mauvais accord », a exprimé son directeur exécutif, Tasneem Essop, dans un communiqué, rappelant que le 'Sud global' ne devait pas porter le fardeau de « l’inaction des émetteurs historiques ».

Très peu de réactions du côté des pays riches. Certains dirigeants européens qui avaient fustigé le projet d’accord précédent, rendu public le 21 novembre - et qui ne contenait pas encore de montant chiffré -, semblaient beaucoup moins vocaux vendredi.

C’est notamment le cas du commissaire européen à l’Action pour le climat, Wopke Hoekstra.

La ministre autrichienne du Climat, Leonore Gewessler, a néanmoins estimé, sur le réseau social X, que les négociations avaient fait « un pas en avant », tout en reconnaissant que « nous n'avons pas encore atteint notre objectif ». 

Selon un responsable américain, l’objectif précédent, fixé à Copenhague en 2009 de 100 milliards de dollars annuels à partir de 2020 jusqu'en 2025, avait déjà « représenté un effort considérable au cours de la dernière décennie ».

Toutefois, cet objectif de financement climatique (EUROPE 10036/13) a finalement été atteint en 2022, avec deux ans de retard, et le montant total mobilisé s’est élevé à plus de 115 milliards d’euros. 

Le représentant américain a communiqué, sous couvert d’anonymat, qu’il faudra faire preuve « d'une ambition encore plus grande et d'une portée extraordinaire » pour atteindre les 250 milliards dévoilés. 

Des mots qui font écho aux propos avancés par le ministre danois du Climat, de l'Énergie et de l'Approvisionnement, Lars Aagaard. S'il a affirmé entendre « certains pays en développement dire que les chiffres sont maigres », il a aussitôt nuancé : « Je dois aussi dire que je peux entendre que, pour certains des pays censés être des donateurs, le montant est également difficile à atteindre ».

La Présidence azerbaïdjanaise de la COP, quant à elle, a assuré, dans un communiqué, qu’elle avait « fait pression en faveur d'un objectif équitable et ambitieux », prenant en compte les commentaires des Parties, notamment lors d’une séance plénière qui s’était tenue la veille (EUROPE 13529/10). 

Elle rappelle également que la décision sur le nouvel objectif collectif quantifié (NCQG) comprend un appel à toutes les parties à « travailler ensemble pour accroître le financement en faveur des pays en développement pour l’action climatique, par toutes les sources publiques et privées, à hauteur d’au moins 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 ».

Ce point a également suscité le mécontentement des ONG, qui considèrent que la responsabilité a été renvoyée directement aux pays en développement et aux banques privées.

Sortie des combustibles fossiles. Un autre élément de tension persistant concerne la sortie progressive des combustibles fossiles, que plusieurs délégations, dont l’UE, tentent d’inclure dans le texte.

Si le texte final n’en fait pas mention - à cause de la pression exercée par les pays du groupe arabe, dont l’Arabie saoudite -, plusieurs ministres européens craignent un « retour en arrière » vis-à-vis de l’accord conclu lors de la COP28 à Dubaï pour l’abandon progressif du pétrole, du gaz et du charbon. (Pauline Denys et Nithya Paquiry)

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