Bruxelles, 08/12/2009 (Agence Europe) - À l'heure où s'ouvrait à Copenhague la conférence climatique mondiale (COP 15, 7-18 décembre) rassemblant 17 000 délégués de 192 pays, les ministres des Affaires étrangères des 27 mettaient la dernière main, lundi 7 décembre à Bruxelles, aux préparatifs d'un Conseil européen décisif pour la position de l'UE dans les négociations internationales visant à conclure en décembre un accord mondial pour intensifier la lutte contre le réchauffement global après 2012.
Le mandat de négociation européen est connu et n'a pas changé: l'UE souhaite toujours un accord global, équilibré, ambitieux et contraignant. Or, pour l'heure, les offres sur la table sont jugées insuffisantes, en dépit des signaux encourageants donnés par les États-Unis, la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud.
Décisif, le Conseil européen le sera car c'est lors de leur réunion des 10 et 11 décembre que les chefs d'État et de gouvernement de l'UE mettront enfin un chiffre sur la table pour le financement de l'aide immédiate requise pour les pays en développement de 2010 à 2012, avant l'entrée en vigueur du futur accord prévue le 1er janvier 2013. La chose est acquise désormais. Les dernières discussions au sein du Conseil Affaires générales/Relations extérieures ont montré que les délégations étaient prêtes à mettre la main à la poche pour fournir, sur une base volontaire (comme l'a décidé le Conseil européen des 29 et 30 octobre), leur contribution à l'effort global requis pour aider les pays les moins avancés et les plus vulnérables à s'adapter au réchauffement et à mettre en œuvre des plans nationaux d'atténuation, au lendemain de Copenhague. Rappelons que la Commission européenne a situé ce financement public global dans une fourchette de 5 à 7 milliards d'euros par an de 2010 à 2012 et que l'UE est prête à assumer sa juste part dans le cadre d'un accord global. Le chiffre que mettra le Conseil européen sur la table sera un montant en milliards d'euros pour les trois ans (et non un montant par an, les budgets pour 2010 étant déjà ficelés). La Pologne et l'Estonie ont indiqué qu'elles contribueront à ce financement immédiat par la vente, sur le marché du carbone, de leur surplus « d'air chaud » (Unités de quantités attribuées, UQA, ou AAU en anglais).
Au cours d'une conférence conjointe, deux ministres des Affaires étrangères ont tenu à rappeler d'une même voix la détermination de l'UE à contribuer au succès de la conférence de Copenhague. Per Stig Møller, le ministre du Danemark, s'est félicité du « bon climat » à l'ouverture de la conférence et de la volonté de tous, récemment perceptible, d'obtenir une percée. « Plus de 100 chefs d'État sont attendus. S'ils viennent, c'est qu'ils ont l'intention d'en faire quelque chose ». Et d'ajouter: « Il est de la responsabilité des pays riches de soutenir les pays en développement qui seront le plus affectés ». D'où l'importance du financement à mise en œuvre rapide conçu pour que ces pays pauvres « puissent eux-mêmes entamer un processus et contribuer à stopper le changement climatique». Selon lui, les conditions d'un succès à Copenhague sont au nombre de cinq: 1) l'accord devra être politiquement contraignant ; 2) il devra, en 2010, revêtir la forme d'un traité juridiquement contraignant ; 3) il devra contenir les éléments clés de toutes les questions traitées dans le plan d'action de Bali ; 4) il devra refléter les engagements individuels des différents pays ; 5) il devra s'accompagner de décisions subsidiaires décrivant le fonctionnement des mécanismes.« C'est ce à quoi nous travaillons. Et nous sommes prêts à passer d'une réduction de 20% à 30% » (à l'horizon 2020 par rapport à 1990: NDLR), a-t-il affirmé. Mais ce passage est toujours conditionné à l'obtention d'offres comparables de la part des autres pays industrialisés.
« Le changement climatique est en train de devenir une question de politique étrangère », a souligné David Miliband, son collègue britannique. « L'UE est déterminée à être l'artisan d'un accord ». Mais « tous les pays doivent être en ordre chez eux et prêts à s'attaquer à la question difficile du financement et des transferts de technologie », a-t-il averti. Comme l'a indiqué Gordon Brown, l'accord de Copenhague devra être traduit dans les six mois en langage juridique, a-t-il ajouté. M. Miliband s'est réjoui que le président Obama ait déplacé la date de sa venue à Copenhague du 9 au 17 décembre.
À Copenhague, l'Agence américaine de protection de l'Environnement a fait souffler un vent d'optimisme en reconnaissant, pour la première fois, l'impact négatif des gaz à effet de serre sur la santé humaine, ce qui ouvre la voie à une réglementation sans devoir attendre que le Congrès se prononce sur la loi Climat. La nouvelle a été saluée par de nombreux observateurs. Greenpeace y voit le signe que « le président américain peut agir - que le Congrès approuve ou non la législation pour réduire les gaz à effet de serre ».
Connie Hedegaard, présidente de la COP 15, a rappelé à tous les délégués leur obligation de réussite:
« C'est notre chance. Si nous ratons cette chance, cela pourrait prendre des années avant que nous en ayons une autre meilleure. Si jamais nous en avons une autre ». Anders Turesson, négociateur en chef pour la présidence suédoise de l'UE, a renchéri en déclarant: « Le monde nous regarde (…) C'est ici que nous pouvons ouvrir une nouvelle voie vers un avenir plus vert, plus durable et plus équitable dans lequel le découplage sera opéré entre le développement et les émissions de gaz à effet de serre ». Selon lui, « Copenhague devrait être traduit en un accord universel et juridiquement contraignant. Si ce n'est pas ici à Copenhague, alors le plus tôt possible en 2010, en respectant un calendrier très strict ». (A.N.)