login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13520
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN / Climat

Face aux eurodéputés, Wopke Hoekstra affirme que les mesures de protection du climat et la compétitivité sont interdépendantes

Confirmé par les eurodéputés jeudi 7 novembre, Wopke Hoekstra conserve son poste de commissaire européen, avec un mandat élargi au Climat, à la Neutralité Carbone et à la Croissance propre. En plus de l'Action pour le climat, qui constituait déjà son portefeuille depuis octobre 2023, il placera la compétitivité au centre de son mandat élargi.

Dès son discours introductif, M. Hoekstra a affirmé qu'« il ne peut y avoir de compétitivité sans mesures de protection du climat, et inversement ». Le Néerlandais a ainsi fixé les quatre piliers de son action : compétitivité, action pour le climat, transition juste et dimension internationale, saluant au passage la coopération des eurodéputés dans l’accélération de la lutte contre le changement climatique.

Objectif 2040. Le commissaire désigné a été questionné par les eurodéputés sur la manière dont il compte lier les objectifs du ‘Clean Industrial Deal’ à l’objectif intermédiaire de réduction de 90% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040. M. Hoekstra est chargé de formuler une proposition législative pour inscrire cet objectif dans la législation européenne sur le climat et de préparer des propositions pour le cadre climatique post-2030 afin d’assurer une transition prévisible et rentable.

Bien que le ‘Clean Industrial Deal’ doive être dévoilé dans les 100 premiers jours de la nouvelle Commission, le commissaire désigné a prudemment évité de s'engager sur un calendrier similaire pour l’objectif 2040. En réponse à Michael Bloss (Verts/ALE, allemand), il a déclaré : « Ce qui est important, c’est que nous fixions un objectif (...) et que nous l'appliquions ensuite dans la réalité. C'est la tâche qui nous attend. Cela ne se fera pas au cours du premier trimestre ou du premier semestre, mais c'est quelque chose sur lequel nous travaillerons avec diligence ».

Compétitivité et industrie. La compétitivité, qui constitue un véritable fil rouge du programme de la prochaine Commission, doit soutenir cette action climatique. M. Hoekstra, pour qui protection du climat et compétitivité sont indissociables, compte s'appuyer sur ce ‘Clean Industrial Deal’. 

Interrogé sur l’avenir de l’industrie automobile par Silvia Sardone (PfE, italien) et Ondřej Krutílek (CRE, tchèque), Wopke Hoekstra a promis de collaborer avec Apóstolos Tzitzikóstas, commissaire européen désigné aux Transports et au Tourisme durables (EUROPE 13519/9), pour soutenir les constructeurs dans leur transition. Il a insisté sur trois piliers essentiels : prévisibilité, équité et infrastructures.

Selon lui, « les constructeurs automobiles ne demandent pas de changement d’objectifs, mais qu’on investisse dans les réseaux et les infrastructures pour qu'ils puissent atteindre leurs objectifs climatiques tout en assurant la prospérité des travailleurs ». En réponse à Pascal Canfin (Renew Europe, français), qui lui suggérait un dispositif de leasing social à l’échelle européenne, M. Hoekstra s’est montré ouvert à la discussion.

Concernant l'industrie sidérurgique, il a défendu une production européenne autonome et 'verte'. « Nous avons besoin d'une industrie sidérurgique 'verte' en Europe, point final », a-t-il affirmé, plaidant pour éviter une dépendance envers des pays tiers. Le 'Fonds pour l'innovation', qui soutient ce secteur, jouera un rôle prépondérant, notamment par une distribution ciblée de quotas d’émissions gratuits pour soutenir cette transition vers un acier plus propre.

En ce qui concerne le captage et stockage du carbone (CSC), M. Hoekstra a précisé que, bien que le CSC soit crucial pour l’industrie lourde, il ne saurait remplacer les réductions d’émissions directes. Il a également reconnu l’importance d’un financement renforcé, notamment via le 'Fonds pour l’innovation', et d'une meilleure connexion des infrastructures de stockage, souvent transfrontalières, pour soutenir cette technologie.

Charge administrative pour les entreprises. Enfin, il s’est engagé à alléger la charge administrative des entreprises européennes, en particulier pour les PME, tout en maintenant les normes élevées. Selon lui, une diminution de cette charge pourrait améliorer l'innovation et la compétitivité. Cependant, il a souligné que cela nécessitera une coordination étroite avec les États membres pour éviter une surcharge réglementaire due aux politiques nationales.

Adaptation. Débutant son audition par une mention aux inondations en Espagne, Wopke Hoekstra a réaffirmé son engagement pour des mesures d’adaptation climatique à l’échelle européenne. Pascal Canfin a demandé des garanties sur l'efficacité d’un futur plan d’adaptation pour éviter qu’il ne devienne « une boîte vide ». Le Néerlandais a répondu que, si nécessaire, une législation serait mise en œuvre, soulignant que « l’impact » devait primer sur les débats juridiques. Il estime entre 60 et 100 milliards d’euros le financement requis pour l’adaptation dans le prochain cadre financier pluriannuel (CFP).

Par ailleurs, l'ancien ministre néerlandais a répondu à Anja Arndt (ENS, allemande), qui jugeait l’UE trop ambitieuse en matière climatique. « La science est claire, le changement climatique n’épargne personne. Ce qui se passe ailleurs a aussi des répercussions en Europe », a-t-il fait valoir, déclenchant les applaudissements de l’assemblée. 

Plans nationaux énergie-climat (PNEC). Le commissaire désigné s’est montré optimiste sur les progrès des Plans nationaux énergie-climat (PNEC) (EUROPE 13506/18) des États membres, alors même que des ONG ont déposé ce jeudi des plaintes contre plusieurs pays pour non-respect des normes européennes (voir autre nouvelle).

« Beaucoup de bon travail est fait et les plans sont améliorés », a-t-il déclaré, affirmant l’engagement des États membres. Et d'ajouter: « Aucun pays n'essaie d'alléger le fardeau. Tout le monde s'efforce d'obtenir des résultats ».

Diplomatie climatique. Le commissaire a rappelé le rôle de l’UE dans la mobilisation des autres pays pour s’attaquer aux 94% d’émissions mondiales restantes. À l’approche de la COP29 en Azerbaïdjan (EUROPE 13504/14) et de la COP30 au Brésil, il a souligné l’importance de renforcer les ambitions mondiales, notamment par la tarification carbone et la mise en œuvre du 'Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières' de l'UE (CBAM).

Transition juste. Appelant à une transition équitable, M. Hoekstra a illustré son propos : « Imaginez que vous travaillez dans une usine de charbon qui va fermer ; vous aurez besoin de nouvelles compétences ». Questionné sur l’augmentation du 'Fonds pour une transition juste', il s’est engagé à faire pression pour une hausse, si les 87 milliards d’euros actuels ne suffisaient pas.

Subventions aux énergies fossiles. Interrogé par Lena Schilling (Verts/ALE, autrichienne) sur la fin des subventions aux énergies fossiles, Wopke Hoekstra a reconnu la complexité de l’enjeu et s’est engagé à promouvoir la transparence, tout en précisant que la décision finale reste entre les mains des ministres nationaux des Finances.

Fiscalité. Bien que le sujet ne soit pas mentionné dans son titre, il a fait valoir son expérience dans ce domaine en tant qu’ancien ministre des Finances des Pays-Bas, assurant vouloir s'engager sur ce plan. Il représentera l’UE au G20 et poussera autant que possible pour que la réforme fiscale internationale sur la taxation des entreprises soit parachevée, notamment aux États-Unis (EUROPE 13506/6).

Roberts Zīle (CRE, letton) et Enikő Győri (PfE, hongroise) lui ont demandé son avis sur la compétition fiscale entre les États membres. « De nombreux dossiers sont bloqués au Conseil de l’UE », a-t-il déploré. « Je veux vraiment faire avancer ces dossiers et j'espère pouvoir convaincre les États membres qu'il y a plus à gagner à travailler ensemble et que la concurrence fiscale au sein de l'UE va en fait faire baisser le niveau des normes », a-t-il exprimé.

Pour lui, la concurrence fiscale n'empêche pas les entreprises de quitter l'UE, alors qu’une harmonisation éviterait l’érosion de la base fiscale. Des initiatives comme ‘HOT’ et ‘BEFIT’ (EUROPE 13389/19, 13420/21) pourraient, au contraire, simplifier la bureaucratie pour les entreprises.

À la question d’Evelyn Regner (S&D, autrichienne) sur la possibilité d’une taxe sur les plus-values, il a admis que les chiffres sur l’extrême richesse de certains particuliers étaient « scandaleux ». « Il est impératif de s'assurer que nous taxons de manière équitable. J'aimerais beaucoup apporter une solution », a-t-il lancé. Concernant 'UNSHELL’ (EUROPE 13438/26), M. Hoekstra s’est engagé à discuter avec les ministres des Finances et à leur montrer que cette directive est bénéfique pour tout le monde.

Avec deux tiers des voix en sa faveur – soutien des groupes PPE, S&D, CRE, Renew Europe et Verts/ALE - malgré le rejet des groupes La Gauche et ENS, et l'abstention de PfE en raison de son portefeuille, M. Hoekstra a cette fois bénéficié d'une audition moins houleuse que celle d'octobre 2023 (EUROPE 13262/1), au cours de laquelle ses liens passés avec le cabinet de conseil McKinsey et la compagnie pétrolière Shell avaient suscité des inquiétudes.

Bien que la Française Manon Aubry (La Gauche), notamment, ait soulevé la question des conflits d'intérêts, Wopke Hoekstra a défendu sa transparence concernant son implication dans les ‘Pandora Papers’. Il a expliqué que son investissement en 2006 dans une entreprise d’écotourisme, via une structure aux îles Vierges, avait été examiné et déclaré, que ses actifs avaient été liquidés et qu’il avait fait don des gains à une œuvre caritative. (Anne Damiani, Pauline Denys et Nithya Paquiry)

Sommaire

REPÈRES
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
SOCIAL - EMPLOI
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
COUR DE JUSTICE DE L'UE
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES