Au cours de son audition, qui s’est tenue dans la soirée de lundi 2 octobre à Strasbourg, Wopke Hoekstra, commissaire européen désigné à l'Action pour le climat, a insisté devant la commission de l’environnement du Parlement européen (ENVI) sur son engagement et l'importance de la solidarité européenne. Il a mis l'accent sur la « continuité de l'effort » en matière de climat, évoquant la nécessité de s'appuyer sur les « bases établies par le Pacte vert européen ».
« Lors de la COP28, les discussions porteront sur le niveau d'ambition et les financements. Ces deux sujets sont intrinsèquement liés. Plus nous pourrons réunir des fonds, plus nous pourrons être ambitieux avec l'ajustement à l'objectif 55 », a-t-il déclaré.
Et de poursuivre : « Nous sommes les leaders mondiaux en termes d'ambition et de mise en œuvre et, en fournissant la plus grande part du financement climatique, nous serons à la pointe en faisant preuve d'une solidarité mondiale, mais la réalité est assez dure et les objectifs de Paris sont loin d'avoir été atteints ».
Et si M. Hoekstra a admis des erreurs passées lors de la gestion de la pandémie, lorsqu’il était ministre néerlandais des Finances, il s’est engagé à une approche plus solidaire à l'avenir. Il a rappelé que les décisions prises aujourd'hui affecteront les générations futures et que le changement climatique nécessitait « une action mondiale coordonnée ».
Il a en outre évoqué des propositions spécifiques comme l'introduction d'une taxe sur le kérosène et la fin des subventions pour les combustibles fossiles. « Les combustibles fossiles doivent devenir de l'histoire ancienne », a-t-il affirmé.
Wopke Hoekstra a également mis l'accent sur la nécessité d'une collaboration étroite avec divers partenaires, dont les agriculteurs, pour assurer une transition verte réussie. Par ailleurs, il est revenu sur la difficulté, mais aussi l'importance cruciale d'atteindre la neutralité climatique d'ici 2050 et a appelé à une action collective pour y parvenir.
Face aux préoccupations exprimées par Bas Eickhout (Vert/ALE, néerlandais) concernant le bilan antérieur du commissaire désigné - notamment au sein de la compagnie pétrolière Shell - et les garanties que celui-ci pouvait offrir quant à la suppression des subventions pour les carburants fossiles, M. Hoekstra a réaffirmé son engagement à travailler étroitement avec les États membres pour réduire et finalement éliminer ces subventions. Il a mis l'accent sur la nécessité d'avoir des chiffres précis concernant ces subventions et a promis de s'efforcer de garantir que le cadre financier pluriannuel post-2027 n’en inclue plus. Le commissaire désigné a également reconnu les défis liés à la nécessité d'unanimité au sein du Conseil, mais a souligné son intention d'être aussi strict que possible à ce sujet. En outre, il a insisté à plusieurs reprises sur son « indépendance », tant au sujet de son passage au sein de la compagnie pétrolière que concernant ses fonctions auprès du cabinet de conseil McKinsey & Company.
Lorsqu'il a été interrogé sur la transition écologique et son impact sur les agriculteurs, Wopke Hoekstra a souligné l'importance de promouvoir une agriculture durable tout en étant attentif aux besoins économiques des agriculteurs. Il a reconnu que des changements devront être apportés, y compris, peut-être, une réduction du nombre d'animaux d'élevage, mais que ces changements doivent être gérés de manière à protéger à la fois l'environnement et le bien-être économique des agriculteurs.
En outre, sur la question de la loi sur la restauration de la nature (EUROPE 13244/12), qui avait suscité de gros remous au Parlement, notamment en raison de la volonté d'affaiblir la proposition exprimée par le groupe PPE, auquel appartient M. Hoekstra, ce dernier s’est contenté de reconnaître l'interconnexion entre la nature, le climat et la santé, tout en indiquant qu'il collaborerait étroitement avec d'autres commissaires pour aborder ces problèmes de manière holistique, et a indiqué que, sur le dossier de la biodiversité, il était sur la même longueur d'onde que le commissaire Virginijus Sinkevičius, en charge de ce portefeuille.
Interpellé sur sa supposée volonté d'atténuer les critiques envers le Qatar lors de la dernière Coupe du monde de football, alors qu'il était ministre des Affaires étrangères, Wopke Hoekstra s'est référé à l'importance de la diplomatie, mentionnant qu'il avait discuté des droits humains lors de sa visite dans le pays. Il a exprimé la nécessité de dialoguer parfois avec des nations malgré des désaccords profonds, afin de défendre les valeurs fondamentales européennes.
En tant qu'ancien ministre des Finances, M. Hoekstra a parlé de son approche volontariste pour affronter les problèmes financiers, en particulier ceux liés au climat. Il a souligné que, pour les pays du Sud, les questions climatiques ne sont pas seulement une question de financement, mais aussi une question de confiance. Il a réitéré l'importance de tenir ses promesses.
Lorsque Marie Toussaint (Verts/ALE, française) l’a interrogé sur la nécessité d'une réforme du Pacte de stabilité pour assurer un investissement européen conséquent pour le climat, M. Hoekstra a affirmé qu'il voyait trois grands défis pour l'Europe : le changement climatique, la sécurité mondiale et les perturbations technologiques. Il a reconnu que ces défis nécessiteraient des investissements pérennes et conséquents et que cela aurait un impact sur le Pacte de stabilité. Il a également plaidé en faveur de la création de ressources propres pour l'UE afin de réduire la dépendance à l'égard des ministères des Finances nationaux.
Par ailleurs, il a évoqué le Système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre (ETS) (EUROPE 13164/13), le décrivant comme un outil précieux pour la politique climatique de l'UE, notamment avec l'ajout récent du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM). Il s'est même permis cette confession : « Je suis amoureux du système ETS ».
L'audition, marquée par de multiples interruptions techniques, s'est étendue sur près de quatre heures. Lundi soir, le président de la commission ENVI, Pascal Canfin, a indiqué via X (anciennement Twitter) que la décision finale des coordinateurs de la commission parlementaire sur la prestation de M. Hoekstra interviendra à 14h00 ce mardi, soit après l'audition de Maros Šefčovič (EUROPE 13262/2).
En fonction de la décision des coordinateurs de la commission ENVI (une approbation des deux tiers est nécessaire), la nomination de M. Hoekstra serait soumise à un vote en plénière du PE, jeudi 5 octobre. Si cette nomination reçoit l'aval du Conseil de l'UE, M. Hoekstra assumera ses fonctions jusqu'à la fin du mandat de la Commission dirigée par Ursula von der Leyen, en novembre 2024.
Voir la lettre de mission de Wopke Hoekstra : https://aeur.eu/f/8fp
Voir les réponses aux questions écrites de Wopke Hoekstra : https://aeur.eu/f/8tf (Nithya Paquiry)