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Bulletin Quotidien Europe N° 13520
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN / Élargissement

Marta Kos rassure les députés européens sur sa capacité à mener à bien le grand chantier de l'élargissement

Trois heures et quart de questions-réponses sur les défis de l'élargissement, entrecoupées d'un déluge d'allégations d'espionnage. La Slovène Marta Kos, commissaire européenne désignée à l'Élargissement, a été chahutée par plusieurs députés issus de la droite radicale lors de son audition au Parlement européen, jeudi 7 novembre.

Malgré ces accusations et quelques réponses poussives, elle a été confirmée dans ses fonctions par les députés, les groupes PPE, S&D, Renew Europe, CRE et Verts/ALE ayant voté pour.

Grande priorité de la nouvelle Commission, l'élargissement de l'Union européenne, d'abord aux six pays des Balkans occidentaux - l'Albanie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, la Macédoine du Nord et le Kosovo -, puis aux autres pays candidats - la Géorgie, l'Ukraine, la Moldavie et la Turquie - est une affaire de « poids sur la scène internationale » et de « défense des valeurs européennes », a déclaré Marta Kos.

L'ancienne diplomate a plaidé pour un « processus d'adhésion prévisible, crédible, soumis à un alignement politique fort et un engagement européen » de la part des pays candidats. « Je n'hésiterai pas à proposer des mesures correctrices en cas de stagnation ou de recul des engagements pris », a-t-elle averti, en rappelant que l'évolution de chaque processus se fera « sur la base des avancées réalisées », et que jamais il ne faudra « abandonner la qualité au profit de la rapidité ».

Mme Kos a aussi rappelé que « les pays qui avaient posé leur candidature plus tard ne seraient pas les concurrents de ceux qui l’ont posée plus tôt ». « Ils doivent travailler main dans la main », a-t-elle plaidé.

L'élargissement comme moteur des avancées européennes. Interrogée sur sa façon de mener à bien les différents processus d'adhésion, la Slovène a souvent insisté sur trois points fondamentaux : - le respect des engagements européens, à savoir « l'État de droit, les droits de l'homme et les principes de l'UE » ; - l'alignement sur la politique étrangère et de sécurité commune de l'Union, et; - « la coopération sans faille » avec la société civile des pays candidats (EUROPE 13511/8).

« Nos principes ne sont pas négociables », a-t-elle rappelé. Questionnée par Michael Gahler (PPE, allemand) sur l'aide que peut apporter l'UE aux pays candidats, la commissaire désignée a défendu une approche double. « C'est à eux de réaliser une partie du travail, mais l'autre partie nous incombe. La situation géopolitique a affectivement une influence sur les aspirations de certains pays. Si nous voulons être cohérents, et nous devons l'être, nous devons défendre bec et ongle l'approche basée sur le mérite - tout en aidant ces pays », a-t-il estimé.

Alors que certains pays candidats attendent depuis une décennie l'avancée du processus, Marta Kos a essayé de se montrer rassurante. Oui, les avancées seront récompensées en bonne et due forme. La date de 2026, évoquée pour l'ouverture de tous les chapitres avec l'Albanie, est effectivement un objectif.

« Il nous faut faire plus d'Europe en nous appuyant sur nos valeurs. Si le pays rempli tous les critères, il n'y a aura aucun blocage », a-t-elle affirmé.

La question des Balkans occidentaux. Plusieurs eurodéputés originaires de pays d'Europe centrale et orientale ont interrogé la commissaire désignée sur différents enjeux politiques autour de l'adhésion des Balkans occidentaux. Stanislav Stoyanov (ENS, bulgare) s'est montré très véhément sur la question de la modification de la Constitution de la Macédoine du nord, point de blocage entre Skopje et Sofia, qui compromet à ce stade l'avancée du processus d'adhésion.

« Les pays candidats devront faire les réformes telles que prévues », a prévenu Marta Kos. Cependant, elle a rappelé la nécessité de « ne pas importer les questions bilatérales dans le processus de négociations » afin de conserver le principe d'avancée au mérite.

Également interrogée à plusieurs reprises sur la Serbie et son alignement problématique avec la Russie, Marta Kos s'est montrée directe : « Si les réformes ou les engagements pris ne sont pas respectés, il n'y aura pas de fonds, pour n'importe quel pays candidat. Chacun doit s'aligner sur notre politique. Nous ne pouvons accepter au sein de l'UE des pays qui ne respectent pas les valeurs européennes » (EUROPE 13515/2).

Flanc oriental. Interrogée à plusieurs reprises sur le soutien de l’UE à l’Ukraine, Marta Kos a rappelé les principes établis. « Soutenir l'Ukraine et repousser l'agression russe est une priorité absolue, politiquement, économiquement et financièrement, en utilisant toute la panoplie d’outils de l'UE », a-t-elle souligné.

« Je ferai tout pour que les négociations en vue de l’élargissement soient l’étoile qui guide cette nation héroïque », a-t-elle ajouté, précisant que cela s’appliquait aussi à la Moldavie. Elle a aussi mis en avant la reconstruction du pays, expliquant que cela devrait se faire en coopération avec les pays partenaires, et avec la participation, a-t-elle espéré, de nombreuses entreprises européennes.

Concernant la Géorgie, la commissaire désignée a appelé le peuple géorgien à ne pas abandonner et à ne pas désespérer. « Nous sommes prêts à poursuivre le processus d’élargissement », a-t-elle expliqué, ajoutant que la première condition était que le gouvernement démontre qu’il est prêt à continuer sur sa trajectoire européenne, avec le retrait des lois sur l’ingérence et sur les valeurs et la famille.

Caucase/partenariat oriental. Bien que la lettre de mission de Mme Kos ne mentionne pas le Partenariat oriental (EUROPE 13485/8), ce sera « une priorité » pour la commissaire désignée, qui a rappelé que trois des six pays étaient candidats à une adhésion à l’UE.

« Je m’assurerai que la politique d’adhésion soit alignée avec la politique de voisinage de manière étroite. Ainsi nous jetterons un regard nouveau sur sa conception et sur les outils du Partenariat oriental en mettant l’accent sur la connectivité dans la région et avec le sud du Caucase et la Mer Noire vers l’Asie centrale », a-t-elle indiqué.

Turquie. En réponse à Sebastian Tynkkynen (CRE, finlandais), pour qui le moment est venu de dire qu'Ankara n’est plus un pays candidat à l'adhésion à l'UE, Mme Kos a expliqué qu’elle continuerait de travailler avec la Turquie, « pays candidat et partenaire clé de l’UE », mais qu’il n’y aurait pas d’évolution dans le processus sans avancées sur le dossier chypriote.

Réformes internes. Marta Kos a également été interrogée sur la nécessité de mener à bien des réformes internes à l'UE pour pouvoir assimiler de nouveaux pays, particulièrement pour faciliter le passage des décisions de l'unanimité à la majorité qualifiée des États membres au Conseil de l'UE.

« Les deux processus sont parallèles », a-t-elle rappelé, en évoquant sa lettre de mission et son travail nécessaire de coopération avec les autres membres du Collège des commissaires pour « parvenir aux réformes nécessaires ».

Accusations d'espionnage. Dans une ambiance légèrement tendue, la Slovène a essuyé à quatre reprises des attaques de la part de plusieurs députés de droite radicale, l'accusant d'espionnage au profit de l'UDBA, la police secrète de l'ex-Yougoslavie, dissoute en 1991 avec l'indépendance de la Slovénie.

La commissaire candidate a réfuté ces allégations, propagées à l'origine par Romana Tomc, la chef de la délégation slovène du Parti populaire européen (PPE), déclarant qu'elle n'avait jamais eu de quelconque lien avec les renseignements de la Yougoslavie. Elle a fini par ignorer ces allégations, opposant un silence assuré aux questionnement des députés. (Isalia Stieffatre et Camille-Cerise Gessant)

Sommaire

REPÈRES
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
SOCIAL - EMPLOI
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
COUR DE JUSTICE DE L'UE
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES