Lors de la réunion de la Communauté politique européenne (CPE) à Budapest, jeudi 7 novembre, 42 dirigeants des pays européens ont évoqué les défis sécuritaires qui secouent le continent, dont l’escalade de l'agression militaire russe de l'Ukraine.
À son arrivée à cette cinquième réunion de la CPE, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a une nouvelle fois demandé le soutien des Européens et dénoncé les derniers développements dans le conflit. Il est notamment revenu sur le déploiement récent de troupes nord-coréennes en Russie (EUROPE 13518/16). « La Corée du Nord fait désormais la guerre en Europe. Des soldats nord-coréens tentent de tuer notre peuple sur le sol européen », a-t-il alerté.
M. Zelensky a réagi à l'hypothèse suggérée par certains pour l'Ukraine de faire des « concessions » face à Vladimir Poutine. Ces idées sont notamment défendues par le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán.
Ce dernier estime que les positions ont évolué sur l’issue à trouver à la guerre en Ukraine, surtout depuis la réélection de Donald Trump aux États-Unis. « Il y a toujours des opinions divergentes sur le fait de continuer la guerre ou d’avoir un cessez-le-feu, mais une chose est évidente : ceux qui veulent la paix sont de plus en plus nombreux », a affirmé le Premier ministre hongrois face à la presse.
Ce dernier estime que le processus de paix doit démarrer avec un cessez-le-feu, puis des négociations sur la paix. « La pré-condition pour la paix est la communication, et la pré-condition pour la communication est le cessez-le-feu. Cela donne du temps pour négocier. Arrêtez de vous entretuer, c’est ma recommandation. Et ensuite, négociez », a-t-il affirmé. Et d'insister sur le fait que, selon lui, les Européens se sont engagés dans la guerre sans avoir une définition claire de ce qu'est la victoire.
Une vision loin d’être partagée par Volodymyr Zelensky. « C'est inacceptable pour l'Ukraine et suicidaire pour toute l'Europe. Et que se passera-t-il ensuite ? L'Europe doit-elle rechercher les faveurs de Kim Jong-un dans l'espoir qu'il laisse lui aussi l'Europe en paix ? »
Concernant M. Poutine, le président ukrainien a fait un pied de nez, faussement dissimulé, à M. Orbán, qui présidait cette réunion de la CPE. « Certains d'entre vous le serrent dans leurs bras depuis 20 ans, et les choses ne font qu'empirer », a-t-il considéré.
Lors d’une conférence de presse, le Premier ministre albanais, Edi Rama, qui accueillera la prochaine CPE à Tirana en 2025, a même dépeint M. Orbán, présent sur le podium avec lui, comme le « mouton noir de l’Europe », se disant surpris, non sans dérision, de voir « l’Europe se réunir dans la grange du mouton noir ».
Il a ainsi reconnu que le format de la CPE permettait de confronter des opinions très divergentes « de façon beaucoup plus libre », et même d’aborder des sujets « dangereux », notamment sur la façon de mettre fin à la guerre en Ukraine.
Migration. Outre une séance plénière consacrée aux défis sécuritaires, la journée de discussion a été divisée en tables-rondes thématiques sur la migration, la sécurité économique et la connectivité. Après ces discussions ciblées, très peu d'éléments ont été rapportés par les dirigeants.
Le chancelier autrichien, Karl Nehammer, dirigeant les tables-rondes sur la migration avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a estimé que la réunion de la CPE est une occasion unique de discuter des enjeux migratoires, car elle réunit plus de pays que l’UE et offre donc « de nombreuses possibilités de conclure de nouvelles alliances ».
Viktor Orbán a estimé, sur ce point, qu’il y avait une nouvelle « impulsion » en Europe. « Avec ce débat, nous pourrons peut-être faire un pas en avant vers des résultats tangibles », a-t-il avancé.
Lors d’une conférence de presse à l’issue des discussions, le dirigeant hongrois a fait part plus amplement de sa vision sur les défis migratoires auxquels l’Europe est confrontée.
Il a notamment estimé qu’il avait été le seul Premier ministre a avoir surmonté la crise migratoire de 2015, et qu’il était temps, à présent, de se révolter contre « cet ensemble de règlements qui ressemblent à une jungle bureaucratique » au sein de l’Union européenne et de « protéger nos frontières ».
Sécurité économique. Les tables-rondes sur la sécurité économique et la connectivité ont été dirigées par le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Støre, et la Première ministre lettonne, Evika Siliņa, en remplacement du chancelier allemand, Olaf Scholz. Ce dernier n’était pas présent à cause de la crise politique ouverte dans son pays à la suite du limogeage du ministre des Finances, Christian Lindner.
Sur ce point, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné la nécessité de tenir ces échanges pour faire face « à nos propres dépendances » et créer « davantage d’équité pour nos économies et entreprises ».
Le Premier ministre estonien, Kristen Michal, quant à lui, a soutenu que l’Europe devait être plus résiliente, en particulier sur l’aspect énergétique. « Nous continuons de dépenser plus de 30 milliards d'euros dans l'énergie russe, ce n'est pas judicieux », a-t-il estimé.
Jeudi soir, à l'heure où nous mettions sous presse, les Vingt-sept étaient réunis lors d'un dîner informel consacré aux élections américaines et à la Géorgie. Ils se retrouveront ce vendredi pour une réunion informelle focalisée sur la compétitivité européenne, en présence de l'ancien président de la BCE Mario Draghi. (Léa Marchal et Pauline Denys)