La Conférence des présidents des groupes politiques (CoP) du Parlement européen a entériné, jeudi 10 octobre, contre l'avis des groupes S&D et Renew Europe (EUROPE 13499/2), l'ordre de passage des commissaires européens désignés lors des auditions de confirmation, qui se dérouleront du 4 au 12 novembre.
A été retenue la proposition du groupe PPE, soutenue par les groupes conservateurs et d'extrême droite, qui prévoit la tenue, à la fin de cette séquence, soit le mardi 12 novembre, des auditions des cinq vice-présidents exécutifs, plus celle de la future Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.
Cet ordre de passage convient à la famille chrétienne-démocrate, dont sont issus le plus de commissaires désignés. En cas de mauvaise prestation, les autres groupes seraient moins enclins à rejeter leur candidature, notamment parce qu'ils seront encore dans l'attente des auditions des vice-présidents exécutifs issus des familles sociale-démocrate et libérale, notamment celles de la socialiste espagnole Teresa Ribera et du centriste français Stéphane Séjourné.
« Il a été impossible d'avoir un accord sur l'ordre des auditions avec les forces politiques qui ont soutenu initialement Ursula von der Leyen [pour sa réélection à la présidence de la Commission européenne, NDLR] », a critiqué la présidente du groupe S&D, l'Espagnole Iratxe García Pérez. « Cela va poser beaucoup de problèmes pour l'ensemble du processus », a-t-elle estimé, dénonçant l'attitude du groupe PPE, qui « rompt le 'cordon sanitaire' » en nouant des majorités politiques à sa guise, tantôt avec les groupes pro-européens, tantôt avec les conservateurs et l'extrême droite.
Désapprouvant lui aussi la décision de la CoP, le groupe Renew Europe a appelé, via X, « les forces démocrates pro-européennes à se rassembler autour d'un agenda constructif ».
Même son de cloche chez les écologistes. La coprésidente du groupe Verts/ALE, l'Allemande Terry Reintke, a considéré que l'attitude du président du groupe PPE, son compatriote Manfred Weber, « affaiblit les forces pro-européennes au centre de l'échiquier politique », dans la mesure où, selon elle, « la question de l'organisation des auditions des commissaires affecte de manière centrale l'influence du Parlement dans la mise en place de la nouvelle Commission ».
Les écologistes européens sont également d'avis qu'auditionner l'Italien Raffaele Fitto parmi les premiers candidats à une vice-présidence est de nature à lui conférer un avantage.
En 2019, les candidats à la vice-présidence (exécutive) de la Commission avaient tous été auditionnés après les autres commissaires désignés.
Voir l'ordre de passage des commissaires européens désignés : https://aeur.eu/f/dtp
Feu vert de la commission des affaires juridiques après l'examen des déclarations d'intérêts financiers. Jeudi, la commission des affaires juridiques (JURI) du PE a également annoncé avoir clos la procédure d'examen des déclarations d'intérêts financiers des vingt-six commissaires européens désignés. Après avoir demandé plus d'informations à la grande majorité d'entre eux, elle n'a décelé aucun conflit d'intérêts. Les vingt-six candidats seront donc tous auditionnés à partir de lundi 4 novembre.
D'après le président de JURI, Ilhan Kyuchyuk (Renew Europe, bulgare), la commission parlementaire a procédé à « une analyse impartiale et approfondie » des déclarations d'intérêts financiers. « Lorsque nous avons estimé que les informations étaient incomplètes, nous avons demandé des détails supplémentaires afin d'évaluer tous les éléments pertinents et d'arriver à nos conclusions », a-t-il ajouté. Il a néanmoins estimé que, d'un point de vue procédural, « des critiques raisonnables peuvent être formulées à l'encontre du cadre juridique ».
La commission JURI pourrait ainsi proposer des modifications.
Le social-démocrate allemand René Repasi a estimé que « le Parlement est limité dans son examen ». « Selon les règles de la Commission, (les commissaires candidats) ne doivent déclarer que les intérêts 'dont on peut supposer qu'ils pourraient donner lieu à un conflit d'intérêts'. Les candidats à la Commission doivent donc évaluer eux-mêmes s'il existe des conflits d'intérêts. C'est pourtant la tâche du Parlement », a-t-il relevé.
Le coordinateur du groupe Verts/ALE, l'Allemand Sergey Lagodinsky, quant à lui, a quitté la salle de réunion de la commission JURI en signe de protestation avec l'écologiste néerlandaise Tineke Strik et les élus du groupe 'La Gauche'. « Il est inacceptable pour nous que, cette fois, le processus en cours ne soit pas motivé par un intérêt pour les faits, mais par la crainte des grands partis de perdre leurs candidats. Au lieu de demander des informations concrètes, la commission JURI s'est figée dans cette peur, a fait passer l'examen à la hâte et de manière mal informée avec des majorités craintives », a-t-il condamné dans un communiqué.
Vendredi dernier, le groupe La Gauche avait vivement critiqué le manque de transparence et d'efficacité du processus d'examen des déclarations d'intérêts financiers (EUROPE 13497/11). (Mathieu Bion)