Les économies européennes sont confrontées à des défis sans précédent, que ce soit pour faire face aux conséquences de la pandémie, au changement climatique ou à la numérisation. Pour parvenir à une Union plus résiliente et compétitive de manière durable, il est urgent de trouver des solutions solides et adaptables.
Un dialogue productif entre les syndicats et les employeurs est indispensable pour y parvenir.
Nous appelons le Sommet consacré au futur agenda social de l'UE, qui se tiendra à La Hulpe les 15 et 16 avril, à envoyer un message fort au Conseil européen de juin sur la nécessité de privilégier l'espace au dialogue social comme une priorité dans le prochain programme stratégique de l'UE.
Le Sommet social de La Hulpe : une occasion à saisir
En juin, les chefs d'État et de gouvernement de l'UE fixeront les priorités à long terme de l'UE pour la période 2024-2029. L'une des priorités discutées est de renforcer la compétitivité de l'UE en effectuant une transition durable et inclusive pour tous vers une économie verte et numérique.
Afin d’identifier les priorités politiques pour la prochaine législature de l'UE, la Présidence belge a invité les principales parties prenantes européennes à La Hulpe les 15 et 16 avril à réfléchir et adopter une déclaration sur le futur agenda social de l'Union européenne.
À La Hulpe, des représentants de la Commission, du Parlement européen, des partenaires sociaux et des organisations associatives examineront comment améliorer le développement du capital humain et la compétitivité ainsi que promouvoir des transitions équitables.
La participation active des partenaires sociaux et le respect de leur autonomie sont indispensables pour trouver des solutions à tous ces défis. Lorsqu'ils ont une marge de manœuvre, les partenaires sociaux ont prouvé qu'ils sont en mesure de proposer des solutions sur mesure ayant bénéficié d'un large appui. Cela s'est déjà produit par le passé. Nous espérons qu'il en sera de même à l'avenir.
Le dialogue social : Une expérience éprouvée
Dans le contexte du COVID et de ses conséquences, le dialogue social a permis d'élaborer des politiques visant à atténuer les effets économiques de la crise sur les entreprises et les travailleurs. Il a permis de relever les défis du marché du travail, de stimuler la mobilité de l'emploi grâce à l'amélioration des compétences et à la restructuration, et de garantir la disponibilité d'une main-d'œuvre expérimentée. Un dialogue social efficace a également permis de répondre à d'importants défis économiques et sociaux structurels.
En 2021, l'Espagne a approuvé une importante réforme du marché du travail par le biais du dialogue social. Elle vise à stimuler l'emploi permanent tout en permettant aux entreprises d'adapter leur main-d'œuvre. Cette réforme renforce la négociation collective, ce qui permet de négocier sur des questions liées au travail. Du fait que la réforme découle du dialogue social, elle est perçue comme stable et capable d'atteindre ses objectifs.
En Italie, dans un contexte de mutations industrielles, les groupes patronaux et syndicaux reconnaissent l'importance croissante des rapports sociaux. En 2022, un pacte innovant a été conclu dans le secteur de l'énergie dans le cadre de la transition verte. Mettant l'accent sur la valeur humaine, il garantit des conditions de travail favorables, des possibilités de reconversion, un équilibre entre vie professionnelle et vie privée et un soutien aux parents qui travaillent, ce qui favorise la participation des travailleurs.
En Suède, connue pour sa forte tradition de régulation du marché du travail par le dialogue social, un autre exemple de solutions négociées a vu le jour en 2022. Une réforme importante, résultant de négociations nationales intersectorielles, renforce la sécurité de l'emploi, offre des possibilités de reconversion et donne aux employeurs flexibilité et prévisibilité. Cependant, cette réforme n'a été possible que parce que les partenaires sociaux possédaient l'espace requis pour négocier et conclure des conventions collectives.
Ces exemples mettent en évidence l'importance de la négociation collective et du dialogue social pour répondre aux exigences d'un monde en mutation rapide.
Libérer le potentiel du dialogue social
Malgré ses succès, le dialogue social n'a pas encore atteint son plein potentiel. Toutefois, des signes encourageants se manifestent. L'importance du dialogue social a récemment fait l'objet d'une attention toute particulière. La Commission von der Leyen a réaffirmé à plusieurs reprises son engagement en faveur du dialogue social dans le cadre de la double transition en cours et plusieurs initiatives ont été prises pour donner suite au principe du dialogue social dans le socle européen des droits sociaux.
La reconnaissance par la présidente de la Commission que l'avenir de l'Europe se construira avec et par nos partenaires sociaux résonne bien avec les appels du Parlement européen, du Conseil, du président du Conseil européen, du Comité économique et social européen et des partenaires sociaux européens en faveur d'un renforcement du dialogue social. Comme le souligne à juste titre le Parlement européen, le succès de ce dernier dépend largement de la capacité des partenaires sociaux à négocier librement. Il s'ensuit que les partenaires sociaux doivent disposer d'une marge de manœuvre suffisante pour pouvoir trouver des solutions négociées en premier lieu.
Un appel à l'action à La Hulpe
Il est plus que temps de renforcer ces engagements. Pendant que l'UE élabore son prochain programme stratégique, il est essentiel de privilégier l'espace au dialogue social. Nous demandons de tout cœur à la Présidence belge et aux parties prenantes qui se réuniront à La Hulpe en avril de transmettre un message fort au Conseil européen de juin.
La construction d'une Europe résiliente et compétitive nécessite un effort négocié et le dialogue social est la pierre angulaire sur laquelle nous construisons un avenir plus fort, ensemble.
Peter Hellberg préside le 'Conseil de négociation et de coopération' (PTK), organisation suédoise regroupant 26 syndicats et représentant plus d'un million de salariés du secteur privé.