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Bulletin Quotidien Europe N° 13378
POLITIQUES SECTORIELLES / Climat

Les ministres européens de l'Environnement et du Climat souhaitent que la prochaine Commission européenne poursuive les engagements en faveur du climat

Les ministres européens du Climat et de l'Environnement ont échangé, lundi 25 mars, sur les communications récentes de la Commission européenne concernant l'atténuation des risques climatiques et l'objectif 2040 de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ainsi que l'avancée des plans Énergie-Climat (PNEC) pour atteindre l'objectif 2030.

Ces discussions ont pour objectif de donner une direction à l'agenda de la future Commission européenne. « Il n'y a pas d'autre solution que de poursuivre l'action climatique. Ce qui est important, c'est de rassurer tous les Européens qui s'inquiètent de ce qui se passe en termes de changement climatique, mais aussi d'articuler les soucis de compétitivité et la façon dont cela a un impact sur leur vie », a déclaré le commissaire à l'Action pour le climat, Wopke Hoekstra.

Adaptation

Concernant la communication sur l'adaptation aux risques climatiques (EUROPE 13368/11), M. Hoekstra a mis en avant la nécessité d'une action conjointe face à l'augmentation des événements climatiques extrêmes.

Les États membres ont souligné unanimement que la question de l'atténuation devait être traitée sur un pied d'égalité avec l'adaptation au changement climatique.

À ce sujet, le ministre de la Transition climatique pour la Région de Bruxelles-Capitale, Alain Maron, a rappelé que « l’Europe (était) très exposée » et qu'il fallait « faire de ces sujets une priorité tout en étant conscient qu'il ne s'agit pas d'une échappatoire à nos efforts en matière d'atténuation. Car, évidemment, notre capacité d'adaptation n'est pas infinie. Nous devons donc continuer à travailler sur les deux ».

Objectif 2040

Les ministres ont également fait le point sur la communication de la Commission européenne concernant un objectif de réduction des GES de 90% d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990 (EUROPE 13344/1). 

La majorité des États membres ont soutenu cet objectif. C’est notamment le cas des Pays-Bas, de la Finlande, de l’Allemagne, de la Suède, du Portugal ou encore du Luxembourg. 

Ce dernier a expliqué que l’objectif présenté permettait d’atteindre « un point juste et pragmatique » entre les besoins de l’industrie et les recommandations scientifiques sur le climat, mais également de renforcer la crédibilité de l’UE au niveau international. 

Le Danemark a même proposé d’aller plus loin dans le suivi des objectifs de réduction des émissions - avant la neutralité carbone en 2050 - en proposant de fixer un objectif pour 2035.

La Hongrie, quant à elle, a indiqué « que les États membres et les institutions de l’UE devaient rester concentrés sur les objectifs 2030, qui représentent déjà un défi en soi pour les États membres ». 

La République tchèque a été la seule à indiquer explicitement, lors de ce débat, qu’elle n’avait pas encore adopté de position sur cet objectif et qu’elle se réservait encore un temps d’examen. 

Plusieurs pays ont salué également la publication par la Commission d’une communication spécifique sur la gestion du carbone industriel (EUROPE 13344/2).

Analyse sectorielle et nationale. La République tchèque a indiqué également qu’il était essentiel d’impliquer tous les secteurs économiques de façon individuelle et a soumis la proposition d’élargir le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) à d’autres secteurs d’activités. C’est également une revendication de la France. 

Afin de réduire les émissions du secteur agricole, le Danemark, quant à lui, a proposé de mettre en place un système d’échange de quotas d’émissions (SEQE) spécifique au secteur de l’agriculture. 

Outre une analyse sectorielle supplémentaire, plusieurs États membres, comme la Pologne, ont demandé des analyses nationales plus poussées. Chypre, quant à elle, souhaite que les pays confrontés à des défis uniques soient soutenus de façon ciblée. 

Transition juste. Interrogées par la Présidence belge (EUROPE 13370/11) sur les secteurs d’activité qui demanderont le plus d’efforts pour la décarbonation, la plupart des délégations ont mis en avant les transports et l’agriculture.

À l'approche des élections européennes, les discussions ont effectivement beaucoup porté sur les revendications du monde agricole, remettant en cause certaines mesures du 'Pacte vert européen'. 

Pratiquement toutes les délégations ont appelé à placer le principe de « transition juste » et de l’acceptation de l’opinion publique au cœur des politiques climatiques de l’UE.

L’Espagne, l’Irlande et l’Autriche, toutefois, ont critiqué les dernières modifications de la Politique agricole commune (PAC) au détriment des mesures climatiques (EUROPE 13372/3).

« Comment expliquer que nous avons décidé de faire une pause, de ralentir sur le Pacte vert ? (...) Le climat et les écosystèmes ne tiendront pas compte des élections », a lancé la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera. 

Compétitivité. Le ministre irlandais de l’Environnement, Eamon Ryan, a rappelé l'importance des investissements dans la transition climatique pour favoriser la compétitivité de l’UE. Il a appelé ensuite à adopter la loi sur la restauration de la nature, dont les négociations sont désormais bloquées au Conseil (EUROPE 13377/7).

Pour la Suède, la réussite de la transition climatique est subordonnée à une économie européenne en croissance, « c’est ainsi que l’on pourra montrer la voie à d’autres », a souligné Daniel Westlén, secrétaire d'État suédois au Climat et à l'Environnement.

Financement. Les ministres ont fortement mis l’accent sur la question du financement. La Slovénie a demandé que, dans le cadre de la conception du prochain cadre financier pluriannuel après 2027, les émissions soient un des critères pour l’allocation des fonds. 

La République tchèque a appelé à ce que le Fonds pour la modernisation, le Fonds pour la transition juste et le Fonds social pour le climat soient « non seulement poursuivis, mais renforcés », et que la Banque européenne d’investissement (BEI) et la DG Compétitivité de la Commission fassent preuve de davantage de flexibilité, notamment concernant le financement de l’énergie nucléaire (EUROPE 13377/10). 

PNEC

Enfin, les ministres ont mentionné les avancées respectives dans la conception de leurs plans Énergie-Climat (PNEC) finaux attendus pour juin 2024, certains plaidant, une nouvelle fois, pour le respect du principe de neutralité technologique (en ce compris le développement du nucléaire), d'autres, comme l'Allemagne et l'Autriche, rappelant que la priorité devrait être portée essentiellement sur le développement des énergies renouvelables. (Nithya Paquiry et Pauline Denys)

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