« De nombreux États membres ont demandé la modification du cadre juridique de l'UE en matière d'aides d'État pour permettre la modernisation énergétique de la flotte », a déclaré Hilde Crevits, la ministre flamande de l'Agriculture, après la réunion informelle des ministres européens de la Pêche, lundi 25 mars à Bruges, en Belgique.
Les ministres de la Pêche des pays de l’UE ont débattu de l’avenir des politiques européennes en matière de pêche et d’aquaculture, alors que les mandats de la Commission européenne et du Parlement européen se terminent prochainement sans véritable réforme de la politique commune de la pêche (PCP). La réforme devra être entreprise lors de la prochaine mandature (EUROPE 13132/5).
Résumant le débat des ministres, Hilde Crevits a souligné également que les États membres ont appelé à une « forte ambition commune » pour parvenir à un secteur européen de la pêche et de l'aquaculture « attractif, rentable et résilient ». « Pour ce faire, la diversité de la flotte européenne doit être au centre des préoccupations. Une approche unique n'est pas idéale », a dit la Présidente en exercice de ce Conseil.
Enfin, l’utilisation de l'intelligence artificielle et d'autres innovations sont chaleureusement accueillies par les États membres, selon la Présidence belge.
Virginijus Sinkevičius, commissaire européen aux Océans et à la Pêche, a rappelé que son rôle de commissaire « touche à sa fin ». Il a demandé à ses services d'entreprendre une « évaluation complète » des règlements relatifs à la politique commune de la pêche (PCP) pour aider la personne qui lui succédera à son poste.
« Un mandat difficile ». Virginijus Sinkevičius a estimé qu’avec les crises et le Brexit, « le mandat a été difficile ». « Nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli au cours des cinq dernières années », a toutefois analysé le commissaire, qui a cité notamment l’amélioration des niveaux de durabilité des stocks de poissons dans tous les bassins maritimes ainsi que la réforme du système des contrôles.
Pour assurer la prospérité du secteur, il convient, selon lui, de veiller à ce qu'il y ait un renouvellement des générations. Il faut aussi s’assurer que la concurrence dans le secteur soit « équitable », tant entre les pêcheurs de l'UE entre eux, qu'entre les pêcheurs européens et ceux des pays tiers. « Enfin, nous devons continuer à gérer les stocks de poissons de manière durable. S'il n'y a pas de poisson, il n'y a malheureusement pas d'avenir pour le secteur », a mis en évidence Virginijus Sinkevičius. Selon lui, la PCP et le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l'aquaculture (FEAMPA) « constituent une base solide pour relever les défis ». Il a cité le projet européen lancé récemment, intitulé ‘Pêcheurs du futur’. L'objectif est d'étudier « les espoirs, les craintes, les attentes et les besoins des pêcheurs, en collaboration avec les parties prenantes, et d'avoir une conversation ouverte et franche sur leur avenir ».
Aides pour l'achat de nouveaux bateaux. En plus d’insister sur l’importance des produits de la pêche pour la sécurité alimentaire, de promouvoir des politiques visant à encourager la consommation de poisson, qui a une faible empreinte carbone, et de prendre en compte l'impact socioéconomique des mesures proposées dans le cadre de la PCP (équilibre à trouver entre les décisions visant à préserver la biodiversité marine et le maintien du tissu productif et du développement économique de la pêche dans les zones côtières), le ministre espagnol, Luis Planas, a estimé que le FEAMPA devrait prévoir des aides pour « renouveler la flotte de pêche » et ainsi la rendre plus efficace, décarbonée et sûre. Il a évoqué les aides pour l'achat de nouveaux navires plus performants.
Le rendement maximal durable (RMD) et la fin des rejets ont été deux éléments importants, mais « nous devons nous attaquer à la question de la rentabilité de notre activité et de nos pêcheurs », a souligné M. Planas (EUROPE 13225/4).
Le cadre européen doit évoluer concernant les contraintes de jauges et les aides à l’investissement, a dit aussi la délégation française, pour qui le prochain cycle institutionnel doit afficher comme priorité la révision de la PCP et du FEAMPA, la fixation d’objectifs de souveraineté alimentaire (en intégrant la dimension commerciale et le principe de réciprocité à l'égard des produits importés des pays tiers) ainsi que le développement des filières aquacoles.
Accord avec le Maroc. Autre sujet d'importance pour l'Espagne : un éventuel nouvel accord de pêche UE/Maroc. M. Planas a déclaré : « Nous ne devrions pas préjuger des situations, mais, en tout cas, nous sommes prêts à faire face à n'importe quel scénario, en contact avec les autorités marocaines et, évidemment, tant le Conseil que la Commission y travaillent ». Il a estimé que « nous devons attendre l'arrêt » de la Cour de justice de l'UE (après les conclusions de l'avocat général) pour voir ce qui se passe et quelles sont les conséquences pratiques.
Brexit. Charlie McConalogue, ministre irlandais de l'Agriculture, de l'Alimentation et de la Marine, a évoqué l'importance d'évaluer pleinement l'impact que la sortie du Royaume-Uni de l’UE a sur les États membres, en particulier sur l'Irlande, « parce que nous sommes l'État membre qui a vu l'impact le plus important sur les quotas de poissons après le Brexit ». Il convient, selon le ministre irlandais, de trouver des moyens de tenir compte, notamment dans les quotas de pêche, de l'impact du Brexit, « pour garantir que nous ayons des pêcheries durables et fortes à l'avenir ». (Lionel Changeur)