La Commission européenne a présenté, mardi 6 février, sa stratégie pour la gestion du carbone industriel au sein de l'Union européenne, s'alignant sur l'engagement ambitieux de l'UE d'atteindre la neutralité climatique d'ici 2050.
Cette initiative, intégrée dans un paquet législatif centré autour de la communication sur l'objectif climatique de l'UE pour 2040 (voir autre nouvelle), détaille comment l'utilisation de technologies avancées pour la capture et la gestion du carbone pourrait aider à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 90% d'ici 2040 et ainsi contribuer de manière significative à la réalisation de l'objectif de neutralité climatique.
Objectifs principaux et plans de mise en œuvre. Ainsi, l’UE entend s'engager résolument vers un avenir à « zéro émission nette » de CO2, en se concentrant principalement sur la diminution des émissions actuelles, tout en intégrant des technologies innovantes pour le captage, le stockage et l'utilisation du carbone. Ces technologies cibleront en particulier les secteurs où la réduction des émissions est particulièrement ardue ou coûteuse, comme dans les processus de production de ciment ou la valorisation énergétique des déchets.
La commissaire européenne chargée de l'Énergie, Kadri Simson, a toutefois souligné devant la presse que la capture du carbone ne remplacera pas les efforts pour promouvoir les énergies renouvelables, mais qu'elle servira plutôt de technologie complémentaire pour atteindre l'objectif de 2040.
La proposition de la Commission européenne se concentre sur l'établissement d'un « marché unique européen pour la gestion industrielle du carbone ». Cette initiative se propose de capturer, transporter, stocker et utiliser le carbone de manière à compenser les émissions résiduelles de gaz à effet de serre.
Un des objectifs majeurs est la capture d'au moins 50 millions de tonnes (Mt) de CO2 par an d'ici 2030, avec une augmentation progressive à 200 millions de tonnes par an entre 2030 et 2040 et un objectif ultime de stockage annuel de 450 Mt d'ici 2050. La capture directe dans l'air (DAC) est également envisagée pour éliminer entre 100 et 200 Mt de CO2 directement de l'atmosphère.
Rôle du CSC et du CCU. La stratégie établit clairement une distinction entre le captage et stockage du carbone (CSC) et le captage et l'utilisation du carbone (CCU). Le CSC concerne la capture des émissions de diverses sources pour un stockage permanent, tandis que le CCU se concentre sur la réutilisation du CO2 capturé dans des produits ou carburants synthétiques. Un aspect crucial de cette stratégie est le développement d'une infrastructure de transport transfrontalière pour le CO2, nécessitant des investissements substantiels et une coordination étroite entre les États membres.
La question du financement. Pour financer cette stratégie ambitieuse, la Commission européenne estime qu'un investissement de 3 milliards d'euros sera nécessaire pour les capacités de stockage, avec un coût supplémentaire d'environ 10 milliards d'euros pour les infrastructures de transport.
Ces investissements seront financés notamment en utilisant l'argent récolté via le système d'échanges de quotas d'émission de l'UE ('ETS'), réinvesti dans le 'Fonds pour l'innovation' et des 'contrats carbone pour la différence' (CCfD).
En outre, la Commission reconnaît la nécessité d'un financement public en plus de celui de l'industrie, surtout dans les premiers stades, pour garantir la rentabilité de l'ensemble du projet. Par ailleurs, le CSC est également inclus dans la taxonomie européenne de l'UE pour la finance durable et l'Acte 'NZIA', qui a fait l'objet d'un accord PE/Conseil de l’UE le même jour (voir autre nouvelle), ainsi que l'a rappelé Kadri Simson. La commissaire a également indiqué que certains financements « sont déjà disponibles ».
Maroš Šefčovič, vice-président exécutif de la Commission chargé du ‘Pacte vert européen’, a souligné que ces investissements sont essentiels pour réduire les coûts futurs liés aux dommages causés par le changement climatique, qui sont estimés à 170 milliards d'euros pour les cinq dernières années. Il a mis en avant une perspective globale, rappelant l'importance de saisir toutes les opportunités d'intégrer les entreprises dans le 'Pacte vert'.
De plus, des appels de financement pour les infrastructures de transport transfrontalier du dioxyde de carbone dans le cadre du programme 'Mécanisme pour l’interconnexion en Europe' (CEF) pour l'énergie sont évoqués.
Si cette stratégie se pose comme une étape majeure vers la décarbonation du secteur industriel européen, elle soulève des questions sur l'intégration future des captures de carbone au sein du système 'ETS', la durabilité des technologies utilisées et la coordination nécessaire au niveau européen pour atteindre ces objectifs ambitieux.
La communication (en anglais) : https://aeur.eu/f/aqc (Nithya Paquiry)