Les intérêts et craintes de l'industrie n'en finissent pas de s'exprimer et les esprits de s'échauffer, en particulier dans l'Hexagone, sur la proposition de règlement de l'UE relative aux emballages et déchets d'emballages, en amont du vote du Parlement européen, prévu mercredi 22 novembre sur cette législation de 200 pages.
La crainte de voir les producteurs de camembert et autres célèbres fromages d'appellation d'origine contrôlée emballés dans des boîtes en bois, sacrifiés sur l'autel d'exigences de recyclabilité impossibles à tenir en l'absence d'infrastructures de collecte et de filière de recyclage s'est exprimée dans les médias hexagonaux ces jours derniers.
En cause : l'article 6 sur la recyclabilité des emballages d'une proposition qui entend réduire les déchets d'emballages de 15% par État membre et par habitant d'ici à 2040 et faire en sorte que tous les emballages présents sur le marché de l'UE soient recyclables d'une manière économiquement viable d'ici à 2030 (EUROPE 13074/7).
Des eurodéputés de centre droit veulent protéger les boîtes des fromages français.
Un amendement PPE propose notamment d'ajouter les matériaux et objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires (règlement 1935/2004) à l'article 10 pour qu'ils puissent bénéficier d'une exemption jusqu'au 31 décembre 2034, comme les emballages immédiats des médicaments à usage humain, les emballages en plastique sensibles au contact des dispositifs médicaux et ceux au contact des dispositifs médicaux de diagnostic in vitro.
Le texte du règlement proposé prévoit en outre une dérogation aux obligations de minimiser le suremballage pour les indications géographiques protégées - une dérogation qui n'a rien à voir avec les préoccupations pour les boîtes en bois du camembert.
« L'exemption pertinente serait celle concernant les indications géographiques protégées », estimait, jeudi 16 novembre, le porte-parole à l'Environnement, Adalbert Jahnz, sans vouloir préjuger de l'issue du vote au PE et du processus entre colégislateurs.
Exigences 'contre-productives'. Pour les eurodéputés français François-Xavier Bellamy et Arnaud Danjean (PPE), auteurs de l'amendement, « ce problème est symptomatique du problème que pose ce texte, qui introduit à nouveau des normes rigides, complexes et souvent contre-productives ».
La Secrétaire d'État française à l'Europe, Laurence Boone, quant à elle, a invoqué, mardi 14 novembre, les élections européennes à venir.
« Si on a envie de caricaturer l'Europe avant les élections, on commence à embêter les producteurs de camembert et leur emballage en bois... ça fait bondir tout le monde ! » Et d’ajouter : « Qu'on incite les entreprises à utiliser des emballages recyclables, il le faut. Après, il faut un peu de réalisme pragmatique ». Elle s'exprimait devant la presse française accréditée auprès de l'UE.
Le même jour, l'eurodéputée allemande Delara Burkhardt (S&D), s'exprimant devant des journalistes, se disait relativement confiante que le compromis sur l'ensemble du règlement, trouvé entre les groupes S&D, Renew Europe, Verts/ALE et La Gauche en commission de l'environnement du Parlement (EUROPE 13278/12) pourrait recueillir la majorité en session plénière, mais « une courte majorité ».
Pour consulter le règlement proposé (en anglais) : https://aeur.eu/f/4d5 (Aminata Niang, avec Mathieu Bion)