La Commission européenne a publié, mercredi 27 septembre, son premier rapport concernant l’état d’avancement de la mise en œuvre du programme pour la Décennie numérique (EUROPE 13213/18). Si quelques progrès ont déjà été enregistrés, l’UE pourrait bien, faute d’actions et d’investissements suffisants de la part des États membres, échouer lourdement à atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés d’ici 2030.
Dans le détail, l’accord auquel étaient parvenus le Conseil de l’UE et le Parlement le 22 juillet dernier (EUROPE 12993/8) prévoyait que l’accent soit mis d’abord sur les compétences numériques. En 2030, 80% de la population européenne devrait avoir acquis les compétences de base en matière numérique. Selon les projections, ce chiffre devrait, sans changement de cap, plafonner à 59%.
Selon le programme défini, quelque 20 millions de spécialistes des technologies de l’information et de la communication devraient être employés dans l’UE en 2030. Ce chiffre était de 9,37 millions en 2022 et les projections indiquent qu’ils devraient atteindre 12 millions à la fin de la décennie.
De la même manière, le rapport indique que l’UE est également à la traîne dans le domaine de la numérisation des entreprises. Les services d’Internet en nuage ('cloud') pourraient n’être adoptés que par 66% des entreprises d’ici 2030 alors que le programme pour la décennie numérique tablait sur 75%. Selon les dernières données disponibles, seuls 34% des entreprises y avaient recours en 2021.
L'IA et le 'Big Data' comme principaux défis
La situation est encore plus préoccupante concernant le ‘Big data’ et l’intelligence artificielle (IA) (EUROPE 13253/4), avec des objectifs fixés, là aussi, à 75% des entreprises de l’UE utilisant ces technologies en 2030. Sans action en la matière, le ‘Big data’ pourrait être utilisé, selon les projections, par 34% des entreprises à cette échéance et l’IA par 20%.
« Pour les technologies les plus innovantes, c’est largement insatisfaisant. Il va falloir accélérer la transition pour que l’intensité numérique s’appuie aussi sur ces technologies plus modernes », a estimé une source européenne.
Des travaux devront aussi être menés pour parvenir à ce que l’UE représente 20% du marché des semi-conducteurs alors qu’elle pesait 10% en 2022, ainsi que sur plusieurs autres volets, notamment ceux liés à l’identité numérique (EUROPE 13212/6).
« Avec le 'Chips Act' (EUROPE 13229/23), nous travaillons beaucoup avec les entreprises. Nous n’y sommes pas encore, mais nous avançons », a commenté une source européenne.
La Commission confiante sur la 5G, malgré les disparités
En revanche, la Commission s’est montrée confiante quant au fait que les objectifs en matière de couverture globale de la 5G sur le territoire européen seraient atteints ainsi que le fait qu’au moins 500 'licornes' - des entreprises valorisées à au moins un milliard d’euros - seraient recensées dans l’UE en 2030. Ce nombre pourrait, selon le rapport de la Commission, être atteint dès 2024.
Au-delà du tableau global, de fortes disparités subsistent entre États membres. À titre d’exemple, en 2022, 0,8% des citoyens bulgares avaient accès aux réseaux fixes à très grande capacité ('gigabit') alors que 98% des citoyens néerlandais pouvaient en profiter. Par ailleurs, la couverture 5G des zones peuplées atteignait, par exemple, en 2022, 98% au Danemark, contre 20% en Suède.
« Le message de notre premier rapport sur la décennie numérique est clair : nous devons accélérer nos efforts pour atteindre nos objectifs d'ici 2030. Le moment est venu de travailler ensemble pour placer l'Europe à l'avant-garde de la transition numérique. C'est le sens des recommandations que nous adressons aujourd'hui aux États membres », a déclaré le commissaire chargé du Marché intérieur, Thierry Breton.
Dépôt des feuilles de route nationales le 9 octobre
Pour tenter d’inverser la tendance, les États membres devront désormais remettre leurs feuilles de route le 9 octobre prochain. Ces documents devront reprendre, entre autres, l’état d’avancement de la mise en œuvre du programme pour la Décennie numérique, les difficultés rencontrées, les atouts à exploiter, les mesures prévues, le budget qui y sera alloué ainsi qu’un calendrier.
De son côté, la Commission, qui a avancé la date de publication de ce premier rapport pour que les États membres puissent s’en servir comme support, recommande en priorité d’accroître les investissements. Selon elle, les dépenses publiques et privées des États membres devraient atteindre 3% du PIB, dans le domaine de la recherche et de l’innovation numériques. L'accent devrait être mis aussi sur la mise en œuvre de la boîte à outils 5G de l'UE ou encore les mesures pour former et retenir les spécialistes du secteur.
Voir le rapport : https://aeur.eu/f/8rn
Voir les projections : https://aeur.eu/f/8ro (Thomas Mangin)