Le président de l'Eurogroupe, Paschal Donohoe, a douté, jeudi 29 juin, de la capacité des ministres européens des Finances à s'entendre sur l'introduction d'une règle d'or ('golden rule') qui permettrait d'exclure certains investissements publics du calcul du déficit dans le cadre de la réforme en cours du Pacte de stabilité et de croissance.
« Certains pays demandent (une règle d'or). Mais si vous commencez à dire que certaines dépenses vont être exclues, d'autres gouvernements vont demander à en faire autant pour d'autres dépenses. Cela créerait des difficultés pour appliquer le critère de dépenses publiques », a considéré M. Donohoe en réponse à des questions de la Française France Jamet (Identité et Démocratie) et de l'Italien Denis Nesci (CRE), lors d'un dialogue avec la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
Il a certes souligné l'importance de trouver, dans le cadre des négociations en cours, un juste « équilibre » entre une réduction graduelle du déficit et de la dette publique et le soutien aux investissements dans les transitions climatique et numérique à travers la mise en œuvre des plans de relance nationaux.
Convaincu qu'un accord du législateur européen sur la réforme est possible avant la fin de la législature actuelle, et même souhaitable pour ne pas ajouter de nouveaux risques budgétaires à l'incertitude macroéconomique actuelle, le ministre irlandais a préconisé un cadre révisé qui soit transparent, dont le respect soit possible et qui soit propice à l'appropriation des règles par les États membres.
Questionné par Margarida Marques (S&D, portugaise), corapportrice du PE sur la réforme, sur un possible point d'équilibre, M. Donohoe est resté très prudent. Il n'a pas nié les différences d'opinions s'étant manifestées publiquement, comme le refus de la France d'introduire des critères quantitatifs contraignants pour réduire la dette publique, contrairement à ce que réclame l'Allemagne (EUROPE 13203/2). Pourtant, selon lui, les États membres considèrent que la proposition législative sur la table constitue « une bonne base de travail », a-t-il noté.
Parmi les points sur lesquels des compromis seront nécessaires, il a cité la façon de stimuler les investissements et la réduction de la dette publique.
Par ailleurs, M. Donohoe a rappelé qu'en juillet, l'Eurogroupe fera des recommandations sur l'orientation budgétaire au niveau de la zone euro pour 2024. Il a admis que la croissance économique de l'Eurozone, substantielle en 2022 à hauteur de 3,5% du PIB, avait perdu de l'élan en début d'année en raison de conditions macroéconomiques « plus difficiles ».
Néanmoins, en 2023, la croissance sera au rendez-vous et cette situation doit être mise à profit par les pays de la zone euro pour consolider leurs finances publiques, en démantelant les mesures budgétaires d'urgence prises pour aider les ménages et les entreprises affectées par la crise énergétique. Ce faisant, a estimé le président de l'Eurogroupe, la politique budgétaire contribue à lutter contre l'inflation.
Union bancaire. Interrogé par Ville Niinistö (Verts/ALE, finlandais) sur l'union bancaire, M. Donohoe a estimé que la finalisation de la ratification de la réforme du 'Mécanisme européen de stabilité' (MES), bloquée par l'Italie (EUROPE 13203/7) ainsi qu'un accord sur la proposition 'CMDI' destinée à renforcer le cadre européen de gestion d'une crise bancaire créeront les conditions pour aller de l'avant sur d'autres questions menant au parachèvement de l'union bancaire en zone euro.
À Paul Tang (S&D, néerlandais), qui critiquait l'attitude de l'Italie, il a fait état de discussions régulières avec les autorités italiennes. Selon lui, le gouvernement italien doit entendre l'argument selon lequel finaliser la réforme du MES permettrait de rendre accessible, à de nouvelles conditions, le fonds de sauvetage permanent de la zone euro à des pays en difficulté. (Mathieu Bion)