En marge d'une conférence à Varsovie sur l’autonomie stratégique de l’UE, vendredi 3 mars, le vice-président du groupe S&D, Pedro Marques (portugais), a présenté à EUROPE le document stratégique du S&D pour une autonome stratégique ouverte, c’est-à-dire « une Europe plus forte, plus ouverte et plus sûre d’elle ».
« L'Europe doit être capable de défendre ses positions avec force et de manière plus autonome, mais sans s'isoler du reste du monde. Il s'agit pour nous d'être capables de promouvoir avec beaucoup plus d'efficacité nos valeurs dans l'ordre mondial », a -t-il expliqué.
« Nous voulons être plus stratégiques, plus autonomes pour pouvoir promouvoir une coopération plus forte dans le monde. Nous ne pouvons pas promouvoir avec force nos valeurs de paix, de droits de l'homme, d'un ordre multilatéral pour faire face au changement climatique, etc., si nous ne sommes pas capables de nous débrouiller seuls », a ajouté l'eurodéputé.
Dans son document stratégique de 24 pages, le groupe S&D propose plusieurs mesures pour renforcer l’autonomie stratégique de l’UE en matière de politique étrangère, y compris le passage au vote à la majorité qualifiée.
Le groupe estime aussi que le Haut Représentant devrait être la voix de l’UE dans le monde. « Nous considérons que la figure du Haut Représentant est la mieux placée, parce qu'elle est comme un lien entre les institutions. Mais ce que nous disons clairement, c'est que nous ne pouvons pas continuer avec ce genre de cacophonie entre les institutions », a expliqué M. Marques, alors que le Haut Représentant, mais aussi la présidente de la Commission et celui du Conseil européen représentent l’UE à l’étranger.
L’UE doit également, selon le S&D, être en mesure de prendre « des décisions rapides et efficaces et de parler le langage de l’unité et de la puissance dans les affaires mondiales ». Lors de la conférence, l’ancien président polonais Aleksander Kwaśniewski a espéré que la guerre en Ukraine fasse prendre conscience à l’Europe qu’un temps de réaction et de prise de décision trop lent est une faiblesse pour l’Europe. « Il y a moins de temps pour réagir et le niveau de risque est plus élevé », a-t-il ajouté.
Le S&D plaide également pour la mise en œuvre d’une politique commerciale affirmée dans le cadre d'accords commerciaux fondés sur des valeurs et pour soutenir une Organisation mondiale du commerce réformée et les règles commerciales multilatérales « tout en faisant de la politique commerciale un élément essentiel du programme géopolitique » de l’UE.
Par ailleurs, l’eurodéputé Marek Belka (S&D, polonais) a estimé que l’UE apprenait seulement maintenant comment utiliser son pouvoir économique pour atteindre ses objectifs, citant par exemple le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM).
Le document stratégique du S&D met en avant les principaux changements nécessaires en termes de politique extérieure, mais aussi de politique intérieure. « Le concept d'autonomie stratégique est né dans le domaine de la sécurité et de la défense. Néanmoins, il a rapidement et inévitablement évolué vers un débat plus large sur la souveraineté européenne dans un certain nombre d'autres secteurs stratégiques, notamment les politiques étrangère, commerciale, sanitaire, énergétique, économique, numérique, de l'innovation, de l'environnement, agricole ou alimentaire, pour ne citer que quelques domaines », précise-t-il.
De plus, pour M. Marques, « de meilleures politiques internes (...) signifieront aussi une meilleure capacité à influencer le reste du monde et à ne pas être dépendant ». « Et c'est important de ne pas être dépendant des Chinois pour les matériaux critiques et les choses comme ça. C'est un exemple concret d'une politique interne qui aura un impact brutal sur la position extérieure et la dépendance à l'égard des matériaux critiques », a-t-il ajouté.
Dans son document, le S&D propose notamment de mettre en place des chaînes d'approvisionnement diversifiées, sûres et résilientes dans tous les domaines clés de l’autonomie stratégique ouverte de l’UE, de promouvoir et encourager la réindustrialisation dans les segments stratégiques de la chaîne de valeur et des secteurs industriels ou encore d’accroître sa souveraineté et sa part de marché mondial dans le secteur des semi-conducteurs.
Lors du débat, M. Belka a plaidé en faveur d’un audit sur la Chine afin de savoir dans quels domaines l’UE est dépendante d’elle et comment être moins dépendante. « Nous devons le faire et nous devons commencer le processus d’affaiblissement de ces dépendances », a-t-il ajouté, précisant que, pour cela, l’UE devait être plus proche d’autres régions dans le monde telles que l’Amérique latine ou l’Afrique.
Pour M. Kwaśniewski, il est également important d’avoir une vision commune concernant les États-Unis et la Chine.
Voir le document : https://aeur.eu/f/5mz (Camille-Cerise Gessant)