Le Parlement européen a exhorté la Commission européenne, jeudi 16 février, à assurer l’approvisionnement en engrais, à agir pour faire baisser les prix et à accroître l’autonomie stratégique de l’UE.
Le PE a adopté une résolution demandant à la Commission davantage de mesures concernant la disponibilité des engrais. Tous les amendements déposés ont été rejetés en plénière (EUROPE 13121/18). Seul un paragraphe initial a été supprimé en partie, sur l’utilisation en faveur du secteur agricole des recettes du nouveau mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union (MACF).
Budget et réserve de crise. Parmi les mesures à court terme, le PE invite les États membres et la Commission à « envisager l’utilisation de la réserve agricole pour l’exercice 2023 afin d’apporter une aide immédiate aux agriculteurs face à la hausse exponentielle des coûts des engrais et à l’augmentation des coûts de production qui en découle ».
Lors du débat, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, s’est encore montré ouvert à l’idée d’utiliser la réserve pour aider les agriculteurs des pays de l’UE limitrophes de l’Ukraine à faire face aux effets de la hausse des importations de produits agricoles en provenance de ce pays attaqué par la Russie.
Par ailleurs, le PE demande de garantir un soutien aux agriculteurs jusqu’à ce que le marché se stabilise et que des solutions de remplacement aux engrais minéraux soient disponibles.
Le PE craint que le soutien apporté aux agriculteurs et aux producteurs d’engrais par l’intermédiaire de l’encadrement temporaire de crise en matière d’aides d’État ne représente un risque de renationalisation, de fragmentation et de concurrence entre les différents marchés et parmi les agriculteurs. Les députés rappellent que l’examen à mi-parcours du cadre financier pluriannuel (CFP) pourrait permettre de « renforcer le budget de la PAC et de tenir compte des graves répercussions de l’inflation sur les coûts des intrants et les revenus agricoles ».
Autre requête parlementaire : prolonger la suspension temporaire des droits à l’importation pour tous les engrais minéraux, sauf pour ceux d’origine russe ou biélorusse, « afin d'accroître la disponibilité des engrais pour les agriculteurs et d'avoir ainsi un effet stabilisateur sur les prix et de rendre le marché européen plus dynamique en améliorant la logistique et en réduisant la charge administrative ».
Le PE souligne aussi que l’Union ne devrait pas remplacer une dépendance par une autre, cette fois par des engrais importés, ni mettre en péril l’avènement d’une industrie européenne des engrais à faible intensité de carbone, ce qui entraînerait une augmentation significative des émissions de CO2 à l’échelle mondiale et entraverait les objectifs climatiques de Paris.
Les députés demandent également à la Commission d’envisager un mécanisme d’achat conjoint d’engrais au niveau de l’UE et de réduire les goulets d’étranglement sur le marché des engrais. À long terme, les députés recommandent d’accélérer le processus de décarbonation et d’utiliser des nutriments non fossiles et recyclés pour produire des engrais. (Lionel Changeur)