Les eurodéputés ont exprimé, mercredi 1er février, des attentes très différentes quant au Sommet européen des 9 et 10 février consacré à la migration.
Ils l’ont fait en présence de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, venue leur présenter ses propositions pour le Sommet européen (EUROPE 13109/7) et qui a relevé, dans un contexte de hausse de 65% des arrivées irrégulières en 2022 par rapport à l'année précédente, que « la majorité des personnes arrivées demandant l'asile n'ont pas besoin de protection ».
Centrées sur les retours, la protection des frontières extérieures, en particulier la frontière entre la Bulgarie et la Turquie, mais aussi sur des voies légales y compris de travail, les pistes exposées par la présidente ont toutefois été diversement accueillies.
Les eurodéputés se sont en effet rapidement divisés entre partisans d'un accueil continu - mais plus régulé - des migrants et demandeurs d’asile et partisans de mesures bien plus drastiques, entre construction de ‘murs’ aux frontières extérieures de l’UE, traitement des demandes d’asile en dehors de l’UE ou sanctions financières contre les pays ne reprenant pas leurs ressortissants en situation irrégulière.
Le groupe PPE, avec son chef de file, Manfred Weber (allemand), s’est notamment démarqué des autres groupes ‘pro-européens’ en prônant, si nécessaire, la construction d’infrastructures physiques aux frontières extérieures des pays membres. Une question qui ne doit plus être « tabou », a dit Manfred Weber.
Citant la perte de confiance des citoyens européens envers leurs dirigeants en raison de la hausse des arrivées irrégulières, il a estimé que le budget européen doit pouvoir financer ce genre d’infrastructures. Quant aux ONG qui opèrent en mer pour secourir des migrants, il faut également leur fixer « un code de conduite ».
Par ailleurs, des pays comme le Canada ont des bureaux en Syrie ou en Irak pour identifier les personnes pouvant être protégées et accueillies. « Pourquoi l’UE ne ferait-elle pas la même chose ? », a-t-il aussi demandé alors que son groupe veut faire revivre le concept de plateformes régionales de débarquement, proposé en 2018 par la Commission européenne.
Des propositions balayées par le S&D et sa présidente, Iratxe Garcia Perez (espagnole), qui considère que l’UE doit continuer à accueillir les personnes ayant besoin de protection, assurer leur intégration et garantir des voies légales. « Pénaliser les ONG, construire des murs, ça n’efface pas la réalité » et le devoir de trouver des solutions, a jugé l’Espagnole qui a aussi appelé les États membres et la Commission à ne pas « se concentrer seulement sur les retours ». Il faut également avancer sur le 'Pacte asile', la cheffe du groupe S&D au PE se disant par ailleurs « inquiète » des propos de son homologue du PPE.
Pour Renew Europe et le député néerlandais Malik Azmani, il faut non seulement avancer sur le 'Pacte Asile et migration', mais aussi « restaurer la confiance » entre les États membres et la Commission a un rôle pour faire appliquer les règles déjà existantes, comme celles de Dublin. La politique des visas, en revanche, est un bon levier pour faire pression sur les pays tiers non coopérants sur les retours, tout comme la politique « commerciale ».
Pour sa collègue française Fabienne Keller, les propositions du groupe PPE, entre murs et externalisation de l’asile, ne peuvent constituer des réponses. « Ce n’est pas en pactisant avec l’extrême droite que nous trouverons des solutions », a lancé l’élue française, appelant elle aussi à se concentrer sur le Pacte et la Feuille de route signée entre le PE et le Conseil de l’UE.
Le Conseil européen « se réapproprie enfin » le dossier de la migration, s’est félicité le député ID Marco Zanni (italien), qui a par ailleurs salué une prise de conscience de la Commission sur les flux migratoires, puisque l'institution « ne parle plus de redistribution » des migrants. « Personne ne veut entendre parler de redistribution et cela ne fait pas avancer », a dit le député, plaidant lui aussi pour le traitement de demandes d’asile depuis les pays tiers, en raison du faible taux de reconnaissance des demandes dans l’UE. Le groupe ID souhaite aussi, à l'instar du Français Jean-Paul Garraud, que « plus un centime » n'aille aux pays qui ne veulent pas reprendre leurs ressortissants.
Les coprésidentes des Verts/ALE et de La Gauche, Terry Reintke (allemande) et Manon Aubry (française), quant à elles, ont déploré le retour d’une « Europe forteresse ».
Le groupe PPE veut une résolution sur la migration
Le groupe PPE au PE n’a pas réussi à inscrire à l’ordre du jour de cette mini-plénière des 1er et 2 février un projet de résolution sur la migration, mais poussera à nouveau cette demande lors de la prochaine plénière à Strasbourg, à l’occasion notamment d’un débat sur les conclusions du Sommet européen des 9 et 10 février.
La demande de résolution pour cette mini-plénière a été rejetée mercredi par 213 voix contre 178 (8 abstentions). Plusieurs groupes s’y opposent et continueront de s’y opposer, dont Renew Europe ou le S&D, qui craignent que la nouvelle politisation du dossier de la migration retarde les travaux en cours sur le 'Pacte Asile et migration' alors que le PE s’est mis en ordre de marche pour disposer, dès mars, de la plupart de ses mandats de négociation avec le Conseil de l’UE.
Le groupe PPE a aussi adopté, le 1er février, son plan d’action sur la migration, détaillé le 30 janvier par Jeroen Lenaers (néerlandais).
Le plan met l’accent sur le besoin de financements de l’UE pour des infrastructures physiques aux frontières extérieures et sur les plateformes régionales de débarquement, des dispositifs reposant sur les pays tiers de départ comme ceux d’Afrique du Nord, d’où seraient traitées directement les demandes d’asile pour les pays membres.
Lien vers la position du groupe PPE : https://aeur.eu/f/55y (Solenn Paulic)