Les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, ainsi que des membres du Collège des commissaires européens, se rendent à Kiev, jeudi 2 et vendredi 3 février, pour une réunion du Collège avec le gouvernement ukrainien, puis pour un sommet UE/Ukraine.
« La réunion et le sommet, si on les prend dans leur globalité, démontrent la puissance de l’aide de l’UE à l’Ukraine », a précisé un haut fonctionnaire de la Commission, mercredi 1er février.
Une autre source a expliqué que cette double rencontre avait pour but d’envoyer un signal politique à l'Ukraine. Ce sommet à Kiev est « un signal très clair alors que la guerre fait rage, un signal adressé aux Ukrainiens - on est présent sur place -, mais aussi un signal à l’adresse de la Russie », a ajouté un haut fonctionnaire.
Lors des deux rencontres, il s'agira avant tout de « gérer les attentes » de l’Ukraine, selon un diplomate.
Ainsi, un des sujets qui devraient être largement débattus lors des deux réunions est le processus d’adhésion de l’Ukraine à l'UE.
Selon un projet de texte vu par EUROPE, cette déclaration devrait rappeler la décision du Conseil européen d’accorder à l’Ukraine le statut de pays candidat en juin dernier, ajoutant que l’UE décidera des mesures supplémentaires à prendre lorsque toutes les conditions spécifiées dans l'avis de la Commission seront pleinement remplies. L'Ukraine doit remplir sept conditions pour pouvoir ouvrir ses négociations d’adhésion.
Dans la déclaration, l’UE devrait également encourager l’Ukraine à poursuivre sur la voie des réformes et rappeler que la Commission a été invitée à faire rapport sur le respect des conditions spécifiées dans l'avis de la Commission sur la demande d'adhésion de l'Ukraine dans le cadre de son paquet d'élargissement régulier en 2023. Ce paquet est normalement publié à l’automne.
« Sans préjudice de ce rapport régulier, nous prenons note de l'intention de la Commission de fournir une mise à jour au printemps 2023 », sur les avancées de l’Ukraine, précise le projet de déclaration.
Certains États membres, tout comme le groupe PPE au Parlement européen (EUROPE 13109/4), auraient souhaité un véritable rapport de progrès dès le printemps.
Jeudi, la réunion entre une partie du Collège des commissaires et le gouvernement ukrainien devrait, selon un haut fonctionnaire de la Commission, permettre d’approfondir la coopération sectorielle avec l'Ukraine. L’objectif est de faire le point sur l’aide actuelle européenne et les possibilités de renforcer la coopération. Les deux parties devraient discuter du soutien financier et humanitaire. Notamment, il s'agit de voir où utiliser au mieux le budget humanitaire sur le terrain, mais aussi faire de le point sur l’aide apportée aux quatre millions de réfugiés ukrainiens enregistrés dans l’Union européenne.
La réunion devrait en outre porter sur la mise en œuvre de l’accord d’association et de la zone de libre-échange bilatéral, par exemple la façon de supprimer certains obstacles commerciaux pour faciliter les importations et les exportations entre l’UE et l’Ukraine. Sera aussi discuté l’alignement du droit national ukrainien dans des domaines tels que la sécurité, le financier et les mesures phytosanitaires.
Les prochaines étapes dans les efforts de réformes entreprises par l’Ukraine devraient aussi être abordées.
« On a constaté un effort énorme de réformes entrepris en Ukraine, notamment dans le domaine de l’État de droit. Les discussions seront l’occasion d’insister sur d’autres réformes, dont la lutte contre la corruption et le judiciaire », a précisé le haut fonctionnaire.
Des réunions bilatérales entre commissaires et membres du gouvernement ukrainien sont également prévues.
Vendredi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen, Charles Michel, et le Haut Représentant de l'UE, Josep Borrell, retrouveront le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour un sommet, le premier depuis l’invasion de la Russie. Une déclaration devrait être adoptée à son issue.
Le sommet se tiendra sous la forme de deux sessions, avec plusieurs sujets à l’agenda : le processus d’intégration et d’adhésion à l’UE, la réponse de l’UE à l’agression russe, les discussions sur le plan de paix de M. Zelensky – auquel l’UE devrait apporter son soutien, tout comme à l’idée d'un sommet sur la formule de paix (Peace Formula Summit) - sur la reconstruction, et enfin l’agenda alimentaire global.
« Nous avons le sentiment que l’accord avec l’Ukraine pourrait encore être approfondi. On espère que le sommet entérinera un plan d’action pour l’année à venir dans des secteurs essentiels : télécommunications, sanitaire, etc. Tout cela est destiné à optimiser les échanges », a expliqué un autre fonctionnaire.
La déclaration du sommet devrait revenir sur ‘l’unité dans la réponse à la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine’, au travers du soutien humanitaire, de la reddition des comptes, mais aussi des sanctions à l’encontre de la Russie. « L'UE est prête à continuer de renforcer les mesures restrictives en étroite coordination et coopération avec les partenaires mondiaux, tout en veillant à leur mise en œuvre effective et en empêchant le contournement et sa facilitation », précise le projet de déclaration.
Devant quelques journalistes, M. Borrell a précisé que l’UE regardait « tout ce qui pouvait couper le lien technologique », entre l’Union et la Russie, ou encore les matières premières critiques.
Il a rappelé que les sanctions avaient pour objectif de réduire les capacités financières de la Russie pour qu’elle ne puisse plus financer sa machine de guerre. « Je sais que cela prend du temps, mais ça vient maintenant », a-t-il expliqué, précisant que la Russie calculait son budget sur des ventes de barils de pétrole à 70 dollars et qu’actuellement, elle les vend à 40.
Le sommet sera également l’occasion d’annoncer une nouvelle aide de 25 millions d’euros pour le déminage. (Camille-Cerise Gessant avec Thomas Mangin)