Les dirigeants européens devraient discuter, jeudi 20 octobre, de la situation en Ukraine et poursuivre, vendredi, avec un débat sur la Chine et les relations avec les pays de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-est (ANASE ou ASEAN en anglais) ainsi que sur l’Iran.
Jeudi, les dirigeants européens s’entretiendront, une nouvelle fois par visioconférence, avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Dans sa lettre d’invitation, le président du Conseil européen, Charles Michel, a annoncé une discussion sur l’assistance des Vingt-sept à l’Ukraine « et aborder en particulier les besoins immédiats de l'Ukraine en vue de la préparer à cet hiver, ainsi que la durabilité de notre aide à moyen et long termes ».
Selon un nouveau projet de conclusions daté du 18 octobre et obtenu par EUROPE, l’UE continuera à apporter un soutien politique, militaire et financier fort, y compris pour couvrir les besoins en liquidités de l'Ukraine. Elle intensifiera sa réponse humanitaire en vue de l'hiver à venir.
La Commission a d'ailleurs annoncé, mercredi 19 octobre, la mobilisation de la réserve stratégique de l'UE pour déployer des stocks d'urgence d'unités d'hébergement en Ukraine, d'un montant de 62,3 millions d'euros, ainsi qu'une aide humanitaire supplémentaire de 175 millions d'euros pour les personnes les plus vulnérables en Ukraine et en Moldavie.
Le Conseil européen devrait inviter la Commission à présenter une solution plus structurelle pour fournir une assistance à l'Ukraine, et le Conseil à y travailler. « Il faudra discuter sur des solutions plus structurées, prévisibles, durables » pour aider financièrement le pays, a précisé une source diplomatique européenne. La Commission devrait faire des propositions sur le sujet début novembre.
« Avant la conférence internationale d'experts à Berlin le 25 octobre, le Conseil européen a examiné la gouvernance et le financement de ces efforts, y compris les réformes », précise également le projet de conclusions.
Les dirigeants devraient en outre condamner « dans les termes les plus forts possible » les récentes attaques aveugles de missiles et de drones russes visant des civils. Lors d’un débat mercredi au Parlement européen, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié d'« actes de pure terreur » les attaques contre des infrastructures civiles qui visent « clairement à priver des hommes, des femmes et des enfants d’eau, d’électricité et de chauffage à l’approche de l’hiver ».
Le Conseil européen devrait prendre note des efforts déployés par l'Ukraine pour que les responsables des crimes de guerre commis répondent de leurs actes, « y compris pour le crime d'agression contre l'Ukraine » et inviter le Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, et la Commission à étudier les possibilités de faire en sorte que les responsabilités soient pleinement établies.
Alors que l’UE a adopté début octobre son 8e paquet de sanctions à l’encontre de la Russie (EUROPE 13037/2), le Conseil européen devrait sougliner l’importance d’assurer la pleine mise en œuvre des mesures, d'empêcher leur contournement et la facilitation de ce contournement. Il pourrait appeler la communauté internationale à s'aligner sur les sanctions de l'UE.
Selon une source européenne, la Commission et les États membres travaillent sur de possibles mesures supplémentaires, « mais il faut en voir la portée ». « Nous avons adopté tellement de sanctions que la portée est limitée », a-t-elle noté.
La Pologne et les pays baltes pourraient présenter, durant le Conseil européen, de nouvelles propositions de sanctions, notamment sur les diamants, l’uranium, les secteurs du transport et de l’énergie.
Le Conseil européen devrait aussi prévenir la Biélorussie que l’UE restait prête à prendre rapidement de nouvelles sanctions la visant, si celle-ci s'implique dans la guerre aux côtés de la Russie. « L'humeur dans la salle est de préparer des sanctions », a précisé une source européenne. Selon elle, la question concerne le bon moment pour les adopter.
Iran. L’Iran devrait être brièvement évoqué. Contrairement aux projets précédents, le nouveau projet de conclusions indique que le Conseil européen condamne « le recours injustifiable et inacceptable à la force » par les autorités iraniennes contre des manifestants pacifiques. Il salue les sanctions adoptées, lundi 17 octobre, à l’encontre des auteurs de ces graves violations des droits de l'homme (EUROPE 13044/12).
« Le Conseil européen appelle l'Iran à cesser immédiatement la répression violente contre les manifestants pacifiques et à libérer les personnes détenues, dans le plein respect de leurs droits civils et politiques », ajoute le texte.
Si le projet de conclusions ne mentionne pas l’utilisation de drones iraniens par la Russie en Ukraine, selon une source européenne, le sujet devrait être souligné par des dirigeants, alors que l’UE travaille à l’adoption, dans les prochains jours, de nouvelles mesures restrictives à l’encontre de l’Iran, notamment envers une entreprise de drones, en raison de « preuves » de cette utilisation.
Asie. Après les ministres des Affaires étrangères lundi (EUROPE 13044/14), ce sera au tour des chefs d'État ou de gouvernement de se pencher sur la relation UE/Chine lors du sommet. La façon dont Pékin évolue sur la scène internationale incite l'UE à repenser sa relation.
Le Conseil européen de jeudi et vendredi devrait apporter « une direction », selon une source européenne, mais pas adopter de conclusions écrites à ce stade.
Le projet de conclusions évoque seulement que les dirigeants ont « tenu une discussion stratégique sur les relations européennes avec la Chine ».
L'UE doit, en tout cas, se positionner sur la Chine et réfléchir à la manière dont elle veut s'engager avec elle, selon une source européenne. Une des pistes pour ce faire pourrait être de traiter certaines questions au niveau européen, et d'en laisser d'autres aux capitales, a avancé cette même source.
Après la Chine, les dirigeants aborderont les relations avec l'ASEAN. Ils prépareront ainsi le sommet UE/ASEAN du 14 décembre prochain à Bruxelles (EUROPE 13004/9). L'occasion pour l'UE de renforcer le partenariat stratégique avec l'ASEAN et de « souligner (son) attachement mutuel au droit international et aux normes et standards internationaux », selon le projet de conclusions.
Voir le projet de conclusions du Conseil européen : https://aeur.eu/f/3oj (Camille-Cerise Gessant, Léa Marchal, avec la rédaction)