Mis à l’agenda de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg par le groupe S&D, le débat sur la banalisation de l’extrême droite dans l’UE, mercredi 19 octobre, a été l'occasion d’affrontements politiques. Dans le viseur des eurodéputés de gauche : les partis de centre droit s’associant avec les extrêmes dans les gouvernements nationaux, en particulier en Italie et en Suède.
Refuser l’extrême droite
« Les alliances gouvernementales entre des partis conservateurs et libéraux et des partis d'extrême droite banalisent des attitudes qui franchissent toutes les lignes rouges », a dénoncé Iratxe García Pérez (S&D, espagnole), visant explicitement Renew Europe et le PPE.
Les revendications des socialistes étaient partagées par les autres partis de gauche. Alicia Kuhnke (Verts/ALE, suédoise) a ainsi déploré que les idées nationalistes soient « aidées par des politiciens conservateurs et libéraux aveuglés par leur propre gain ». Niyazi Kizilyürek (La Gauche, chypriote), quant à lui, a insisté sur le fait que « l'extrême droite exploite la colère des masses et le ressentiment contre la classe politique ».
De la même manière, Valérie Hayer (Renew Europe, française) a appelé à se mobiliser pour les valeurs fondamentales de l’UE et à « renvoyer pour de bon ces idées au passé ». Elle a réagi en disant que son groupe « n’avait pas attendu pour se désolidariser des libéraux suédois » alors que le S&D ne se lève pas contre « le Parti socialiste maltais ou les socialistes bulgares proches du Kremlin ».
Respecter les élections
Du côté du PPE, Tomas Tobé (PPE, suédois) a reconnu les défis en Hongrie, en Pologne ou à Malte, mais a réfuté les attaques contre la Suède. « Nous devons critiquer là où nous voyons des problèmes et où les gouvernements agissent mal [et non] coller des étiquettes », a-t-il défendu.
Face aux accusations, Laura Huhtasaari (ID, finlandaise) a rappelé que « les référendums et le respect du résultat font partie de la démocratie », appelant la gauche à respecter les choix des électeurs. Même son de cloche chez Patryk Jaki (CRE, polonais) : « La vraie démocratie pour vous, c'est seulement quand la gauche gagne. […] Or, la véritable démocratie consiste à écouter le peuple ».
Des solutions concrètes face à l’extrémisme
La vice-présidente de la Commission européenne, Věra Jourová, a rappelé que son rôle n’est pas de « s’engager dans des conflits politiques domestiques », mais de « soutenir une compétition juste ». « La présidente slovaque Čaputová a parlé de la radicalisation et de la montée de l'extrémisme alimentée par certains partis politiques. C'est un problème très grave qu'il soit maintenant, pour certains pouvoirs politiques, utile de surfer sur la vague de la haine », a-t-elle toutefois souligné.
Enfin, elle a rappelé que l’Acte sur la liberté des médias (EUROPE 13023/1), les règles concernant la transparence et le ciblage de la publicité politique ou encore la réforme du financement des partis (EUROPE 12840/4) contribuent à combattre l'extrémisme. Le ministre tchèque des Affaires européennes, Mikuláš Bek, a assuré quant à lui que la Présidence tchèque du Conseil de l’UE s'engage à avancer sur ces deux derniers dossiers d’ici la fin de l’année. (Hélène Seynaeve)