Les eurodéputés veulent que les États membres appliquent la directive sur les salaires minimaux adéquats dès maintenant, pour aider les Européens à faire face à l’inflation et au risque de pauvreté, et non dans deux ans, à la fin du délai de transposition.
C’est le message qu’ils ont passé ce mercredi 14 septembre en approuvant à une très large majorité, par 505 voix contre 92 et 44 abstentions, l’accord trouvé avec le Conseil de l’UE en juin dernier et défendu devant eux par Agnes Jongerius (S&D, néerlandaise) et Dennis Radtke (PPE, allemand) (EUROPE 12937/7).
Les deux corapporteurs du texte, auquel aucun amendement n’avait été apporté, ont souligné la veille, lors d'un débat sur le sujet, que ce vote marque une étape cruciale, qui « va changer la donne dans beaucoup de pays », notamment « dans le mien, où 50% des travailleurs sont couverts par des négociations collectives », a expliqué l’élu du PPE.
La directive prévoit en effet que les États membres auront le devoir de promouvoir la négociation collective et, pour les pays où la couverture de la négociation collective est inférieure à 80%, d’établir un plan d’action pour la soutenir.
Pour guider les gouvernements, la directive leur suggère aussi de fixer le niveau légal de salaire minimum en fonction de valeurs de référence : 60% du salaire médian brut ou 50% du salaire moyen brut.
Les États membres devront encore vérifier l’adéquation des salaires minimums légaux en tenant compte du pouvoir d’achat et du coût de la vie, ce qui pourrait améliorer la situation de 25 millions de travailleurs, qui verront des hausses du niveau de salaire minimum. L’implication des syndicats sera aussi renforcée en ce qui concerne la fixation et l’actualisation des salaires minimum légaux, même si le texte n’obligera pas les États membres qui ne disposent pas de cet outil à instituer un salaire minimum légal.
« On va ouvrir un nouveau chapitre de la politique sociale », a ajouté l’Allemand, alors que la directive renforcera aussi la protection des activités des syndicats.
« Un salarié sur 5 gagne à peine plus que le salaire minimum » dans l’UE et, « souvent, ce sont des femmes, des jeunes, des personnes issues de l'immigration », a fait remarquer Agnes Jongerius. « Dans le secteur des soins de santé, dans la distribution, ils méritent notre respect, il faut changer la situation ».
L’automne sera dur « et les gens devront choisir entre manger ou se chauffer », a-t-elle ajouté.
« Agissons maintenant et pas dans deux ans ! », a aussi réclamé l’élue belge des Verts/ALE, Sara Mathieu, tout comme son collègue Mounir Satouri (Verts/ALE, français), qui s’est félicité d’un outil avec un effet très concret sur les fiches de paie et qui permettra de réduire la pauvreté liée au travail.
« C’est l’heure de vérité ; à nos bons vieux États membres d’agir ; ils peuvent le faire dès maintenant en pleine crise énergétique et alimentaire ».
Pendant le débat, mardi, plusieurs élus ont quand même critiqué cet outil, notamment, la Suédoise Sara Skytedall (PPE) qui a déploré que l’UE ait « élargi son champ de compétences ». « Elle devrait respecter la subsidiarité », a dit cette élue, qui n’a donc pas soutenu le texte.
Les six pays ne pratiquant pas de salaire minimum, à savoir l’Italie, Chypre, l’Autriche, la Suède, le Danemark et la Finlande, ne seront toutefois pas tenus d’en instaurer un. Et ces États continueront de laisser les conventions collectives fixer ce seuil, le texte ne remettant pas en cause leur organisation.
Forte baisse des salaires minimaux, selon les syndicats européens
Les travailleurs les moins bien payés d'Europe ont vu la valeur de leurs salaires chuter de 19% cette année, ce qui représente la plus forte baisse des salaires minimums réels de ce siècle, a par ailleurs indiqué le 13 septembre la Confédération européenne des syndicats (CES) en se fondant sur des données d'Eurostat.
Les salaires minimums légaux ont augmenté en moyenne de 7,6% au cours de l'année dernière dans les 21 pays de l'UE qui en ont un. Mais, dans ces mêmes pays, le taux d'inflation a augmenté en moyenne de 12,4%, poursuit la CES dans un communiqué.
« Cela signifie que la valeur réelle des salaires minimum légaux a chuté de 4,8% en moyenne ».
C'est en Lettonie (-19%), en République tchèque et en Estonie (-10%), ainsi qu'en Slovaquie (-8%) que les salaires minimums légaux réels ont connu la baisse la plus spectaculaire depuis l'été dernier.
Lien vers le texte adopté : https://aeur.eu/f/328 (Solenn Paulic)