login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13021
Sommaire Publication complète Par article 21 / 30
SOCIAL / Interview social

La Commission devrait appeler les États membres à appliquer dès maintenant la directive sur les salaires minimaux, estime Agnes Jongerius

La Néerlandaise Agnes Jongerius (S&D) est, avec l’Allemand Dennis Radtke (PPE), co-rapporteur sur la directive relative aux salaires minimaux adéquats, que le Parlement européen a largement approuvée ce 14 septembre (EUROPE 13021/22). Pour EUROPE, elle revient sur les effets concrets de la directive pour les travailleurs européens ainsi que sur le discours sur l’état de l’Union prononcé par Ursula von der Leyen, qui l’a déçue. (propos recueillis par Solenn Paulic)

Agence Europe - Le PE a largement approuvé la directive sur les salaires minimaux adéquats ; comment va-t-elle changer la vie des travailleurs ?

Agnes Jongerius - Nous demandons d’abord à tous les États membres d’évaluer leur salaire minimum et de voir si les travailleurs peuvent vivre avec cela (la directive n’oblige pas les États membres qui n’en n’ont pas à se doter d’un salaire minimum, NdlR). Ils devront faire un test d’adéquation des salaires minimaux et peuvent utiliser un panier de biens et services que chaque ménage devrait être en mesure d'acheter, comme la capacité à payer le loyer, les factures d'énergie ou l'école des enfants.

Il est aussi important que le niveau des salaires minimaux des États membres suive le rythme des autres salaires. Le salaire minimum devrait être fixé à 60% du salaire médian brut et 50% du salaire moyen brut.

Il s'agit aussi d'augmenter le niveau des travailleurs couverts par convention collective. Nous savons que dans les pays où les taux de couverture sont élevés, les revenus sont répartis de manière beaucoup plus égale. Chaque pays devra faire un plan d'action pour qu'au moins 80% des travailleurs soient couverts par une convention collective.

En Autriche, le taux est très élevé. En République tchèque, nous parlons de 30%. Nous demandons donc aux États membres de s'asseoir autour d'une table avec leurs organisations d'employeurs et leurs syndicats pour élaborer ce plan le plus rapidement possible.

Peut-on déjà dire quels travailleurs de quels pays connaîtront un fort rebond du salaire minimum légal ? On parle d’une augmentation de 20% avec cette directive.

Je ne connais pas le panier et les biens et services de tous les États membres, tous différents en termes de pouvoir d'achat, mais pour les Pays-Bas, le salaire minimum devra passer de 10,48 à 14 euros, alors qu'il passera seulement de 10 à 11 euros au 1er janvier ! Et, avec l'inflation actuelle, les chiffres changeront aussi.

À ce jour, en tout cas, seulement quatre États membres cochent déjà ces critères d’adéquation : la France, le Portugal, la Slovénie et la Bulgarie. 

Beaucoup de députés veulent que la directive soit d’application dès maintenant et non dans deux ans. Est-ce possible ?

Le PE ne peut pas forcer le mouvement, mais la Belgique, par exemple, a déjà annoncé qu’elle n’attendrait pas.

C’est une nouvelle bataille politique qui s’ouvre et aussi la bataille des syndicats : convaincre les gouvernements que c’est maintenant qu’il faut appliquer la directive.

Un appel de la Commission aux États membres aiderait aussi, car on court un risque en ne s'attaquant pas au problème du pouvoir d’achat maintenant.

Cette directive est en tout cas un symbole important, parce que, lors de la crise bancaire, les experts économiques ou financiers préconisaient des baisses du salaire minimum, moins de couverture par négociations collectives. Je pense que l'Europe prépare une recette différente maintenant. 

Ursula von der Leyen vous a-t-elle convaincue mercredi ? 

Nous poussons depuis des mois pour que l’instrument SURE (d'aide aux systèmes de chômage des États membres) soit permanent. J’ai espéré une annonce, mais il n’y a rien eu. Nous devons donc continuer la pression.

Il y a des PME qui souffrent et la seule chose qui est dite, c'est que l'on va faire un paquet avec moins de charges administratives. Je ne pense pas que ce soit le plus gros problème pour la petite boulangerie de village qui doit payer ses factures d'énergie. 

Et, si c'est une bonne chose que la Commission mentionne les profits extrêmes des énergéticiens, il n'y a pas de règles strictes sur la façon dont cet argent parviendra aux gens.

La Commission va bientôt présenter une recommandation sur le revenu minimum et les négociations sur le Fonds social climat débuteront aussi en octobre...

Une recommandation sur le revenu minimum, ça sonne bien, mais je ne pense pas que ce soit utile pour les personnes qui ont des problèmes pour payer leurs factures ; une recommandation peut aussi être ignorée. Nous continuons à faire pression en faveur d'un sommet social, que le Premier ministre tchèque a promis.

Le Fonds social climat, par ailleurs, est important, mais ne sera effectif que dans quelques années et sera-t-il suffisant ? Ça ne fera pas l’affaire avec l'inflation actuelle et les prix de l'énergie.

Sommaire

ÉTAT DE l'UNION
COUR DE JUSTICE DE L'UE
POLITIQUES SECTORIELLES
SOCIAL
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
INSTITUTIONNEL
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES