Le Commission spéciale sur la Covid-19 du Parlement européen recevait des représentants des entreprises ayant développé des vaccins contre la Covid-19 autorisés au sein de l’Union européenne.
Le Dr Rudolf Ertl, vice-président senior des opérations commerciales de Gilead, a exposé les démarches entreprises par la firme lorsque le SARS-CoV-2 a émergé. Mr Ertl a qualifié la Covid-19 de maladie complexe. Il a évalué favorablement l’approche européenne : « C’est l’approche qui nous permet de traiter ce type de défi », a-t-il estimé, ajoutant que c’était « un bon exercice d'apprentissage pour voir ce qui pouvait être fait sous la pression ».
Interrogé par plusieurs députés à propos du Remdesivir, notamment par Jutta Paulus (Verts/ALE, allemande) ou encore par Véronique Trillet-Lenoir (Renew Europe, française), entre autres sur la raison pour laquelle la firme avait partagé les résultats de l’essai Solidarity - jugé peu concluant - avec la Commission européenne seulement au lendemain de la signature du contrat, Mr Ertl a affirmé que le médicament avait démontré une réduction des séjours à l’hôpital après d’autres essais avec placebo. Pour M. Ertl, Solidarity n’était pas un essai contrôlé et il a indiqué que l’effet du médicament était plus manifeste chez certains patients et avec un traitement précoce sous oxygénothérapie. Pour lui, l’OMS n’avait pas fait cette distinction.
Thomas Triomphe, vice-président exécutif des vaccins chez Sanofi, estime que le vaccin contre la Covid-19 développé avec GSK était prêt à être utilisé comme 4e dose de rappel. Il espère une autorisation de mise sur le marché rapide. Il a ajouté que, conformément aux contrats d’achats anticipés, la firme avait essayé de voir ce qui pouvait être fait dans les sites européens pour permettre l’acheminement des doses vers les pays de l’UE ayant déjà effectué certaines commandes dès que l’autorisation serait octroyée.
M. Triomphe a affirmé qu’à présent, les capacités de production de vaccins contre la Covid-19 dépassaient considérablement les capacités au niveau de ce qui peut être administré (12,1 milliards contre 1,2 milliard). Pour lui, le défi n’est plus la fourniture de vaccins, mais la mise en place de campagnes vaccinales.
Il a dégagé cinq éléments importants pour l’UE : - le maintien de la flexibilité réglementaire jusque’à la fin de la pandémie pour les prochaines générations de vaccin. Il estime que le système mis en place par l’Agence européenne des médicaments a été fondamental pour accélérer la mise à disposition des vaccins ; - la collaboration public-privé pour favoriser l’investissement pour la recherche et le développement clinique dans l’UE. M. Triomphe espère que l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) sera ambitieuse sur ce point. Il estime cependant que HERA ne dispose pas encore du budget ni des outils nécessaires ; - la mise en place de réseaux durables pour mettre en place une grande variété de technologies en temps de crise ; - aplanir les obstacles à l’approvisionnement et les barrières commerciales ayant des répercussions sur le processus de production et accroître l’efficacité des marchés publics. M. Triomphe dit avoir apprécié de traiter avec la Commission européenne en tant que point de contact unique, mais souhaiterait la mise en place de conditions génériques en matière de marchés publics ; - mieux développer la collaboration internationale pour accélérer les plans de développement des entreprises.
Iskra Reić, vice-présidente exécutive d’Astra-Zeneca en Europe et au Canada, a appelé à des investissements plus élevés dans la recherche par les gouvernements, en collaboration avec l’industrie. Elle estime qu'HERA peut jouer un tel rôle d’accélérateur. Elle appelle également à une amélioration de l’aspect réglementaire pour renforcer la contribution de l’UE.
Mme Reić a salué le processus accéléré de l’EMA. Elle a appelé à améliorer l’infrastructure numérique en ce qui concerne les essais cliniques et à un accroissement des dépenses des États membres pour la prévention. Elle a en outre dit souhaiter « un changement d’état d’esprit pour que la santé soit vue comme un atout stratégique dans lequel investir et non comme un coût ».
Pour ce qui est du non-respect du contrat signé avec la Commission européenne , Mme Reić allègue « un contrat préexistant », que la firme devait honorer vis-à-vis du gouvernement britannique. Elle a également parlé de « confusion » et « de manque de clarté » pour ce non-respect du contrat qui avait donné lieu à une action en justice. « Astra-Zeneca regrette la décision de la Commission de lancer le processus », a-t-elle précisé.
Stéphane Bancel, dirigeant de Moderna, a retracé la trajectoire de la firme. Il ne juge pas utile la levée des brevets décidée récemment par l’Organisation mondiale du commerce et a affirmé que cela pourrait avoir des implications de long terme dangereuses pour la société : selon lui, si une levée des droits de propriété intellectuelle avait eu lieu auparavant, Moderna ou BioNTech n’auraient pu, sans profit, lever des capitaux, atteindre la taille qu’elles ont aujourd’hui et être prêtes pour la pandémie.
Il a repris les constatations de M. Triomphe en répétant que le problème actuel n’était plus un problème d’approvisionnement de vaccins. Sur cette question, à propos des poursuites contre Pfizer-BioNtech pour violation de brevet, M. Bancel a affirmé que Moderna n’allait pas réclamer de royalties aux pays à bas revenu ni de retrait des doses de vaccin produites par Pfizer-BioNtech du marché, mais que Moderna avait initié cette plainte, car elle estimait que c’était le bon moment pour ce faire, maintenant que les questions d’approvisionnement ne se posaient plus. (Émilie Vanderhulst)