Les effets de la guerre en Ukraine sur les pénuries et la sécurité alimentaires mondiales seront une nouvelle fois évoqués par les dirigeants de l’UE lors de leur réunion des 30 et 31 mai, à Bruxelles, avec en tête l'atténuation de ces répercussions sur les pays tiers les plus vulnérables.
Selon un projet de conclusions daté du 24 mai, obtenu par EUROPE, le Conseil européen devrait « condamner la destruction et l'appropriation illégale par la Russie de la production agricole en Ukraine » et souligner que « la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine a un impact direct sur la sécurité alimentaire mondiale et sur les prix ».
Le Conseil européen devrait demander à la Russie de « mettre fin au blocus des ports ukrainiens de la mer Noire et de permettre les exportations de denrées alimentaires ».
La crise se ressent chez nous « par l'augmentation des prix, mais ne représente pas une menace existentielle. Mais pour des pays au Moyen-Orient ou au Sahel, c'est un immense défi. Nous ferons tout pour aider ces pays à obtenir de la nourriture », précisait un diplomate européen mercredi 25 mai.
L'UE a déjà pris des mesures pour faciliter les exportations agricoles de l'Ukraine et soutenir le secteur agricole ukrainien dans la perspective de campagne de commercialisation 2022.
À cet égard, le Conseil européen devrait inviter les États membres à accélérer les travaux sur les ‘voies de solidarité’ proposées par la Commission et à faciliter les exportations de denrées alimentaires depuis l'Ukraine par différentes voies terrestres, notamment pour atteindre la mer Baltique, la mer Noire et la mer Adriatique (EUROPE 12957/3).
Une réponse mondiale bien coordonnée. Les dirigeants devraient aussi appeler à une réponse internationale à la crise alimentaire mondiale, qui soit coordonnée de manière efficace. Les initiatives se multiplient en effet.
Le Conseil européen devrait notamment se féliciter de la Food & Agriculture Resilience Mission (FARM) (EUROPE 12931/7). « L'initiative FARM progresse bien », ont indiqué des sources diplomatiques mercredi.
Le projet de conclusions mentionne aussi le soutien au groupe de réaction aux crises mondiales des Nations unies, à l'alliance mondiale pour la sécurité alimentaire, initiée au G7 Développement de Berlin (EUROPE 12956/3) et qui doit être formellement lancée au prochain sommet des dirigeants du G7 (26-28 juin à Elmau, Allemagne), ainsi qu'à « d'autres initiatives ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment annoncé au Forum économique mondial de Davos une initiative conjointe avec l'Égypte (EUROPE 12959/2).
Engrais. Compte tenu des pénuries actuelles d'engrais sur le marché mondial, le Conseil européen devrait également réclamer « des efforts plus concertés » pour travailler avec les partenaires internationaux afin de promouvoir une utilisation plus efficace des engrais et des solutions de remplacement.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, a affirmé mercredi qu’il avait vu à Odessa des millions de tonnes de blé et de céréales bloquées dans des silos à cause des navires de guerre russes. « La Russie est seule responsable des famines qui se dessinent, mais nous sommes déterminés à agir pour prévenir cette crise mondiale », a-t-il dit. C'est pourquoi « nous soutenons des initiatives comme FARM, proposée par la France et soutenue par le Conseil européen et le G7. D'autres actions humanitaires seront également nécessaires », a conclu M. Michel.
Voir le projet de conclusions du 24 mai : https://aeur.eu/f/1t1 (Lionel Changeur et Aminata Niang)