Le Conseil européen devrait, lors du sommet européen des 30 et 31 mai, rappeler le fort soutien - humanitaire, financier, économique, militaire et politique - de l’Union européenne à l’Ukraine en proie à une invasion militaire russe.
« L’UE est inébranlable dans son engagement à aider l'Ukraine à exercer son droit inhérent à l'autodéfense contre l'agression russe et à construire un avenir pacifique, démocratique et prospère », devraient en effet souligner les dirigeants européens, selon un projet de conclusions du Conseil européen daté du 24 mai.
Les Vingt-sept devraient notamment annoncer la poursuite du soutien destiné à couvrir ses besoins humanitaires, de liquidités et de reconstruction.
L'UE va « accorder d'urgence à l'Ukraine une nouvelle aide macrofinancière exceptionnelle sous forme de prêts et de dons pouvant atteindre 9 milliards d'euros en 2022 », précise en effet le document, en référence à la récente suggestion de la Commission européenne (EUROPE 12955/2).
Mais, selon un diplomate, « il n'est pas encore clair si l'Ukraine bénéficiera de subventions ou de prêts ». « Ce sera probablement un mélange des deux. La discussion est ouverte », a-t-il noté mercredi 25 mai. De plus, ce diplomate a précisé qu'il n'était pas certain que les dirigeants donnent leur accord définitif à cette aide lors du sommet. Certains États membres souhaitent voir la proposition formelle de la Commission, attendue début juin, avant de se prononcer.
Mardi, une source diplomatique française de l'Élysée avait estimé que les États membres étaient « très largement » en faveur de l'octroi de prêts à Kiev, parce que « l'Ukraine continue à honorer ses engagements de paiement de ses dettes ». « Si on procédait à des dons, on enverrait des signaux de défiance vis-à-vis des marchés », avait-elle considéré.
La guerre aurait provoqué une baisse de 30 à 50% du PIB ukrainien et de 50 à 80% des recettes fiscales du pays. Le FMI estime à 4 milliards d'euros les besoins de financement mensuels de l'Ukraine d'ici à fin 2022.
Soulignant que la reconstruction de l'Ukraine nécessitera un soutien global pour remettre le pays sur pied, les dirigeants européens précisent que l’UE et ses États membres sont prêts à jouer un « rôle majeur » à cet égard à travers la création d'une « plateforme » dédiée réunissant les bailleurs européens. Ils préviennent que le soutien à la reconstruction sera lié à la mise en œuvre de réformes. L'Élysée a évoqué le respect des principes de l'État de droit, la lutte contre la corruption et un agenda normatif permettant de converger vers l'acquis communautaire.
Le Conseil européen pourrait aussi se dire favorable à ce que la possibilité d’utiliser les avoirs russes gelés pour soutenir la reconstruction de l'Ukraine soit étudiée.
Selon le projet de conclusions, les dirigeants européens devraient s’engager à revenir, lors du sommet de juin, sur les demandes d’adhésion à l’UE de l’Ukraine, mais aussi la Moldavie et la Géorgie. Ils soulignent également la nécessité d'apporter le soutien nécessaire à la Moldavie, qui fait face à des crises énergétique et économique interdépendantes et à la pression migratoire résultant de la guerre.
« L’UE et ses États membres restent déterminés à accueillir et assurer la sécurité aux personnes fuyant l’Ukraine, notamment en aidant les pays voisins », ajoutent les conclusions.
Possible discussion sur les sanctions
Le Conseil européen pourrait également se pencher sur le sixième paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, qui n’a toujours pas fait l’objet d’un accord (EUROPE 12949/15).
Selon un diplomate européen, le sujet sera sur la table. Pourtant, dans une lettre adressée au président du Conseil européen, Charles Michel, datée du 23 mai, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, demande de ne « pas examiner » la question des sanctions visant le Kremlin, estimant que des solutions aux questions en suspens - liées à la dépendance énergétique de son pays envers le pétrole russe - devaient être trouvées avant que les sanctions ne soient adoptées.
M. Orbán se dit « convaincu que discuter du paquet de sanctions au niveau des dirigeants en l'absence d'un consensus serait contreproductif » et « ne ferait que mettre en valeur nos divisions internes sans offrir de chance réaliste de résoudre les divergences ».
Le 25 mai, M. Michel a affirmé rester confiant qu'un accord unanime des États membres sur un embargo sur le pétrole russe sera trouvé d’ici le Conseil européen. Le sujet devrait de nouveau être discuté par les ambassadeurs des États membres auprès de l’UE dimanche 29 mai.
Condamnation des exactions russes
Le Conseil européen demandera en outre à la Russie de mettre immédiatement fin à ses attaques « aveugles » contre les civils et les infrastructures civiles et de retirer, immédiatement et sans condition, son armée d'Ukraine.
Moscou doit aussi permettre un accès humanitaire immédiat et le passage en toute sécurité de tous les civils concernés, préviendront les dirigeants. Le droit international humanitaire, y compris la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, doit être pleinement respecté, ajoutera le Conseil européen, demandant également à Moscou d'autoriser immédiatement le retour en toute sécurité des Ukrainiens déplacés de force vers la Russie.
« La Russie, la Biélorussie et toutes les personnes responsables devront répondre de leurs actes conformément au droit international », lit-on également dans le projet de texte qu'adopteront les Vingt-sept.
Voir le projet de conclusions du Conseil européen : https://aeur.eu/f/1t1 (Camille-Cerise Gessant avec Léa Marchal et Mathieu Bion)