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Bulletin Quotidien Europe N° 12933
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / Bce

La Banque centrale européenne poursuit son trajet de normalisation et entrevoit un arrêt de son programme d'achats d'actifs

Lors de sa réunion de politique monétaire du 14 avril 2022 à Francfort, le Conseil des Gouverneurs de la Banque centrale européenne a reconnu que les risques inflationnistes s'intensifiaient, particulièrement à court terme, et a ouvert la porte à une fin de sa politique accommodante.

 La BCE continue son « trajet de normalisation » de manière « graduelle, en gardant toutes les options ouvertes et avec flexibilité », a souligné la présidente, Christine Lagarde, qui intervenait à distance, souffrant de la Covid-19. 

Le Conseil des Gouverneurs affirme à présent de manière plus ferme, tout en restant conditionnelle, qu’un arrêt des achats d’actifs au titre de l’APP (Programme d’achats d’actifs) serait envisageable pour le troisième trimestre 2022, en fonction des données et de l’évaluation du Conseil des gouverneurs. D’ici là, les achats mensuels au titre de l’APP se poursuivront au rythme de 40 milliards d’euros en avril, de 30 milliards en mai et de 20 milliards en juin. 

Les taux directeurs demeurent à ce jour inchangés et aucune hausse n’a été annoncée. Cependant, selon la « chronologie (sequencing) décidée par le Conseil des Gouverneurs, l’arrêt de l’assouplissement quantitatif constitue un préalable à toute hausse des taux directeurs de la BCE qui pourrait intervenir quelque temps après » (some time after). 

Après l’arrêt en mars du Programme d’achats établi durant la pandémie, le PEPP (EUROPE 12855/8), la BCE réaffirme qu’elle pourra faire preuve de flexibilité pour les réinvestissements au titre du PEPP. Le Conseil des Gouverneurs n’a pas pris de décision concernant les opérations ciblées de refinancement TLTROIII. 

L’agression militaire russe contre l’Ukraine « ne cause pas simplement une énorme crise humanitaire, des dommages économiques massifs ainsi que des coûts et des risques bien au-delà de l’Europe », a affirmé la présidente Lagarde. Cette guerre et les sanctions en réponse à l’agression russe ont des conséquences macroéconomiques dans la zone euro sans qu’il soit encore possible d’en mesurer l’étendue. Cela dépendra de nombreux facteurs.

 « L’inflation est notre préoccupation principale », a souligné la présidente, « en raison de sa magnitude et de son impact possible en termes d’effet de second tour (second round effect) ». La pression inflationniste s’est accrue en 2022, tirée à la hausse principalement par la flambée des prix de l'énergie. Le taux d’inflation IPCH annuel est passé de 5,9% en février à 7,5% en mars 2022 dans la zone euro. Les prix de l’énergie devraient rester élevés à court terme et poursuivre ensuite une hausse plus modérée. La demande résultant de la réouverture de l’économie participe de cette hausse. Les prix de l’alimentation sont en augmentation de manière plus généralisée, poussés par les prix de l’énergie, des transports et, en raison de l'invasion de l'Ukraine, par les prix des fertilisants. 

À moyen terme, l’inflation pourrait se rapprocher de l’objectif [symétrique] de 2% de la BCE, a souligné la présidente « probablement par le haut plutôt que par le bas » « les premiers signes de révision de l’inflation à long terme méritent d’y porter attention », ce qui pourrait aller dans le sens d'une politique monétaire plus agressive. La présidente a ajouté que le Conseil des Gouverneurs disposera de meilleures données lors de sa réunion de juin. Dans son évaluation des risques, la Banque n’écarte pas des pointes au-dessus de sa cible de 2% à moyen terme. 

 La croissance en zone euro devrait rester modérée en 2022. Elle est affectée par différents facteurs : la guerre en Ukraine et de nouvelles tensions sur les chaînes d’approvisionnement et sur la production. Ces facteurs sont cependant compensés en partie par des mesures fiscales mises en place par les États et par l’épargne constituée par certains ménages durant la pandémie. La présidente a souligné l’utilité d’une mise en œuvre des plans nationaux au titre de Next Generation EU pour accélérer la transition verte et numérique et la nécessité de soutien fiscal et monétaire. 

La situation sur le front de l’emploi semble s’améliorer. La hausse des salaires est l’objet d’une attention particulière dans ce contexte. 

 En ce qui concerne les crédits accordés par les banques, la présidente a mentionné le dernier Bank Lending Survey, publié le 12 avril. Les répondants y rapportent un raidissement des termes et conditions de crédit aux entreprises et aux ménages, mais pas encore en ce qui concerne les taux ni le volume. Ils s'attendent toutefois à un raidissement du crédit.

La présidente a souligné la nécessité de rester humble : « Un événement comme une guerre pose un défi énorme pour construire des projections ».

Cette réunion n’était cependant pas un exercice de projection, mais une réunion intermédiaire, a affirmé Mme Lagarde, qui donne rendez-vous pour la prochaine réunion du Conseil des Gouverneurs en juin 2022.

 Consciente des risques de fragmentation dans la zone euro, elle a affirmé : « Nous devons nous assurer que notre politique monétaire soit transmise de manière égale au travers de toute la zone euro »

Elle a également affirmé que la BCE se tenait prête à prendre toute action nécessaire, y compris par la mise en place d’instruments appropriés : « si nécessaire, cela sera rapide et opérationnel ».

Lien vers les décisions de politique monétaire de la BCE d'avril 2022 : https://aeur.eu/f/1a2  (Émilie Vanderhulst)

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