Grâce à une forte capitalisation et des liquidités abondantes, le secteur bancaire européen est « bien préparé » à encaisser l'impact de l'invasion russe de l'Ukraine, a estimé Andrea Enria, le président du Conseil de supervision unique (SSM), l'autorité européenne chargée de superviser les grandes banques au sein de l'union bancaire en zone euro, jeudi 31 mars, lors d'un dialogue avec la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
Évaluées à hauteur de « 100 milliards d'euros », les expositions directes des banques de l'UE aux quelques banques opérant en Russie, en Ukraine et/ou en Biélorussie paraissent « gérables », a indiqué M. Enria. Il a réduit ce montant à « 70 milliards d'euros », si l'on considère l'exposition relative aux lignes de crédit actuelles plutôt qu'en termes de valorisation originale des actifs sous-jacents. « Et les entités sanctionnées forment une faible part de ce total », a-t-il précisé.
Selon M. Enria, même dans le « scénario extrême » où les banques européennes devaient encaisser la totalité des pertes liées à leur exposition transfrontalière, l'impact financier en résultant ne remettrait pas en cause le respect, par ces institutions financières, des exigences réglementaires en fonds propres.
Le superviseur bancaire unique est en contact étroit avec les grandes banques de la zone euro afin de s'assurer qu'elles disposent des mécanismes de contrôle interne permettant de respecter les sanctions financières internationales imposées à la Russie et à la Biélorussie. Il évalue également l'impact indirect potentiel sur l'industrie de son exposition aux entreprises et individus sanctionnés, à la flambée et à la volatilité des prix énergétiques, aux cyberattaques.
Démantèlement de Sberbank. Invité par Jonás Fernández (S&D, espagnol) à tirer les leçons du démantèlement des filiales européennes de la banque russe Sberbank victimes d'une crise de liquidités (EUROPE 12902/2), le président du Conseil de supervision unique a estimé que les décisions de résolution n'avaient pas été faciles à prendre dans un délai très court, en raison de la complexité de la structure juridique des anciennes filiales de Sberbank au sein de l'union bancaire.
« Auparavant, on considérait que l'intérêt public devait être évalué en considérant uniquement la pertinence (d'une banque) à l'échelle européenne. Il est désormais reconnu que certaines banques peuvent ne pas être considérées comme pertinentes au niveau européen, mais qu'elles peuvent avoir un impact important sur des marchés locaux. C'est très positif », a relevé M. Enria.
La taille moyenne des filiales européennes de Sberbank a permis de mener leur processus de résolution en se reposant uniquement sur les régimes nationaux de garantie des dépôts.
Néanmoins, M. Enria a jugé cruciale la question du financement pour assurer la continuité des activités d'une banque défaillante, le temps notamment que le processus de cession des activités bancaires soit mené à bien. Dans l'intervalle, disposer d'un système européen de garantie des dépôts bancaires (EDIS), qui protégerait les épargnants de toutes les entités d'une banque défaillante, procurerait « la couche de sécurité nécessaire », a-t-il estimé, prônant à nouveau le parachèvement de l'union bancaire. (Mathieu Bion)