La Commission européenne a proposé, mercredi 23 mars de nouvelles actions pour faciliter l’accès des réfugiés d’Ukraine à leurs droits résultant de la directive de 2001 sur la protection temporaire immédiate, comme l’accès au logement, à l’école ou aux soins de santé.
Alors que plus de 3,5 millions de personnes sont arrivées dans l’UE depuis le 24 février, la Commission - notamment la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson - a aussi voulu mettre un accent particulier sur les enfants particulièrement vulnérables aux risques d’exploitation.
La Commission a également proposé à nouveau aux États membres de les aider financièrement à assumer toutes ces tâches, en augmentant le même jour de 3,4 milliards d’euros le préfinancement total de l'aide à la relance pour la cohésion et les territoires européens (REACT-EU) qui accélérera l'accès aux fonds nécessaires pour les infrastructures, le logement, l'équipement et les services dans l'emploi, l'éducation ou la santé et la garde d'enfants.
Cela viendra s'ajouter aux fonds déjà débloqués dans le cadre des fonds Asile et migration ou de l'instrument CARE.
Face à une situation « sans précédent », selon le vice-président Margaritis Schinas, l’UE doit donc pouvoir intégrer au plus vite dans sa société ces millions de réfugiés, l’urgence étant notamment de réintégrer les enfants dans les écoles pour qu’ils retrouvent « un sens de normalité », a-t-il dit.
La commissaire Johansson, de son côté, a aussi expliqué que ses services travaillent sur un index en vue de la réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE, lundi 28 mars, qui servira à voir où se trouvent les réfugiés actuellement (plus de 2 millions sont déjà en Pologne) et à identifier les pays particulièrement sous pression.
L’index étudie ainsi la part de personnes arrivées depuis l’Ukraine, le nombre de demandeurs d’asile accueillis ces dernières années et la taille du pays. Et en fonction de ces critères, la commissaire a indiqué que la Pologne, l’Autriche, Chypre, la République tchèque et l’Estonie sont les pays les plus concernés par les arrivées.
Bien qu’aucun pays membre n’ait demandé d’aide à ce stade pour transférer des réfugiés vers d’autres pays, les Ukrainiens pouvant d’ailleurs spontanément se déplacer du fait de leur régime sans visa et de la protection temporaire immédiate, la commissaire a indiqué que le partage de la charge serait effectivement discuté lundi entre les ministres.
Il s’agira aussi, à cette occasion, d’intégrer les offres d’accueil faites par les États-Unis ou le Canada et même le Royaume-Uni dans la plateforme de solidarité qui coordonne les efforts des États membres depuis le début de la guerre.
Intégration dans l’éducation et l’emploi
Parmi les mesures pratiques avancées mercredi par la Commission pour faciliter l'intégration des réfugiés, figure notamment la reconnaissance immédiate des qualifications professionnelles des Ukrainiens pour qu’ils puissent postuler à des emplois.
Les États membres seront chargés de proposer des cours de langue ou une aide aux entreprises et de garantir l'accès aux services de garde d'enfants. La Commission a aussi ajouté l'ukrainien à son outil de profilage des compétences des ressortissants des pays tiers.
Une initiative dite «Réservoir de talents» sera également lancée pour aider à faire le lien entre les compétences et les emplois disponibles.
Pour l’éducation, des fonds seront mobilisés pour acheter du matériel d'école et le portail ‘School Education Gateway’ servira de guichet unique pour accéder au matériel pédagogique ukrainien. Le programme de financement Erasmus+ pourra aussi être utilisé pour faciliter l'accès des étudiants réfugiés à l'enseignement et l'intégration du personnel des établissements d'enseignement supérieur qui fuit la guerre, indique la Commission.
Dans le domaine de la santé, un mécanisme de transferts médicaux des réfugiés les plus vulnérables a déjà été lancé, 10 000 lits ayant aussi été rendus disponibles dans les hôpitaux européens pour les accueillir.
Des ‘hubs’ seront mis en place avec l’OMS pour identifier aux frontières les réfugiés les plus vulnérables. Le vice-président Margaritis Schinas a indiqué ici que la vaccination constituait « un défi », la population ukrainienne étant très peu vaccinée contre la Covid-19. « Il y a des stocks de vaccins disponibles » pour les réfugiés, a-t-il assuré.
En ce qui concerne le logement, les fonds régionaux européens ou le Fonds social européen ont déjà été activés et les Européens eux-mêmes ont ouvert leurs maisons, mais « ce ne sera pas tenable sur le long terme sans soutien », a dit le vice-président. Une nouvelle initiative sera donc lancée en partenariat avec le secteur privé pour appuyer ces offres ‘privées’ de logements.
Traite des êtres humains
Enfin, sur un sujet sur lequel la commissaire Johansson alerte depuis le début de la guerre, en l’occurrence l’exploitation des enfants, mais aussi des femmes qui arrivent dans l’UE, il s’agira déjà de disposer de données solides. À ce stade, 1470 enfants non accompagnés ont été enregistrés « alors que l’OIM nous a aussi dit que plus de 2500 orphelins avaient été transférés dans l’UE », s’est étonnée la commissaire, qui a rappelé que les Ukrainiens constituaient déjà avant la guerre la principale nationalité victime de traite des êtres humains dans l’UE.
Il faudra donc que des représentants de la protection de l’enfance s’occupent de ces mineurs non accompagnés.
La commissaire a aussi directement appelé les Ukrainiens à être vigilants, « à voyager surtout en bus » plutôt que de monter dans des voitures individuelles et, le cas échéant, à « photographier la plaque d’immatriculation » du véhicule dans lequel ils montent et à l’envoyer à leur entourage.
Les groupes du PE ont bien accueilli cette communication, le groupe S&D demandant notamment aux États membres de faire preuve de bonne volonté en appliquant les droits des réfugiés et demandant à ce qu'aucune discrimination ne soit faite entre réfugiés ukrainiens et non-ukrainiens.
Lien vers la communication : https://aeur.eu/f/wn (Solenn Paulic)