Le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, a relevé, jeudi 24 février, que l'invasion de l'Ukraine par la Russie « a secoué les marchés financiers et accru l'incertitude économique à un moment où l'économie de l'Union européenne est déjà confrontée à plusieurs risques tels que la hausse des prix de l'énergie et l'inflation ».
« Néanmoins, nos fondamentaux économiques sont solides », a-t-il estimé lors de la conférence EUROFI à Paris, l'économie de l'UE ayant regagné en moins de deux ans son niveau d'avant-pandémie de Covid-19 et le chômage ayant atteint un niveau plancher record.
À ce stade, la Commission européenne table sur une croissance de 4% du PIB dans l'UE cette année, après un rebond de 5,3% en 2021 (EUROPE 12888/5). Mais ces prévisions économiques n'englobent pas la guerre à l'Est de l'Europe.
« Les risques sont encore nombreux et l'invasion injustifiée de l'Ukraine par la Russie les augmente fortement », a dit M. Dombrovskis.
Les ministres européens des Finances évoqueront l'impact de la crise actuelle sur l'économie européenne vendredi 25 février à Paris (voir autre nouvelle).
La Banque centrale européenne suit aussi de près les répercussions de la guerre en Ukraine sur la situation macroéconomique. En tant que superviseur bancaire unique dans la zone euro, elle a demandé aux banques d'évaluer notamment leur exposition aux risques technologiques liés aux cyberattaques.
Alors que sa présidente, Christine Lagarde, n'avait pas exclu, début février, une hausse des taux directeurs en 2022 (après la fin de l'opération 'PEPP' de rachat massif de titres publics) en raison de la flambée de l'inflation liée surtout à la hausse des prix de l'énergie (EUROPE 12883/17), l'invasion russe est de nature à changer la donne.
La prochaine réunion décisionnelle du Conseil des gouverneurs de la BCE - qui s'est retrouvé en présentiel, jeudi à Paris, pour la première fois depuis le déclenchement de la pandémie - aura lieu le 10 mars à Francfort.
Jeudi, les marchés boursiers européens ont dévissé principalement les cotations les plus exposées au marché russe. En revanche, le cours du pétrole a franchi la barre des 100 dollars le baril, un niveau qui n'avait plus été observé depuis 2014.
Nouvelle aide macrofinancière massive à l'Ukraine ?
Jeudi, M. Dombrovskis a estimé qu'une nouvelle aide macrofinancière « massive » à Kiev s'avère nécessaire pour répondre à la nouvelle donne.
En réponse aux besoins immédiats de l'Ukraine, l'UE vient de débloquer une sixième aide de 1,2 milliard d'euros sous forme de prêts à taux préférentiels (EUROPE 12892/11). Cependant, selon l'ancien premier ministre letton, les besoins ukrainiens se chiffraient à 2,5 milliards d'euros avant le renforcement militaire de la Russie à la frontière ukrainienne et à 5 milliards d'euros après ce renforcement (perte de confiance des investisseurs, accès plus difficile de l'Ukraine aux marchés financiers, décrochage de la monnaie ukrainienne et épuisement des réserves monétaires).
« À l'heure actuelle, le déficit de financement est hors échelle », a ajouté M. Dombrovskis, convaincu de la nécessité pour l'UE d'apporter un soutien à l'Ukraine « à bien plus grande échelle ». (Mathieu Bion)