Les ministres des Affaires étrangères européens se retrouveront lundi 24 janvier à Bruxelles pour discuter, notamment, de la situation sécuritaire en Europe, de la Syrie, de la Libye, mais aussi du Mali, du Soudan et de la région indopacifique.
Sécurité de l'Europe. Quelques jours après leur discussion lors de leur réunion informelle à Brest (EUROPE 12869/2), les ministres se pencheront une nouvelle fois sur la situation sécuritaire en Europe, en particulier sur les tensions à la frontière ukrainienne.
Ils devraient faire le point sur les dernières rencontres diplomatiques (EUROPE 12873/21), notamment la rencontre du jeudi 20 janvier du format Quad (France, Allemagne, Royaume-Uni et États-Unis) et celle, tenue vendredi 21 janvier à Genève, entre le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, et le secrétaire d’État américain, Antony Blinken.
Ce dernier devrait d’ailleurs informer ses homologues européens par vidéoconférence ce lundi, lors du déjeuner. L’objectif des discussions en cours est de trouver comment empêcher une attaque russe et, si celle-ci devait se produire, d’y réagir.
« Il y a un nombre important de troupes russes (à la frontière), avec un risque de mauvais calcul et d’accident. Il est très important de travailler à la désescalade », a souligné un haut fonctionnaire européen. Les ministres devraient aussi discuter de la manière de réagir aux propositions sur l’architecture de sécurité faites par la Russie.
Selon ce haut fonctionnaire européen, les ministres ne devraient pas discuter des sanctions, car il y a un accord entre les États membres selon lequel il faudra agir en cas d’action agressive de la Russie.
« Nous sommes prêts à prendre des mesures dont la nature doit pouvoir être calibrée », a précisé un diplomate européen. Si des discussions sont en cours entre les États membres et que, selon un diplomate, « le travail s’accélère », plusieurs sources ont refusé de commenter ce qui pourrait être mis en place en cas d’agression et quel type d’action russe serait sanctionnée, pour ne pas donner d’indication à la partie russe.
Un haut fonctionnaire, rappelant la prise de sanctions en 2014, a prévenu que la réaction serait « très rapide et claire ». Les Européens ont annoncé à plusieurs reprises que toute nouvelle agression russe aurait des conséquences massives et un coût élevé.
Le Conseil devrait également adopter des conclusions qui reviendront sur les dix principes décidés de manière informelle à Brest.
Libye. Les ministres se pencheront en outre sur la Libye, alors que les élections prévues pour le 24 décembre ont été repoussées sine die.
Selon des diplomates, les ministres devraient rappeler l’importance d’organiser ces scrutins dès que possible et voir comment contribuer à ce qu’ils aient lieu. Le soutien au cessez-le-feu, l’importance du retrait des mercenaires et des forces étrangères du pays, et enfin, le soutien aux Nations Unies pour la mise en œuvre de l’agenda international devraient aussi être rappelés.
Syrie. Le Conseil discutera aussi des enjeux à court et long terme en Syrie avec l’envoyé spécial des Nations Unies, Geir Pedersen, qui leur présentera son approche par étapes pour une solution politique. La situation sur le terrain est dans l’impasse, tout comme le processus politique, mais une nouvelle dynamique émerge autour du conflit, certains pays arabes semblant prêts à normaliser leur relation avec la Syrie.
« Les ministres vont faire une mise à jour de l’évaluation de la situation et des actions qui doivent être prises, dans le cadre des positions européennes », a expliqué un diplomate européen.
La discussion devrait permettre de refaire le point sur les différentes dimensions de la crise alors que cela fait plus d'un an que les ministres n'ont pas discuté de la Syrie. Ils devraient notamment rappeler la position européenne, apporter leur soutien aux efforts de l'ONU et discuter du soutien apporté à la population syrienne et à la société civile.
La réunion pourrait aussi être l’occasion d’annoncer la date de la 6e conférence de Bruxelles, qui comporte à la fois un volet politique et un volet humanitaire (EUROPE 12689/8).
Affaires courantes
Mali. En fin de session, les ministres feront rapidement le point de la crise politique au Mali, quelques jours après leur réunion informelle de Brest (Gymnich, 14 janvier).
À Brest, ils avaient dit leur soutien aux sanctions des dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui ont imposé un blocus au pays. Ils avaient aussi confirmé la préparation, dans les meilleurs délais, de sanctions ciblées de l’UE contre les militaires au pouvoir (EUROPE 12869/3, EUROPE 12868/1).
Pour autant, « il n’y aura pas de décision de sanction ciblée lundi », a indiqué un haut fonctionnaire.
« Nous allons poursuivre la concertation avec la région. Lundi, ce ne sera qu’un point d’étape », a précisé une source diplomatique.
La réunion conjointe avec les ministres des Affaires étrangères du G5 Sahel, qui avait été annoncée à Brest par Josep Borrell, se tiendra mercredi 26 janvier. « C'est important de garder les canaux diplomatiques ouverts. C'est une opportunité importante pour faire passer nos messages et encourager les autorités maliennes à faire preuve de plus de flexibilité pour résoudre cette crise politique », a souligné une autre source diplomatique.
En décembre 2021, le Conseil 'Affaires étrangères' s’était seulement accordé sur le cadre juridique pour pouvoir imposer des sanctions ciblées autonomes à ceux qui entravent la transition au Mali depuis le coup d'État militaire du 24 mai. (EUROPE 12852/3). Selon ce diplomate européen, les travaux se poursuivent pour adopter les sanctions « dans les jours qui viennent ».
Soudan. Les ministres aborderont brièvement l’aggravation de la situation au Soudan, où se sont multipliées les attaques meurtrières de la junte contre les manifestants pacifiques et les violations des droits fondamentaux depuis le coup d’État du 25 octobre.
L'usage disproportionné de la force et le refus des autorités militaires de trouver une solution négociée à la crise ont été dénoncés par Josep Borrell le 18 janvier au nom des Vingt-sept (EUROPE 12871/14). « La démission du Premier ministre, Abdallah Hamdok, rend les perspectives nébuleuses. Nous allons réaffirmer notre soutien au processus de consultation de l'ONU et encourager la société civile à s'impliquer dans la formation d'un nouveau gouvernement », indiquait vendredi un diplomate européen.
Région indopacifique. Les ministres auront également l'occasion de préparer le forum ministériel qui aura lieu à Paris le 22 février sur la région indo-pacifique. La Présidence française du Conseil de l'UE (PFUE) souhaite profiter de ce rendez-vous pour réunir les États membres, la Commission et les pays partenaires de cette région pour aborder les enjeux globaux.
Selon un diplomate européen, les ministres des Affaires étrangères pourront, lundi, réfléchir aux différents résultats que l'UE souhaite obtenir dans la région.
Iran et Bosnie-Herzégovine. Rapidement, les ministres pourraient aussi revenir sur les négociations sur le nucléaire iranien - qui se poursuivent, mais à un rythme trop lent, selon les Européens (EUROPE 12869/4) - et sur la situation en Bosnie-Herzégovine, quelques jours après la célébration des 30 ans de la proclamation d'une ‘République des Serbes de Bosnie’, le 9 janvier 1992 (EUROPE 12866/5).
Le Conseil devrait approuver des conclusions sur le partenariat stratégique entre l'ONU et l'UE sur les opérations de paix et la gestion des crises (priorités 2022-2024) et sur les priorités de l'UE dans les forums des Nations unies sur les droits de l'homme en 2022. (Camille-Cerise Gessant, Aminata Niang et Léa Marchal)