Lancé lors de la Présidence française du Comité des ministres du Conseil de l’Europe (deuxième semestre 2019) et créé en 2020, l’« Observatoire de l’enseignement de l’histoire en Europe » n’est pas concerné par l’annonce faite par le président, Emmanuel Macron, lors de son discours du 9 décembre sur le programme de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, précise le français Alain Lamassoure, président de l’Observatoire, dans une interview accordée hier à EUROPE.
« L’Observatoire doit rester indépendant », insiste l’ex-eurodéputé (PPE) en soulignant que le président français a annoncé vouloir « relancer un grand travail sur l’histoire de l’Europe » alors que la plateforme inédite qu’il dirige au sein du Conseil de l’Europe s’attache très précisément à l’enseignement de l’histoire.
Cela n’empêche pas que des synergies soient d’ores et déjà actées entre cette structure et l’Union européenne.
« L’Observatoire a été créé dans le cadre juridique du Conseil de l’Europe sous la forme d’un 'accord partiel élargi' », signale M. Lamassoure, ce qui signifie qu’il peut intégrer non seulement les 47 États membres de l’organisation, mais aussi des institutions internationales compétentes. C’est ainsi que l’Union européenne et l’UNESCO y ont un statut d’observateur qui leur permet d’apporter leur contribution.
« C’est dans ce cadre que, sous l’impulsion du vice-président de la Commission européenne, Margarítis Schinás, nous mettons en place un partenariat avec l’Union européenne confirmé le 2 décembre lors de l’ouverture de notre première Conférence publique à Strasbourg », relève le président de l’Observatoire.
M. Schinás y a en effet annoncé un soutien à hauteur d'un million d’euros (dans le cadre du programme Erasmus+) et confirmé qu’« un projet de coopération naîtra de l’engagement de l’UE et du Conseil de l’Europe pour l’enseignement de l’histoire ».
« Il faut rechercher ce qui nous unit et nous rapprocher d’une identité convergente, sinon commune » afin de contribuer au « renforcement de la démocratie, qui est l’une des six priorités principales de la Commission européenne », a ajouté le commissaire chargé de la « promotion du mode de vie européen ».
« À ce stade, nous réfléchissons ensemble à la manière dont cette coopération pourrait se concrétiser », précise Alain Lamassoure. « Elle pourrait – mais ce n’est qu’une hypothèse – s’appuyer sur le réseau des agglomérations transfrontalières, développer un 'réseau des réseaux' des associations, instituts, colloques, etc. qui s’intéressent à l’enseignement de l’histoire ou bien encore envisager une approche par les 'lieux de mémoire européens' », ajoute-t-il.
L’Observatoire, quant à lui, a pour objectif premier de dresser un état des lieux de l’enseignement de l’histoire dans les 47 États membres du Conseil de l’Europe, d’en informer les opinions publiques pour qu’elles « provoquent des débats » où « chacun s’intéresse à ce qui se passe dans les salles de classe des pays voisins ». Le but : « rendre compatibles les récits du passé ».
Il prévoit de publier en 2022 une première « photographie » consacrée au sujet précis du traitement des pandémies et des catastrophes naturelles dans les manuels d’histoire européens.
Le tableau comparatif général sur l’enseignement de l’histoire en Europe est prévu pour 2023 et devrait lancer les débats au sein des académies de sciences humaines, des réseaux d’enseignants et d’universités, des ONG, des médias, des parlements nationaux et européens.
L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe prépare un rapport et une Résolution consacrés à l'Observatoire, celui-ci étant par ailleurs en contact avec la commission de la culture et de l'éducation du Parlement européen.
Lien vers le site de l'Observatoire : https://bit.ly/3H2cWOQ (Véronique Leblanc)