Le 22 octobre 2020, le Tribunal constitutionnel polonais déclarait inconstitutionnel le droit des femmes à avorter en raison d'une grave déficience fœtale, interdisant de facto l'avortement dans le pays (EUROPE 12585/17).
Afin de témoigner son soutien aux Polonaises, le Parlement européen a organisé, mercredi 20 octobre, un nouveau débat sur le sujet et invité à Strasbourg des militantes polonaises engagées pour la défense des droits des femmes.
Le tout dans un contexte particulièrement tendu entre l'UE et la Pologne, dont le même Tribunal constitutionnel a remis en cause, début octobre, la primauté du droit de l’UE sur le droit national (EUROPE 12816/2).
Ce qui a frappé les militantes polonaises et plusieurs eurodéputés, c’est le manque de lien fait entre, d’une part, cette interdiction de l’avortement et, d’autre part, la dégradation persistante de l'État de droit en Pologne.
« Ces jours-ci, tous les regards sont tournés vers la Pologne, à cause du Tribunal constitutionnel. Il y a un an déjà, ce Tribunal illégitime, contrôlé par des politiciens, a jugé que l'avortement devait être quasiment interdit. Dans ce cas, le droit des femmes a donc tout à voir avec l'État de droit. Je pense qu'il est temps que cette Assemblée le reconnaisse », a insisté, en plénière, l’eurodéputée suédoise Malin Björk, coordinatrice de La Gauche.
« Notre débat d'aujourd'hui et celui d'hier [en présence du Premier ministre polonais] sont liés », a renchéri la coordinatrice de Renew Europe, Karen Melchior (danoise).
En conférence de presse, la cofondatrice du mouvement polonais Ogólnopolski Strajk Kobiet, Marta Lempart, s’est dite surprise de ne pas voir de référence à l’interdiction de l’avortement dans la proposition de résolution sur l’État de droit en Pologne soumise au vote de la plénière ce vendredi (voir autre nouvelle). Un amendement soulignant l'illégitimité de cette interdiction a été entre-temps été voté.
Marta Lempart est, elle-même, la cible de menaces répétées pour avoir mené des manifestations en faveur de l'avortement légal en Pologne et est aujourd’hui sous protection policière.
« Il n’y aurait pas d’interdiction de l’avortement si l’État de droit était respecté en Pologne, si la justice y était indépendante », a-t-elle assuré, clamant à son tour la « nécessité qu’un lien soit ouvertement établi » entre ces réalités.
Les militantes intervenues lors de la conférence ont raconté le désarroi des Polonaises et la multiplication par trois des consultations menées par les organisations de planning familial après l’arrêt du Tribunal.
Dénonçant la « torture » imposée à certaines femmes, elles ont à leur tour assuré que cela « n’aurait pas été possible sans une immense crise de l’État de droit » et ont regretté l'inaction de la Commission.
Sur ce point, le S&D et les Verts/ALE ont regretté que l'institution se « cache derrière l’argument de la compétence nationale ».
Un argument en effet répété mercredi par la commissaire à l'Égalité. Mardi, la présidente de la Commission a, quant à elle, énoncé les moyens que son institution était prête à déployer pour assurer le respect de l'État de droit en Pologne (EUROPE 12815/3). Elle n'a en revanche pas fait référence une seule fois à la problématique de l'avortement. (Agathe Cherki)