Revenant sur l’incident – désormais connu sous le nom de ‘SofaGate’ – survenu lors de la récente rencontre UE-Turquie à Ankara (EUROPE 12698/10), le président du Conseil européen, Charles Michel, a assuré, lundi 26 avril, être désormais « disposé à examiner » la proposition de créer une nouvelle formation du Conseil de l’UE consacrée à l’égalité de genre.
« Ces derniers jours, plusieurs parmi vous m’ont écrit pour me proposer d’utiliser cet incident pour défendre plus fortement encore le rôle, le droit des femmes et je souhaite saisir cette main tendue », a souligné M. Michel devant l’hémicycle.
Jeudi 22 avril, le président avait notamment été destinataire d’une lettre de la délégation française du groupe Renew Europe (https://bit.ly/3npthEQ ), qualifiant de « regrettable » la « portée symbolique » de l’événement survenu à Ankara et demandant une nouvelle fois au président de créer un « espace formel de discussion et de négociation, qui réunirait les ministres chargés de l’égalité des genres ».
Les eurodéputés, soutenus par la commissaire à l’Égalité (EUROPE 12624/28) et plusieurs ministres (EUROPE 12524/7), plaident depuis un certain temps pour qu’une telle formation voie le jour : ils ont adopté une résolution en ce sens en décembre dernier (EUROPE 12625/26).
Le Conseil était toutefois, jusqu’ici, resté sourd à ces appels.
Charles Michel ne s’est pas arrêté là. Il a également assuré aux eurodéputés qu’ils pourraient « compter sur son engagement et ses meilleurs efforts » pour « tenter de mobiliser les États membres » afin de relancer les négociations sur la directive 'Women on Boards', bloquée au Conseil de l'UE depuis 2013, qui vise à introduire une exigence de 40% de femmes dans les conseils d’administration des entreprises cotées en bourse. Il s’est également dit prêt à s’engager sur la question de l’égalité des salaires (EUROPE 12678/22).
Ursula von der Leyen contrattaque
Charles Michel a donc employé les grands moyens pour tenter de sortir par le haut de ce qu’il a de nouveau qualifié d’« incident protocolaire » (EUROPE 12699/19) – « les équipes protocolaires n’ont pas eu accès à la disposition des sièges avant le début de la réunion », a-t-il martelé.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, intervenue juste après, a maintenu pour sa part qu’il ne s’agissait pas là « d’arrangement de sièges et de protocole », mais « des valeurs que notre Union défend ». Un discours et un ton contrastant tout à fait avec ceux de M. Michel.
« Je me suis sentie blessée et je me suis sentie seule, en tant que femme, mais aussi en tant qu’Européenne », a-t-elle déclaré, insistant sur le fait qu’elle n’avait « pas été traitée comme une présidente de la Commission européenne en Turquie », et ce, du fait de son genre.
Nombre d'eurodéputés ont ensuite de nouveau appelé les deux présidents à concrétiser les promesses déjà formulées en matière de lutte pour l'égalité de genre.
Les présidents des deux principaux groupes politiques, Manfred Weber (PPE, allemand) et Iratxe García Perez (S&D, espagnole), ont par ailleurs appelé à ce que des efforts soient faits pour coordonner le protocole à l'avenir. (Agathe Cherki)